Tanzanie : les défis à relever pour accompagner la hausse du trafic de transit

Une étude réalisée par l’International Growth Center en novembre démontre des bénéfices que la Tanzanie tire des relations avec son hinterland. Le rôle du gouvernement dans le développement des entreprises nationales est primordial pour que le pays conserve ce rôle.

La Tanzanie est devenue au cours des années une ouverture sur le corridor avec les régions et pays enclavés de la région. Dans une étude réalisée par l’International Growth Center (IGC), intitulée « Une estimation des bénéfices économiques du transit en Tanzanie », Josaphat Kweka et Solomon Mickael ont analysé les effets du trafic de transit de la Tanzanie avant d’apporter des recommandations pour que le gouvernement local appuie le développement de ces trafics.

Dans leur étude, les deux consultants remarquent que dans le discours de présentation du budget pour 2017, le gouvernement tanzanien a aboli la TVA pour tous les services de trafic de transit. Une mesure qui a de suite apportée un soutien à toute l’économie des services auxiliaires dans le transit. « Le trafic de transit est vital pour la transformation économique et les échanges régionaux, offrant de multiples bénéfices pour les pays voisins en déverrouillant les potentiels économique sd eces économies », indiquent les deux auteurs de cette étude qui veulent répondre à deux questions : quels sont les bénéfices que la Tanzanie tire de ce trafic et comment capitaliser sur ces bénéfices.

En s’appuyant sur les données officielles du gouvernement tanzanien, les deux auteurs ont constaté une croissance importante du trafic de transit. « La valeur CAF (coût, assurances et fret) des marchandise en transit a été multiplié par cinq en dix ans. Elle est passée de 6 000 Md Shilling tanzanien (2,3 Md€) en 2007 à 29 000 MdShT (11 Md€) en 2015. Le trafic de transit est devenu la troisième source de recettes pour le gouvernement après l’or et le tourisme, selon certains experts », indiquent le sauteurs du rapport.

Les bénéfices sur le PIB, la croissance économique et la santé sont indéniables dès lors que le temps de transit et le coût de ce trafic sont réduits. Ainsi, une modélisation de la corrélation entre croissance économique et réduction du temps de transit. Par exemple, quand le temps de transit est réduit de trois jours, l’effet sur la croissance du PIB est estimé à 2,5%. Les deux auteurs poussent le raisonnement encore plus loin en affirmant que la réduction du temps de transit a plus d’effets bénéfiques pour l’économie que l’amélioration des infrastructures de transport. Ils expliquent cela en soulignant que les coûts liés au temps de transit ont beaucoup plus d’effets. « Les potentiels bénéfices d’une infrastructure routière ne peuvent générer une plus grande efficacité si les douanes et la gestion des frontières ne sont pas gérées plus efficacement ».

Abolir la TVA

Une mesure qui a porté rapidement ses fruits a été l’abolition de la TVA sur les services auxiliaires au trafic de transit. En effet, quand la TVA a été appliquée sur ces services, les volume sont baissé de 30%, ont observé les rapporteurs. Une des raisons qui a amené le gouvernement à agir pour l’abolition.

Il appraît aussi que le trafic de transit est source de développement économique pour les entreprises locales. Dès lors que les opérateurs routiers s’arrêtent soit pour procéder à des contrôles ou pour se reposer, c’est toute une économie locale qui profite de l’apport de ces nouveaux clients. « Même si le lien direct entre le développement du trafic de transit avec l’économie des commerces locaux n’est pas établie, des entretiens avec des entreprises locales montent que le trafic de transit a été le principal facteur expliquant la croissance d’une économie, voire d’une urbanisation dans ces régions. » Ce sont surtout les hôtels, les commerces de produits agricoles et de détail qui profitent de cette croissance avec une augmentation du nombre d’emplois et une amélioration des conditions de vie. Un calcul a démontré que chaque entreprise située sur un corridor de transit pouvait généré jusqu’à trois emplois supplémentaires. Ces premiers constats doivent malgré tout être nuancés. Une partie des entreprises bénéficiant du développement des corridors sont dépendantes en large partie du nombre de camions qui passent mais aussi des temps de repos des routiers. Et pour les deux auteurs, cette croissance a des effets sur le bien-être des populations puisqu’elles disposent d’un plus grand choix de produits et services.

L’augmentation du trafic de transit a aussi des effets indésirables pour la population. Le nombre croissant de chauffeurs routiers aurait entraîné une recrudescence de la prostitution, de migrations illégales, du nombre de crimes et vols. Ainsi, le gouvernement doit jouer son rôle de planification de l’urbanisation et en relevant les défis que ce trafic peut engendrer. Les deux auteurs proposent alors des recommandations au gouvernement. Elles se déclinent sous trois volets : accélérer l’urbanisation le long des corridors de transit, accompagner les investissements dans les infrastructures avec des mesures d’amélioration des procédures de transit dans les agences nationales, et enfin, promouvoir la politique de recherche et la collecte des données pour encadrer la performance.

Tanzanie ferroviaire
©DR

Après la publication de ces premiers constats par les deux consultants de l’IGC, Tommy Paterson, directeur des affaires africaines et moyen-orientales de Hutchison Ports, a réagi. Il estime que la Tanzanie est riche de sa géographie avec 1400 km de côtes d’un côté et de nombreux pays enclavés à l’est. « Et cela constitue une bonne chose pour le développement national ». Il note que les analystes ont accueilli favorablement la fin de la TVA sur les services auxiliaires pour les trafics de transit. L’application de la TVA sur ces services en 2014 a détourné une grande partie des trafics vers les pays voisins, continue le responsable de Hutchison Ports. Pour le directeur du terminal de Hutchison Ports à Dar es Salaam, Jared Zerbe, la décision du gouvernement de mettre un terme à la TVA a fait sens. « Les activités fret dans la région ont fortement progressé. Avec plus de liaisons ferroviaires depuis l’hinterland, l’économie de Dar es Salaam et les régions environnantes vont tirer profit de cette mesure », a indiqué Jared Zerbe. Une prévision qui s’est concrétisée dès la fin de 2017. La fin de la TVA mais aussi la hausse du prix des matières premières et la croissance des économies des pays enclavés régionaux ont entraîné une hausse de 35% des trafics de transit sur le corridor en 2017. L’analyse plus détaillée affiche des hausses encore plus significatives puisque cette moyenne de 35% cache des hausses de 50% avec les marchandises en transit avec le Rwanda et la Zambie et de 100% avec l’est de la RDC.

Investir dans le terminal

« Cette croissance des trafics de transit implique de relever des défis : minimiser le temps de transport et disposer d’infrastructures de transport qui puissent accueillir une augmentation du trafic. Ici, le gouvernement pousse pour ces améliorations », continue Tommy Paterson. Ainsi, en plus de la ligne ferroviaire qui relie la Tanzanie à la Zambie et l’est de la RDC, le gouvernement construit une ligne au standards internationaux de 552 km entre Dar es Salaam et Dodoma, la capitale du pays, en bordure des hauts plateaux, et une ligne entre la construction prochaine d’une ligne entre Isaka et la capitale du Rwanda, Kigali. Le gouvernement ougandais pousse dans le même sens en améliorant la ligne entre le Lac Victoria et Dar es Salaam. « Pour Hutchison Ports, il faut agir de deux façons », indique Tommy Paterson. D’une part, Hutchison Ports doit investir dans le terminal de Dar es Salaam pour une meilleure efficacité de osn terminal et d’autre part, il faut disposer de mesures de facilitation. Alors, au troisième trimestre 2017, Hutchison Ports a reçu deux nouveaux portiques Panamax et améliorer les conditions d’entrée et de sortie du terminal. Dans le même temps, une digitalisation des documents est attendue pour disposer d’une plus grande efficacité. « Afin de faciliter le paiement pour nos clients nous avons décidé de choisir une banque avec des agences dans les différentes régions. Nous avons opté pour Eco Bank pour les transactions avec nos clients. Cela permet des payements plus rapides et des livraisons plus rapides », explique Jared Zerbe. Mais, la croissance du trafic de transit peut aussi présenter des difficultés, selon Tommy Paterson. « Nous traitons plus de trafic que nos installations peuvent en supporter. Il nous arrive de réaliser quatre fois notre capacité maximale. Cela réduit notre efficacité et conduit à une congestion de notre espace. Nous avons besoin de l’aide du gouvernement pour rediriger directement vers des dépôts intérieurs le trafic. »

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Les responsables de Hutchison Ports souhaitent qu’une action commune avec le gouvernement soit entreprise. En premier lieu, ils s’accordent avec les consultants de l’IGC qu’une infrastructure porte ses fruits si elle est accompagnée d’une amélioration dans la gestion des procédures douanières et des frontières. « Si les procédures dans notre terminal et par l’Autorité portuaire de Tanzanie sont améliorées et que les passages des frontières sont résolus entre la Tanzanie et la Zambie, la RDC et le Rwanda, les coûts de transports et de dédouanement vont fondre et les marchandises voyageront plus rapidement », affirme Jared Zerbe. Le directeur du terminal de Hutchison Ports pointe du doigt les dysfonctionnement restants : les temps d’attente des chauffeurs routiers pour avoir leurs documents, le déplacement des agents en douane sont autant de paramètres qui ralentissent les échanges. L’idée de mettre en place, en centre ville, un guichet unique pour avoir tous les documents nécessaires économiserait du temps. Et Jared Zerbe propose que ce bureau pourrait être accueilli dans le bâtiment de l’autorité portuaire de Tanzanie. Une autre amélioration serait de créer un système pour le tracking des marchandises. L’opérateur du terminal à conteneurs de Dar es Salaam a accepté de prendre en charge les coûts d’un consultant pour ce mapping pour le compte de la Tanzania Revenue Authority.

Pour relever les défis de la croissance des trafics de transit, le directeur du terminal à conteneurs de Dar es Salaam, Jared Zerbe souligne que « tout ce dont nous avons besoin ce sont des bons plans et une volonté pour les implémenter. »

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