Nantes Saint-Nazaire : en trois ans le port a progressé de 27%

Le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire a vu ses trafics progresser de 8,8% en 2018. Une troisième année de croissance qui lui permet d’afficher une croissance de 27% sur les trois dernières années. Et les perspectives pour les prochaines années devraient permettre de récolter les fruits d’une politique d’investissement sur toutes les filières de l’hinterland.

Le trafic ligérien a connu une année 2018 satisfaisante. Avec 32,5 Mt, le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire affiche une croissance de 8,8%. Un trafic qui a surtout progressé sur les sorties avec une hausse de 14,3% quand les entrées augmentent, pour leur part, de 6,3%. L’analyse par type de courant montre que ce sont les vracs liquides et les marchandises diverses qui ont porté cette croissance. Avec 22,9 Mt, les liquides gagnent 14,4%. Le GNL a compensé les pertes sur le pétrole brut et les produits pétroliers. L’approvisionnement en brut de la raffinerie de Total à Donges s’est sensiblement réduit passant à 8,7 Mt, soit une baisse de 7,7%. Les produits raffinés ont suivi cette tendance à l’export avec une diminution de leur trafic de 8,8% à 4,7 Mt. Dans le même temps, les entrées de produits raffinés ont progressé de 13,1% à 1,03 Mt. Ainsi, le GNL a plus que doublé en 2018 pour largement compenser les pertes des autres hydrocarbures. « Le terminal méthanier de Montoir est devenu un hub GNL. Nous assurons des prestations pour injecter du gaz dans le réseau français mais assurons aussi du transbordement pour d’autres navires et du chargement de camions pour alimenter les stations », explique Pascal Freneau, directeur de la communication du GPM. Le site de Montoir a été alimenté principalement par du gaz en provenance du Nigéria et des chargements vers l’Asie. Le démarrage des sorties de gaz depuis le site de Yamal, en Russie, a permis de recevoir les premières cargaisons. Acheminé par des navires classés glace depuis la Sibérie, le GNL est transbordé sur d’autres navires au large de la Norvège pour rejoindre les terminaux européens, dont celui de Montoir.

Autre secteur en croissance au cours de ces trois dernières années, les marchandises diverses gagnent 2,4% en 2018 pour s’établir à 2,8 Mt. En tonnage, toutes les diverses progressent. Le bois hors conteneurs et roulier gagne 8,6% à 61 000 t. Il reprend du volume après une année 2017 au cours de laquelle il a perdu 18,9%. Si ce trafic de bois en conventionnel ne retrouve pas ses niveaux de trafic de 2016, il revient à des niveaux plus en adéquation avec la tendance de ces dernières années. Le trafic roulier est pour sa part sur une tendance de croissance sur les dernières années. En 2018, le trafic a gagné 5,4% à 595 000 t. Ce gain en volume tient principalement à la filière des colis lourds et exceptionnels pour le compte d’Airbus et des moteurs de Man. Le trafic roulier avec la péninsule ibérique a pour sa part accusé de légers replis. Avec 109 623 véhicules, Nantes Saint-Nazaire perd 5,5% de ce flux et 1,6% à 15 994 remorques au cours de l’année passée. En mai 2018, l’ouverture de la ligne Milk Run sur le port de Mobile en Alabama aux États-Unis a donné une nouvelle dynamique à ce secteur du roulier avec le chargement de nombreux colis comme des tramways, des vedettes de pilotage ou encore un satellite.

Le port mise sur l’Afrique de l’ouest et l’Amérique du sud

Quant aux conteneurs, si le trafic en tonnage se porte bien, en nombre, cette filière accuse un repli de 3,7% à 188 000 EVP. Pourtant, l’année avait bien commencé avec un trafic en hausse de 6,7% sur le premier semestre. Les produits agroalimentaires et la situation difficile du groupe Doux a pesé au cours du second semestre sur ce flux. Une situation qui n’inquiète pas le nouveau président du directoire, Olivier Trétout. Pour l’avenir il envisage la situation en se focalisant plus sur les lignes avec l’Afrique de l’ouest et l’Amérique du sud et du centre. « Notre gabarit est plus adapté aux navires assurant la desserte de l’Amérique du sud que celle du nord. ». Un secteur qu’il connaît bien pour avoir été en charge de la structure de CMA CGM aux Antilles. Autre secteur en vue pour Olivier Trétout, le développement des lignes sur l’Europe. « Le Brexit peut aussi être une opportunité et nous permettre de faire revivre des lignes que nous avions déjà avec l’Irlande ». Il est confiant dans les potentiels du port et pose d’ores et déjà ses jalons en se posant en « booster logistique pour les négociants du grand ouest français ».

L’avenir de la centrale de Cordemais en jeu

Seule ombre au tableau, les vracs solides ont perdu en 2018 4,9% à 6,7 Mt. Une analyse fine montre que les choses ne sont pas si catastrophiques qu’elles peuvent paraître. En effet, la centrale de Cordemais a connu en 2017 une croissance exponentielle de son trafic après avoir subie, en 2016 des travaux importants. Les stocks étant au plus haut, en 2018, les approvisionnements en charbon ont sensiblement baissé perdant 29,2% à 1,2 Mt. La question de l’avenir de cette centrale est actuellement sur la table. Dans le cadre de la transition énergétique, l’avenir de cette centrale thermique approvisionnée au charbon pourrait être modifié pour fonctionner avec de la biomasse. La décision est attendue pour cet automne. Outre ce secteur, l’alimentation animale connaît aussi quelques revers avec une diminution de 1,6% à 1,9 Mt. Une filière qui s’alimente plus fréquemment dans les stocks français que de faire venir des produits de l’international, et c’est un courant portuaire qui soufre. Tout n’est pas négatif dans les vracs solides avec, notamment, la reprise des trafics céréaliers. La mauvaise campagne céréalière de 2016 semble passé. Le port a réussi à franchir le cap et après avoir vu ses trafics dégringoler de 41% en 2017, le GPM de Nantes Saint-Nazaire a vu ses volumes progresse de 31,5% à 964 000 t. Certes, le niveau de 2016, et donc de la fin de campagne de 2015 n’est pas encore retrouvé mais la bonne récolte de 2018 devrait confirmer ce bon score en 2019. Enfin, le sable de mer a connu un essor 4,6% à 1,2 Mt. Un indicateur sur la reprise de la filière BTP.

Le trafic roulier a progressé de 5,4% à 595 000 t. ©H.D.

Pour le président du conseil de surveillance, Francis Bertolotti, « le port a massivement investi et récolte aujourd’hui les fruits de cette politique. Les perspectives à court terme restent largement positives. » En effet, fin 2017, le nouveau quai du terminal à conteneurs et marchandises diverses de Montoir offre de nouvelles possibilités pour le port. Désormais, deux navires de 8 000 à 10 000 EVP peuvent accoster simultanément sur le terminal et ce grâce à l’extension du terminal de 350 m. Si les navires de 10 000 EVP ne peuvent accoster au terminal à pleine charge en raison d’un accès nautique trop faible, ils peuvent malgré tout assurer une escale partielle. Et pour répondre aux besoins, le manutentionnaires du terminal a investi dans un nouveau portique de 8M€. Les opérations de tests s’achèvent et le manutentionnaire prévoit d’être opérationnel dès le mois de février. Au global, en 2018, Nantes Saint-Nazaire Port a investi 17M€ « afin de favoriser le développement des activités et de garantir la performance de l’outil portuaire », explique Olivier Trétout. Outre le terminal à conteneurs, l’aménagement de la zone industrielle comme la préparation du hub logistique et le développement des infrastructures ferroviaires ont transformé le visage portuaire ligérien. Déjà, sur la zone logistique de Cheviré, le groupe Legendre installe un bâtiment de 24 000 m2. Le groupe y développera un projet locatif avec des cellules de 6 000 m2. Sur le site de Montoir, le port construit actuellement un « guichet unique règlementaire » regroupant des services de contrôle vétérinaire, phytosanitaire et des douanes. Il devrait être opérationnel au mois de juin. En 2018, le port avec Nantes Métropole a initié une ligne fluviale entre l’amont et l’aval du port. Commercialisée par la Ligérienne des Transports, cette ligne appelée Flexiloire a assuré près de 150 rotations entre janvier et décembre 2018. Son fond de cale est alimenté par les contrats avec Airbus mais elle a su aussi diversifié sa clientèle avec de nombreux colis lourds notamment pour le compte du motoriste Man.

Rester un grand port d’État

L’année 2019 sera marquée par la rédaction du prochain projet stratégique et aussi par la réflexion menée actuellement au niveau national sur la gouvernance du port. Si la présidence du directoire a été repris par Olivier Trétout en remplacement de Jean-Pierre Chalus, parti à l’Union des ports de France, Francis Bertolotti a été confirmé pour une période intérimaire de six mois comme président du conseil de surveillance. Quant à rester port d’État ou passer sous le giron régional, Francis Bertolotti rappelle que la majorité des trafics du port ligérien sont à classer au rang de l’énergie ce qui en fait un établissement important pour l’État. « Même si nous avons un tropisme plus régional, Nantes Saint-Nazaire veut rester un grand port d’État, ce qui le qualifie par ses trafics énergétiques puisque ses terminaux permettent de sécuriser les approvisionnements du pays. Nous n’avons pas de crainte quant à un éventuel changement de statut. Il devrait être préservé de toute idée de réforme même s’il y a une implication plus forte de la région des Pays de la Loire, dont la présence reste à définir au sein du Conseil de surveillance ». Mais, pour Francis Bertolotti, l’essentiel n’est pas là : « Le port est une entreprise et ce devrait être sa seule vocation, même si elle est aussi un aménageur et peut être un service public.  Ce qu’il faut maintenant, c’est faire de Nantes Saint-Nazaire le port incontournable du Grand Ouest, jusqu’au val de Loire, et traiter le problème du cloisonnement des sites économiques et de la concurrence parfois inutile que se livrent les ports de la façade atlantique. Il faut faire le ménage et l’État a une responsabilité en la matière ».

L’avenir du port de l’estuaire de la Loire veut se faire pour devenir l’outil logistique du grand ouest. Dans cet esprit, le port, les opérateurs portuaires ont lancé l’initiative « Be My Port », une identité de promotion de la place portuaire nantaise. Son objectif : développer de nouveaux trafics autour des filières prioritaires du territoire, comme l’industrie et l’agroalimentaire. « Il s’agit de renforcer l’action commerciale en faisant la promotion de nos solutions et services de manière collective. À cet effet des actions sont conduites dans les zones internationales en croissance, notamment la Chine, qui constitue une ouverture importante sur les marchés agroalimentaire, en particulier le porc et le bœuf, qui sont des produits de notre hinterland. »

En plus de l’import, Be My Port a aussi pour vocation de soutenir le développement du trafic export en travaillant sur l’attractivité du port auprès des entreprises du Grand Ouest. Il s’agit de les inciter plus à privilégier Nantes Saint-Nazaire dans leur chaîne logistique internationale. « Entre autres exemples il y a dans la région de Cholet une importante activité manufacturière, mais les produits sont essentiellement exportés via Le Havre et les Pays-Bas qu’ils rejoignent en camions. Nous sommes pourtant très proches. Pour ce cas, et bien d’autres, il y a une logique à concentrer plus les marchandises de l’hinterland naturel et trouver des solutions pour les faire venir ici ».

Hervé Deiss et Vincent Groizeleau

 

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