Chine : un marché potentiel pour le maïs français

Intervenant lors du Paris Grain Day le 1er février, Renault Quach, directeur général adjoint de Donlink International Investment, société négoce chinoise, a expliqué la situation céréalière de la Chine et notamment sur le maïs. La baisse de la production et l’augmentation de l’utilisation pourrait être un marché à explorer pour la production française. Renault Quach nous a expliqué plus en détail certains points.

Invité à présenter la situation du marché céréalier en Chine, Renault Quach, directeur général adjoint de Donlink Investment Investment, estime que la production de maïs en Chine devrait aller décroissante dans les prochaines années. Depuis le début du siècle, la Chine a enregistré une croissance continue de sa production de maïs. « Le gouvernement chinois a mené une politique incitative pour accroître la surface semée de maïs en Chine entre 2004 et 2016 », a expliqué Renault Quach. Une politique abandonnée en 2016 qui a mené dès la campagne 2016/2017 à une baisse de la production. « Entre la campagne récoltée en 2017 et la campagne 2017/2018, la production chinoise a perdu 1,5% pour s’établir à 250 Mt ». Le gouvernement chinois ne souhaite pas accroître la production de maïs. Selon les dernières prévisions entre 2015 et 2020, la surface cultivée en maïs devrait passer de 38 M hectares à 33,3 M d’hectares soit une baisse annuelle de 3,3%. Cette réduction de la production n’est pas le reflet d’une baisse de la consommation chinoise. La demande chinoise est passée d’environ 240 Mt en 2016 à 290 Mt sur la campagne actuelle. L’alimentation animale et la consommation humaine participent activement à la progression de la demande chinoise.

Le maïs chinois est aujourd’hui largement produit dans le nord est du pays. Renault Quach estime que la région de Lianoning et une partie de la Mongolie intérieure produisent un surplus de 41 Mt. À l’inverse le Henan et le Jiangsu, situés dans le centre est, consommateurs et producteurs, affichent un déficit de 6,8 Mt. Quant au sud du pays, le Guangdong et le Guangxi sont largement déficitaires. Ils doivent acheminer quelque 61 Mt de maïs par an. Le développement du réseau ferroviaire permet d’expédier depuis le nord vers le centre et le sud du pays une partie du surplus produit. La Chine doit aussi s’approvisionner sur les marchés internationaux. Elle s’alimente principalement sur le marché ukrainien. Les taxes à l’importation de 25% sur les produits américains placent le maïs de ce pays à des tarifs trop élevés pour qu’ils puissent prendre une part sur ce marché. Renault Quach estime qu’en 2019, la Chine devra importer 3 Mt. Un volume qui prend en considération les stocks actuels et la production en retrait sur les prochaines campagnes. Dans les années à venir, les importations pourraient augmenter si le gouvernement chinois ne remet pas en place un système incitatif pour les agriculteurs de produire du maïs. Une manne commerciale pour le marché français et européen, si le prix du maïs rendu en Chine le permet et surtout après les négociations commerciales engagées avec les États-Unis.

Trois questions à Renault Quach, directeur général adjoint de Donlink International Investment Company

Ports et corridors : Lors de votre exposé au Paris Grain Day, vous avez expliqué que la Chine devrait importer 3 Mt en 2019 dont une grande partie serait originaire d’Ukraine. Vous expliquez que les taxes à l’importation de 25% sur les maïs américains placent ces produits dans une situation non concurrentielles sur le marché chinois. Les sociétés d’État et les sociétés privées chinoises auront elles recours à des produits européens ?

Renault Quach, directeur général adjoint de Donlink International Investment Company

Renault Quach : Aujourd’hui la Chine autorise les importations de maïs depuis les États-Unis, l’Ukraine, l’Argentine, la Thaïlande, le Laos, le Pérou (pour l’alimentation) et la Russie (uniquement dans les régions frontalières de la Chine). Le maïs argentin doit faire face à un problème de quarantaine qui n’est toujours pas résolu. Quant à la Thaïlande, le Laos et la Russie, leur production de maïs n’est pas si importante pour pouvoir prendre toutes les importations. Alors, pour résumer, seules l’Ukraine et les États-Unis peuvent subvenir aux besoins de la demande chinoise. Néanmoins, en raison des tensions commerciales avec le gouvernement de Washington et les taxes à l’importation, les négociants chinois ne sont pas favorables à importer des produits venant d’outre Pacifique.

P & C : Selon les données que vous avez communiquez lors du Paris Grain Day, la production de maïs devrait se stabiliser voire baisser dans les prochaines années. Quelles sont les raisons de cette tendance compte tenu que le maïs semble représenter une commodité fortement utilisée en Chine ?

R.Q : Nous estimons que la production de maïs sera stable dans les prochaines années. Cela résulte de plusieurs facteurs. En effet, le volume des stocks de maïs sont élevés en Chine. La majorité de ces capacités appartiennent à des sociétés d’État chinoises. L’importance de ces stocks pèse lourd pour le gouvernement et est devenue une charge qu’il souhaite réduire. Le gouvernement a mis en place une politique pour réduire les stocks. Elle se manifeste par deux éléments. En premier lieu, il a mis en place une politique pour réduire la surface cultivée de maïs au profit d’une plus grande culture du soja. En second lieu, il a mis fin aux subventions que les agriculteurs chinois percevaient pour la production de maïs. Deux décisions qui participent à la baisse de la production de maïs depuis déjà deux ans et qui devrait continuer.

Ainsi, en 2019 la Chine devrait importer quelque 3 Mt de maïs. Il n’est pas prévu que ce volume progresse. Il faut d’abord que les stocks chinois se « résolvent ». Il faut regarder plus loin. En 2020 et les années suivantes, la Chine pourrait importer plus de maïs ou des produits de substitution mais seulement si les stocks ont été résorbés.

P & C : Dans ce contexte économique, la logistique joue un rôle important. Les opérateurs ont une préférence pour le maritime ou le ferroviaire ?

R.Q : le rééquilibrage entre la production et la consommation pose des questions logistiques qu’il faut résoudre. Compte tenu du prix du transport maritime actuellement, une grande partie des importations ou des flux intérieurs se font par ce mode de transport. La Chine compte plusieurs ports dotés de silos qui sont performants. Avec un déficit élevé, la majorité des ports chinois d’importation de maïs se retrouvent dans le sud du pays. Ainsi, Nansha, Huangpu et Xin Chewan s’imposent parmi les principaux ports d’importation chinois. Au nord et au centre du pays, des ports comme Qingdao, Lianyungang et Xiamen jouent un rôle dans cette logistique.

Pour les flux intérieurs, qui ne sont pas négligeables entre le nord, le centre et le sud, les opérateurs utilisent de façon importante le système ferroviaire chinois. Une option qui est favorisé aujourd’hui par les investissements lourds que le gouvernement réalise dans ce mode de transport qui participe au déplacement des marchandises mais aussi des personnes.

De plus, la Belt and Road Initiative (nouvelle route de la Soie) permet de relier le nord ouest de la Chine vers l’Europe de l’est et l’ensemble du continent européen. Du blé et de l’orge sont transportés en Chine depuis le Lazastan frontalier mais les volumes restent mineurs. L’utilisation du système de Belt and Road entre l’Europe et la Chine affichent un coût logistique élevé. Le prix du maïs sur les marchés internationaux ne permettent pas l’utilisation de ce système logistique.

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