Céréales : la logistique avantage les blés français sur le marché mondial

La réunion mensuelle de FranceAgriMer sur le marché céréalier a été positif pour les produits français. Avec un prix en baisse et une logistique avantageuse, le blé français devrait pouvoir décrocher des marchés dans les pays tiers.

Le blé français devrait gagner des parts de marché sur la fin de la campagne 2018/2019. Plusieurs facteurs expliquent ces prévisions optimistes dressées lors de la réunion mensuelle du conseil spécialisé des céréales de mars. En premier lieu, le prix du blé français s’est contracté en février. Le blé meunier Fob Rouen affiche 202,7 €/t, soit une diminution de 3,4%. Il est de 203,2 €/t à La Pallice en baisse de 3,3% par rapport au mois de janvier. Un prix qui reste malgré tout supérieur à ce qu’il était sur la campagne précédente. « Nous avons des disponibilités pour la fin de campagne avec des prix intéressants ce qui nous permettrait de prendre des positions », a indiqué Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de FranceAgriMer. Le contexte mondial place les blés français dans des conditions favorables sur les prochains mois. En premier lieu, la baisse importante des taux de fret joue en faveur des origines françaises. En effet, en février, le Baltic Dry Index a perdu 44%. Il a touché le plancher à 658 points le 28 février. Une diminution qui a surtout été menée par l’indice des Capesize qui a vu sa valeur perdre 60% au cours du mois dernier. Une tendance qui est liée au nouvel an chinois en février qui a mis au ralenti l’économie de l’Empire du milieu et à la rupture du barrage dans une mine du Brésil. Les sorties de minerais du Brésil ont été affectées. Concernant le marché céréalier, l’indice des Panamax, navires utilisés pour les trafics céréaliers, a perdu 43% par rapport à février et 54% par rapport à l’an dernier. De plus, une partie non négligeable des exportations céréalières se faisant sur le marché méditerranéen, ces baisses de taux de fret donnent un nouvel avantage aux blés français.

Une baisse de la disponibilité de la Russie

Les atouts du blé français vient aussi des disponibilités mondiales sur cette fin de campagne. En Russie, la disponibilité serait amoindrie selon les dernières prévisions. Les dirigeants de FranceAgriMer estiment aux environs de 4Mt à 5Mt de disponibles avec un handicap de taille : une grande partie de ces stocks sont entreposés dans des silos éloignés des ports maritimes, ce qui augmentera sensiblement le prix Fob de ces blés déjà plus chers que les produits français. « Ces stocks russes serviront certainement dans l’inter campagne quand les récoltes européennes ne sont pas encore arrivées dans les silos portuaires », a précisé Rémi Haquin, président de FranceAgriMer. L’Ukraine a pris, au cours de cette année, des parts de marché sur l’Asie. La disponibilité australienne a été fortement réduite en raison de la sécheresse subie en 2018. Elle a aligné sur le marché mondial 10 Mt contre 14 Mt pour les années précédentes. Alors, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie ou encore la Thaïlande se sont tournés vers le marché de mer Noire et d’Argentine pour s’approvisionner. La bonne tenue en protéines (12,5%) du blé ukrainien lui a permis de prendre la place de premier fournisseur pour l’Indonésie. Quant aux négociations entre les États-Unis et la Chine, elles devraient aboutir dans les prochaines semaines. À aujourd’hui, le gouvernement de Washington a accepter de retarder des droits de douanes sur 200Md$ de produits chinois qui sont importés aux États-Unis chaque année. La date butoir du 1er mars a été repoussée. Du côté chinois, le gouvernement a proposé d’importer des produits agricoles (surtout du blé, du maïs, du soja, des drêche et de l’éthanol) pour un montant supplémentaire de 30Md$. D’ores et déjà un accord sur 10 Mt de soja a été signé. Un accord qui pourrait fermer aux européens le marché chinois s’il devait se confirmer. En attendant, le blé américain connaît en ce moment des difficultés. Les pluies importantes qui ont touché le Midwest ont gonflé les eaux du Mississippi. La navigation est devenue difficile en amont et empêche un approvisionnement portuaire dans de bonnes conditions. Le renchérissement des conditions logistiques mettent le blé étatsuniens dans une position moins favorable.

La position du blé français sur le marché mondial peut se déterminer par rapport au marché égyptien. « Si nous ne passons pas c’est que nous sommes trop chers. Si nos blés emportent des appels d’offre égyptiens c’est que nous sommes pas assez chers », a commenté le président de FranceAgriMer. Sur les importations égyptiennes de blé tendre pour cette campagne, le blé français mène une bonne campagne. Avec 480 000 t expédiées, la France se place en troisième position derrière la Russie et la Roumanie. C’est, par rapport à la précédente campagne, un trafic multiplié par huit. L’Égypte prévoit 12,4 Mt à importer sur cette campagne. Au 20 février, 60% de la demande a été couverte et pour les prochains appels d’offre, la France pourrait bénéficier de ses avantages de prix et logistiques pour se placer sur une partie de ces approvisionnements.

9,5 Mt d’exportations pays tiers pour cette campagne

Globalement, les exportations de blé tendre vers les pays tiers a augmenté de 14% par rapport à la campagne précédente à 5,6 Mt. L’Algérie demeure la première destination avec 3,7 Mt à fin février, en hausse de 34%, et cela même si au mois de février les exportations vers ce pays ont diminué. Au Maghreb, le Maroc revient ces dernières semaines avec de nouvelles expéditions mais reste malgré tout en retrait par rapport à la précédente campagne. L’Afrique sub-saharienne reste la seconde destination des pays tiers avec un trafic qui reste en baisse sur les deux dernières campagnes. Le blé tendre français a pris des parts de marché en Chine et sur Cuba. Le Yémen est revenu sur ce marché avec l’achat de 55 500 t de produits français. Au final, FranceAgriMer prévoit une hausse de 650 000 t d’exportations vers les pays tiers pour un volume global de 9,5 Mt. « Nous revenons à un volume moyen sur les cinq dernières années », confirme Marc Zribi. Si les exportations vers les pays tiers est en hausse, celles vers les pays de l’Union européenne sont en baisse de 15% à 3,9 Mt. Les principaux pays membres d’exportation des blés tendres français, Belgique, Pays-Bas et Espagne perdent de leur volume.

Le blé dur français voit ses volumes d’exportation augmenter légèrement. Les exportations vers l’UE ont progressé de 20 000 t à 820 000 t. Quant aux expéditions vers les pays tiers, elles sont en hausse de 15 000 t à 190 000 t.

Le marché de l’orge apparaît comme atone sur les premiers mois de l’année. Les expéditions sur l’Europe ont progressé de 55 000 t à 3,4 Mt alors que les exportations vers les pays tiers ont perdu 300 000 t à 2,6 Mt. Les deux principaux acheteurs d’orge dans le monde, la Chine et l’Arabie Saoudite ont réduit leur demande. Alors, même si les volumes d’expéditions d’orge progressent sur cette campagne, une modification structurelle dans les approvisionnements de ces deux pays pourraient modifier sensiblement le marché de l’orge dans les prochaines années.

Enfin, le maïs français voit ses exportations vers les pays tiers inchangés à 120 000 t. Les expéditions vers les pays membres de l’UE sont pour leur part en net retrait de 220 000 t à 4 Mt. Un tassement qui est lié à la baisse de la demande en ces produits par le Benelux et l’Allemagne. Ces pays préférant les origines ukrainiennes. Les basses eaux du Rhin et du Danube ont amené les utilisateurs nord-européens à choisir des origines de mer Noire. Il reste que l’Arabie Saoudite importe aujourd’hui plus de maïs que d’orge. Un marché potentiel pour les produits français.

Les basses eaux danubiennes et rhénanes jouent contre le camp européen

L’automne 2018 a été particulièrement sec en Europe. Le manque d’eau s’est fait directement ressentir sur le trafic fluvial du Rhin et du Danube. Un phénomène pas exclusif puisqu’il était déjà survenu en 2003, 2011 et 2015. Les épisodes de basses eaux semblent intervenir à des cycles de plus en plus fréquents. Sur le haut et moyen Danube, le tirant d’eau a été inférieur à 2 m pendant l’été. Il a fallu prévoir des transbordements pour les convois qui affichaient un tirant d’eau supérieur à 1,8 m. La flotte danubienne est sensible aux variations des eaux compte tenu de la construction des barges dans les années 80, prévues pour des tirants d’eau supérieurs à 2,5 m. Au final, le prix du fret avec ces baisses de tirant d’eau a été multiplié par trois au cours de la période. Dans un communiqué de presse, l’association des producteurs de céréales de Hongrie constatent « qu’avec les basses eaux du Danube et la forte pression de la demande à l’export, les producteurs doivent recourir à d’autres modes de transport. » Dans ce contexte, les céréales récoltées en juillet 2018 sont stockées dans les silos le long du Danube ou restent chez les agriculteurs, a déclaré le président de l’association, Tamas Patohazi. Les exportateurs se sont donc tournés vers le mode routier. Intervenant en secours, les prix du transport vers les ports par la route a eu pour effet de faire grimper le coût de la mise à Fob des céréales de 15 à 20%. En novembre 2018, le président de l’association hongroise imaginait qu’il faudrait attendre le printemps 2019 pour que les stocks se rééquilibrent entre silos intérieurs et portuaires. Une situation analogue s’est mise en place su rle Rhin. Les basses eaux ont impacté fortement les taux de fret des produits du centre de l’Europe. Avec la sécheresse de l’été 2018, la récolte de maïs a été en baisse l’an passé. Pour compenser ces pertes, l’Allemagne n’a pas pu importer des produits depuis la Bulgarie et la Roumanie en raison du faible tirant d’eau du Danube. Les taux de fret ont donc augmenté en conséquence. Dans une note publié en mars, FranceAgriMer indique qu’un transport de tourteaux entre Mayence et Staubing a augmenté de 9,5€/t et jusqu’à Nuremberg, la hausse a été de 17€/t. Ces basses eaux sur le Rhin ont aussi eu pour conséquence de grossir le taux de fret fluvial à la tonne en raison des capacités réduites des barges. Et parce qu’une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, la disponibilité des camions s’est raréfiée en raison de la forte demande. « Au total, note FranceAgriMer, la sécheresse aurait entraîné une baisse de 30 à 40% du commerce agricole ». Avec l’hiver, la situation des eaux du Rhin est revenue à la normale mais l’approvisionnement des pays du nord de l’Europe par l’Ukraine a modifié les circuits logistiques. Ils ont préféré le maïs ukrainien à celui du centre de l’Europe. Selon les derniers chiffres disponibles, au troisième trimestre 2018 la baisse des volumes agricoles sur le Rhin est estimée à 14%. Il manquerait plus que le printemps arrive avec des précipitations hors normes pour que les fleuves soient encore touchés mais cette fois-ci par des crues.

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