Brexit: inquiétudes et questions sans réponses demeurent à neuf jours de la date fatidique

Organisée au Sénat par le groupe de suivi sur le retrait du Royaume-Uni et la refondation de l’Union européenne, un colloque sur les conséquences du Brexit a mis en évidence les avancées mais aussi les retards que la France accumule à l’aube de l’échéance.

Qu’il soit dur ou qu’il soit mai, le Brexit se fera. Même si la première ministre britannique, Theresa May, a officiellement envoyé à l’Union européenne une demande de report de la date du Brexit au 30 juin 2019, le Brexit s’approche jour après jour. Dans l’esprit de certains, cette date apparaît comme un véritable séisme. En organisant un colloque sous le thème « Brexit : le jour d’après », le groupe de suivi sur le retrait du Royaume-Uni et la refondation de l’Union européenne annonce la sortie du Royaume-Uni comme un scénario de film catastrophe. Pourtant, dans les ports, les choses ne semblent pas être si alarmantes. Jean-Marc Puissesseau, directeur général du port de Calais-Boulogne, a déclaré en janvier que les choses sont prêtes (voir notre article). En introduction au colloque, le président du Sénat, Gérard Larcher, a souligné que cette conférence aurait pu s’intituler « Le jour le plus long » ou encore « Un jour sans fin », pour rester dans les analogies cinématographiques.

Xavier Bertrand, président de la région Hauts de France, a demandé au gouvernement français de militer en faveur d’un report du Brexit. © Hervé Deiss

La secrétaire générale des affaires européennes et conseillère Europe auprès du premier Ministre, Sandrine Gaudin, a rappelé plusieurs éléments à prendre en compte. « La préparation au Brexit a commencé avec la mise en place d’un cadre juridique adapté au niveau national mais aussi européen », a rappelé Sandrine Gaudin. Du côté juridique, ce sont les ordonnances adoptées par la loi du 19 janvier et l’arsenal juridique qui s’en est suivi avec les décrets d’application. Le gouvernement a aussi prévu des moyens humains avec le recrutement de douaniers et d’agents pour les contrôles phytosanitaires et vétérinaires. « Des recrutements qui ont commencé dès l’année dernière, a rappelé la conseillère Europe du premier ministre, et qui devraient continuer dans les prochains mois en fonction des flux entre la France et le Royaume-Uni. » Quoiqu’il en soit, le Brexit aura des effets sur la supply chain de nombreuses filières.

Il faut accorder un délai supplémentaire au Brexit

Pour le président de la région Hauts de France, Xavier Bertrand, il est devenu urgent de faire droit à la demande du gouvernement britannique de décaler la sortie du Royaume-Uni à la fin du mois de juin. « Dans les ports des Hauts de France, à Boulogne, Calais, Dunkerque et sur les installations du Tunnel sous la Manche, nous avons procédé aux travaux nécessaires. Qu’adviendra-t-il si de l’autre côté de la Manche, des camions sont obligés d’attendre ? Ce sera une conséquence lourde pour les opérations logistiques en France. » Les entreprises de la région de Xavier Bertrand mais de toute la France, voire de l’Europe doivent s’adapter. Or, un grand nombre de ces entreprises de transport routier ou d’exportateur ne se sont pas adaptées en informatique pour suivre la dématérialisation des documents douaniers. « Pour cela, nous avons besoin de temps. Il faut s’accorder un délai supplémentaire de trois mois. Soyons pragmatiques et arrêtons le juridisme. Les États membres doivent accepter ce délai supplémentaire ». Une demande que le président de Brittany Ferries et président d’Armateurs de France, Jean-Marc Roué, a appuyé. Le temps doit servir aux entreprises de taille intermédiaires de s’adapter. Un espace temps qui va permettre aux sociétés de s’adapter informatiquement. Les grandes entreprises ont eu les moyens d’investir. Les petites entreprises ont plus de difficultés. « Ces adaptations auront un coût pour toutes les entreprises qui seront reportées sur le prix final des produits. Au final, ce sont les emplois qui vont subir les effets de ce Brexit sans préparation ». Et en plus, Jean-Marc Roué rappelle que si la direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI) a mis en place dès le mois de janvier une connexion pour les sociétés locales, la Normandie et la Bretagne sont entrées dans le système au mois de janvier. Une adaptation qui doit se faire rapidement pour le président de Brittany Ferries qui prévient qu’à défaut « d’avoir une équivalence totale sur la fluidité, la France pourrait perdre des parts de marché au Royaume-Uni qui passeront par l’Europe du nord. » Une attitude que le directeur général délégué de Getlink, la société d’exploitation du Tunnel sous la Manche, François Gauthey, ne partage pas sur tous les points. Dès lors que les formalités douanières ont été réalisées, le flux se déroulera avec fluidité assure François Gauthey. Selon que le transporteur disposera des documents valides et qu’aucun contrôle phytosanitaire et vétérinaire ne sera obligatoire, le passage se fera dans les mêmes conditions qu’avant le Brexit. « Et cela constitue la majorité des transports », assure le directeur général délégué de Getlink. Si un contrôle est nécessaire ou si le transporteur ne possède pas les documents, les camions stationneront sur un parking créé pour l’occasion. Ces procédures sont prévues de chaque côté du Tunnel. Pour François Gauthey, l’important est d’éviter tout blocage. Deux minutes de contrôle par camion peut entraîner une queue de 27 km dans les ports ou au Tunnel.

Si les sénateurs et certains opérateurs demandent un report du Brexit, d’autres souhaitent que les choses aillent de l’avant. « Le Brexit doit se faire ». Marc Mortureux, directeur général de la Plateforme Automobile (PFA), organisation rassemblant l’industrie automobile, « depuis la date du référendum, en juin 2016, l’incertitude règne dans l’industrie britannique. Le report serait source de nouvelles incertitudes ». Le directeur général de PFA demande de la clarté, de la prévisibilité et de prudence pour l’avenir. L’industrie automobile s’est préparée en créant des stocks et en anticipant des soucis par la prise de congés des salariés pour réduire temporairement la production. Le sénateur représentant les français à l’étranger, Olivier Cadic, a donné son point de vue d’entrepreneur français basé en Grande-Bretagne. En visite dans une entreprise de Leeds récemment, le dirigeant lui a expliqué qu’il a dû cesser ses activités en raison de l’incertitude du Brexit. Il importait quelque 6 000 t de verre par mois mais a dû cesser en raison des conséquences probables du Brexit sans accord. Une opinion que la responsable Europe à la région Bretagne a confirmé. « En acceptant le report du Brexit, nous reportons la charge de la preuve sur les européens alors que c’est au britannique de prendre les choses en main ». Les transporteurs routiers ont pour leur part alerter les autorités sur la responsabilité de chaque partie au transport. Le transporteur ne doit pas être tenu responsable de l’absence ou de défaut de documents. L’inquiétude pour le responsable de la FNTR est de voir le permis de conduire français ne plus être valable outre-Manche.

À J-9 du Brexit, les choses ne sont pas claires mais, encore une fois, en France, le désaccord risque d’être source de complications et surtout de pertes de marchés pour la France. Alors, Brexit au 29 mars ou au 30 juin, il appartient à l’État de prendre les choses en mains énergiquement, mais n’est-ce pas déjà trop tard ? (voir aussi l’article de Mer et Marine sur l’adaptation du terminal du Havre)

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