Brexit : Les trois jours du Royaume-Uni

Alors que le gouvernement et le parlement britanniques s’engagent dans une phase législative sur l’accord de Brexit, le Cluster maritime français et Le Marin ont organisé avec les professionnels maritimes et portuaires une conférence sur le Brexit. Peu importe ce qu’il se passera dans ces trois jours, le Brexit se fera (Lire notre article: Brexit: même pas peur).

Gouvernement et parlement britanniques sont entrés dans une phase législative importante sur le Brexit. Selon le vote, il sera décidé d’un Brexit avec ou sans accord. Réunis autour de la table par le Cluster maritime français et le journal Le Marin, les professionnels portuaires, maritimes et de la pêche ont échangé sur les différents scenarii probables. Il ressort des discussions que les professionnels s’accordent sur un point : « les anglais ont voulu leur autonomie et ils l’auront. Leur histoire a montré qu’ils sont capables de se mettre en rangs serrés pour affronter un événement. Et ils réussiront », a indiqué d’entrée, Jean-Marc Roué, président d’Armateurs de France et président du directoire de Brittany Ferries. Aujourd’hui, la question qui se pose n’est plus de savoir comment le Brexit va s’opérer mais dans quelles conditions. « Les britanniques en disent beaucoup moins de ce qu’ils font », a indiqué Vincent Pourquery de Boisserin, coordonnateur national du Brexit. Parce que le Brexit est inéluctable à moins de 20 jours de la sortie du Royaume-Uni. La véritable différence se fera sur la signature de l’accord avec l’Union européenne. « Et même si l’accord est adopté par les parlementaires britanniques, cela signifie que nous aurons 18 mois de phase de négociation avec les anglais. Au terme de cette période, le Royaume-Uni sera un pays tiers comme un autre mais avec des conditions particulières. » Et pour le coordonnateur « il n’y a pas de raisons d’avoir peur du Brexit. Je suis d’accord avec le président de la région des hauts de France, Xavier Bertrand, qui a déclaré récemment que les britanniques seront extra-communautaires mais pas extra-terrestres ».

Des extra-communautaires pas des extra-terrestres

Si le Brexit passionne l’Europe, c’est en France que le sujet attise les craintes. « Il a fallu rappeler aux dirigeants européens que le point le plus proche de la Grande-Bretagne est Calais. La France a donc un rôle essentiel à jouer dans le Brexit », a continué le coordonnateur du Brexit. Alors, les ordonnances signées par le gouvernement pour accélérer l’adaptation du système portuaire français ont permis aux ports de la Manche d’être parés. « Les ports français ont engagé des travaux conséquents. Dans les Hauts de France, ils ont concerné des infrastructures mais aussi la mise en place de poste d’inspection frontalier, de postes pour l’inspection vétérinaire et phytosanitaires.. Aujourd’hui tout est en place pour que le trafic transmanche garde sa fluidité », a assuré Jean-Pierre Chalus, délégué général de l’Union des ports de France. Et Jean-Marc Roué de rappeler que le préfet du Calvados a décidé d’organiser un exercice grandeur nature dans les ports avant le 29 mars pour s’assurer du bon fonctionnement des procédures. Le défi pour les opérateurs français portuaires et maritimes sera de conserver les parts de marché sur le Royaume-Uni. En effet, les ports néerlandais et belges ont annoncé avoir mis en place les conditions adéquates pour assurer le trafic avec la Grande-Bretagne. Ainsi, le risque d’un détournement de trafic vers ces ports existe. « Nous ne pouvons dire aujourd’hui quel sera l’impact du Brexit mais, ce dont nous sommes certains c’est qu’il y aura un effet Brexit qui sera positif ou négatif pour la filière française », a indiqué Jean-Marc Roué. Une analyse que le délégué général de l’Union des ports de France partage sur le moyen terme.

Outre l’organisation des flux et le maintien de la fluidité, les douanes françaises avec la Soget et MGI, deux sociétés françaises spécialisées sur l’informatique portuaire, proposent des solutions pour assurer la fluidité des flux informatiques entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Tout est en passe et peu importe les votes de ces trois jours, en France, le Brexit ne fait plus peur.

Rapatrier les navires sous pavillon britannique

Le premier effet collatéral du Brexit sera de sortir les navires du groupe CMA CGM du pavillon britannique, a indiqué Jacques Gérault, conseiller institutionnel du groupe marseillais. Actuellement 44 navires de la flotte arborent le pavillon britannique. Or, a expliqué le conseiller institutionnel du groupe, pour bénéficier de la taxe au tonnage, les navires doivent être immatriculés dans un registre européen. Le premier effet de ce Brexit sera de rapatrier les navires du groupe sous l’Union Jack vers les registres de Malte et de Madère. « La direction de la flotte du gouvernement français joue le jeu. Elle nous donne des conditions de facilitation pour rapatrier sous le pavillon français ces navires », indiqué Jacques Gérault. L’opération de retour en Europe de ces 44 navires se fera en deux phases. En premier lieu, les navires seront sous pavillon Malte ou Madère et pourraient ensuite entrer sous pavillon français. En second lieu, le groupe marseillais a décidé de mettre sous pavillon français (registre du RIF) les neuf navires actuellement en construction en Corée. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, cette annonce aura des conséquences positives pour la formation des marins, Le groupe CMA CGM souhaite disposer de plus d’élèves dans les écoles d’officiers. « Rapatrier nos navires sous pavillon national signifie que nous devons avoir plus d’officiers français dans les prochaines années. Nous sommes en cours d’étude avec l’ENSM sur ce sujet ».

Alors, peu importe les conditions du Brexit, il se fera. Tout est prêt et même si des grains de sable viendront gripper quelque peu la chaîne logistique, à terme, les flux entre l’Europe et le Royaume-Uni continueront.

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