Bruno Kangni, directeur général du conseil national des chargeurs du Bénin, plaide pour une maîtrise des coûts du transport

Le Conseil national des chargeurs du Bénin joue un rôle pivot dans la chaîne logistique du pays. Représentant les industriels importateurs et exportateurs du pays, il agit pour une plus grande facilité de la logistique dans le pays. En ce sens, il est concerné par l’activité du Port autonome de Cotonou, l’état des corridors du pays vers le nord, l’est et l’ouest et gère les données collectées par les Bordereaux de suivi de cargaison. Des points que le directeur général de cet organisme, Bruno Kangni détaille.

En janvier 2018, le président de la République du Bénin, Patrice Talon, et son gouvernement ont signé un contrat avec Port of Antwerp International (PAI) pour la gestion du Port autonome de Cotonou. Un contrat qui a fait grand bruit dans le monde portuaire. Les choses sont vues bien différemment depuis l’intérieur. Bruno Kangni, directeur général du Conseil national des chargeurs du Bénin (CNCB) voit les choses avec un œil bienveillant. « Il ne s’agit pas d’un cadeau fait à PAI mais d’une délégation de pouvoir public. Le Port autonome de Cotonou joue un rôle majeur dans l’économie du Bénin mais aussi pour nos voisins qui ne disposent pas de littoral. Il est un outil essentiel pour les chargeurs béninois, nigériens et maliens. Nous avons besoin d’un port compétitif pour répondre à ces exigences ». Le contrat prévoit de faire un point d’étape trois ans après sa signature. Il attend des effets importants. « Déjà, nous voyons un premier effet. PAI a commencé par s’atteler à revoir l’organisation dans le port ». Les effets économiques de ce changement se feront sentir après les deux premières années du contrat. « Nous sommes à l’amont et à l’aval de la chaîne de transport. Nous avons besoin pour notre économie de disposer de bonnes pratiques avec un coût de passage portuaire plus faible, une rapidité dans l’exécution des opérations de dédouanement et une compétitivité de nos installations. Avant d’arriver à cet objectif il est important de revoir notre organisation et c’est ce que fait PAI ».

Le droit d’ingérence économique

Au Conseil national des chargeurs du Bénin (CNCB), comme pour tous les acteurs portuaires, les opérations peuvent s’améliorer. Le directeur général du CNCB se dit confiant dans l’avenir. « Au final, le travail que fournira PAI aura des répercussions sur l’ensemble des acteurs de la plate-forme portuaire, à savoir les chargeurs mais aussi les transitaires, les commissionnaires et les transporteurs routiers ». En acceptant une délégation de pouvoir public, Patrice Talon décline en politique ce qu’il a fait dans le monde des affaires. « Le président de la République veut des résultats. Ce qu’il a réussi en tant qu’homme d’affaires, il veut le faire en tant que politique ». Pour le directeur général du conseil national des chargeurs du Bénin, en confiant une délégation de pouvoir public à PAI, le président de la République du Bénin a innové dans le « droit d’ingérence économique ». Au final, Bruno Kangni atteste que cette innovation dans la gestion portuaire peut déranger mais il y voit la finalité : transférer aux cadres béninois les compétences pour maintenir une excellence portuaire.

Bruno Kangni directeur général du CNCB demande que la boucle ferroviaire se fasse. © Ports & Corridors

Le port béninois joue un rôle pour l’économie du pays mais aussi pour ses voisins sans littoral. Trois corridors partent de Cotonou. L’un vers le nord pour rejoindre le Niger et le Mali, un autre vers l’est destiné au nord du Nigéria et enfin, un en direction de l’ouest vers le port de Lomé. Sur ces différents corridors, Bruno Kangni attache un poids particulier au rôle du CNCB. « Nous sommes le point focal pour faire de ces corridors des axes d’échanges internationaux ». Son principal souci pour ces corridors vient des « barrages intempestifs ». Des efforts ont été entrepris par les autorités pour améliorer la fluidité de ces corridors. « Aujourd’hui, sur la route qui mène vers le Niger, nous constatons trois barrages. Cela fonctionne mieux qu’avant même si la situation reste encore fragile », nous a confié le directeur général du CNCB. Du point des vue des infrastructures, le constat est plutôt pessimiste. « Les infrastructures que la colonisation française a laissé n’a pas été entretenue. C’est dommage. » Alors quand plusieurs opérateurs internationaux s’intéressent de près au projet ferroviaire vers le nord, les choses évoluent. Parmi les candidats à la rénovation des lignes, le groupe français Bolloré, des intérêts chinois et un groupe local se montrent disposés à investir. Il reste que le projet de boucle ferroviaire qui relierait Cotonou vers le nord pour desservir le Niger, le Mali et le Burkina Faso constituerait une alternative intéressante pour les opérations logistiques. « Ce projet est vital pour notre économie et nous souhaitons ardemment qu’il aboutisse », confirme Bruno Kangni.En 2018, sur les 10,8 Mt qui ont transité par les quais de Cotonou, 49% sont destinés aux régions sans littoral. Ainsi, Le  Niger représentent la majeur partie des trafics vers le nord avec 37%, soit 3,9 Mt. Un accord de partenariat avec le conseil nigérien des chargeurs, le Cnut (Conseil national des utilisateurs de transport), a été signé récemment pour accroître les liaisons entre le Bénin et le Niger. Avec le Mali, le Bénin exporte surtout du pétrole. Ce sont 3% du trafic global du port qui part vers le Mali, soit 324 000 t. Le Burkina Faso pèse, pour sa part, 4% de ce trafic soit 432 000 t. Enfin, le nord du Nigéria entre pour 5% des trafics du Port autonome de Cotonou, soit 540 000 t. « Tous ces corridors et leur fluidité participent à la compétitivité des économies régionales ». Alors pour aller au-delà, le CNCB travaille aussi sur les flux d’informations. La mise en place de la Segub, Société d’exploitation du guichet unique du Bénin dont la Soget est membre, a permis à rendre encore plus fluide les corridors d’information et à une meilleure perception des différents droits de douane. Cependant, Bruno Kangni souhaite que de nouveaux efforts soient entrepris à ce propos. « Nous devons pouvoir donner les informations nécessaires aux opérateurs concernés. Il faut que la Segub s’attache à permettre une plus grande rapidité dans la transmission des données », reconnaît le directeur général du CNCB.

Revoir le mode d’opération du BSC

Des exigences qui doivent se répercuter ensuite sur le prix des produits. « Notre préoccupation, indique le directeur général du CNCB, vise à réduire le coût des produits dans le panier de la ménagère. Cette baisse doit passer par une plus grande rationalisation des coûts de transport. » Cette maîtrise des coûts est primordiale pour l’économie du pays. Plusieurs leviers peuvent être activés. En premier lieu, le directeur général du CNCB revient sur un projet qui prend de l’ampleur dans la sous région : la création d’une compagnie maritime régionale. « Disposer de nos propres navires nous permettrait de rationaliser encore plus le taux de fret des produits que nous importons et que nous exportons. » Plusieurs dossiers ont déjà fait l’objet d’études par les bailleurs internationaux sans que cela n’aboutisse à ce jour. L’autre levier serait d’agir sur le Bordereau de suivi des cargaisons BSC). « L’objectif de ce document repose avant tout sur la sécurité de nos importations. De nombreux opérateurs perçoivent dans ce document un élément commercial mais il participe avant tout à connaître la nature des produits qui entrent dans notre pays », rappelle Bruno Kangni qui n’y voit pas un aspect commercial. Là où le bas blesse, c’est sur le mode d’opération de ce BSC. Il admet que des efforts doivent s’opérer dans tous les pays pour que le coût de ce document soit revu. Néanmoins, les gains tirés de l’émission de ce document permettent de réinvestir. Il a ainsi permis de créer des parkings pour les transporteurs routiers qui font de la longue distance. Il participe au financement de la formation et aide à la sécurisation des corridors. Des effets positifs que Bruno Kangni ne veut pas perdre.

velit, Donec risus porta. Curabitur sed at lectus suscipit