Céréales : la différence se fera sur la logistique

Le conseil spécialisé Grandes Cultures de FranceAgriMer s’est réuni le 13 novembre. Il tire un bilan plutôt encourageant pour les céréales françaises et ce, dans un marché et un contexte économique mondiale incertains.

Le conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer s’est réuni le 13 novembre sous la présidence de Benoît Piètrement. L’occasion pour les opérateurs de faire le point sur ce marché céréalier qui reste toujours à la merci des tensions internationales. Marc Zribi, responsable de l’unité des grains et du sucre, a rappelé que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis est toujours en cours. De plus, le Brexit plonge dans une nouvelle incertitude les relations entre la Grande-Bretagne et l’Europe jusqu’au 31 janvier 2020. Les tensions dans le Golfe persique ajoutent encore d’autres incertitudes tout comme les prévisions de tassement de la croissance mondiale. Des éléments qui ne plaident pas en faveur du développement des échanges mondiaux.
Dans ce contexte, d’autres éléments viennent plaider en faveur de l’Europe. C’est notamment le cas de la baisse de la parité entre le dollar et l’€uro qui a perdu 6% en un an, permettant aux produits européens de se présenter sur les marchés à des tarifs moins élevés. Quant aux céréales, la baisse du coût du fret au cours des dernières semaines permet d’améliorer encore plus la compétitivité des grains européens et notamment français.

Le blé de Mer noire à 201$/t

Des éléments qui plaident en faveur des blés français qui doivent aussi compter avec la concurrence internationale. Le blé tendre a enregistré une récolte historique en 2019 avec 750 Mt. L’offre pléthorique n’empêche pas de voir les blés français à une bonne place. Avec un prix à la tonne à 196$, face à un blé de la Mer noire à 201$/t et à 199$/t depuis Hambourg, le blé français est devenu compétitif. « Nous disposons d’un des blés les moins chers actuellement, indique Marc Zribi. La véritable différence, compte tenu de l’écart de prix réduit entre les différentes origines sera le coût du fret pour les exportations vers l’Indonésie ou l’Égypte ». En effet, si le fret baisse, cela se répercute sur l’ensemble du marché mondial. Or, avec quatre à cinq jours de mer en moins depuis la Mer noire vers l’Égypte ou l’Indonésie, les blés en sortie des ports d’Ukraine, de Roumanie et de Russie gagnent en coût global (prix à la tonne + coût du fret).
En jouant le jeu de la variable d’ajustement le fret maritime peut faire basculer une partie des décisions d’achat. Il n’en demeure pas moins que les blés français arrivent à s’imposer sur certaines destinations comme l’Égypte qui a acheté en octobre quelque 300 000 t de blés français. Quant aux blés russes, ils sont partagés entre partir sur le marché international ou se destiner au marché domestique dont les cours sont en nette progression ces dernières semaines. Une opportunité que les opérateurs français doivent saisir.
L’offre reste abondante en orges avec une récolte importante en Argentine. En offrant un prix de 172,4$/t, l’orge argentin gagne en compétitivité face aux origines Mer noire et France. La grande incertitude sur l’orge se retrouve dans la situation du cheptel chinois. La fièvre porcine a décimé environ 40% du bétail chinois. La diminution de ce cheptel devrait se répercuter sur les demandes en orge des fabricants en alimentation animale du pays qui composent leurs produits à partir d’orges principalement. Marc Zribi explique que cette baisse en orge pourrait être aussi compensée, en partie, par une hausse des importations de soja. Une lueur s’annonce malgré tout avec l’Arabie Saoudite. Les fabricants d’aliment pour bétail ont essayé d’incorporer du maïs en lieu et place de l’orge. Les essais n’étant pas concluants, la demande pourrait se retourner sur de l’orge. En France, les exportations d’orges sont constantes avec un volume de 7,1 Mt. Les orges brassicoles sont en bonne place sur les marchés internationaux.
Du côté du maïs, l’Argentine a presque doublé ses exportations passant de 6,2 Mt à 11,2 Mt avec un prix Fob à 155,6$/t. Le Brésil s’est imposé ces derniers mois avec un niveau d’exportation qui a presque triplé. La récolte n’est pas terminée en France. Les pluies des premiers jours de novembre pèsent sur la récolte finale que la France tirera. À la mi-novembre, les estimations de production du maïs sont estimées à 11,8 Mt, stable sur les dernières années. Les exportations devraient s’établir aux environs de 4,3 Mt, en baisse de 0,8% en raison d’une utilisation domestique plus importante. Avec 130 000 t à exporter sur les pays tiers, le maïs devrait voir ses échanges internationaux perdre plus de 15% alors que les flux en intra européens seront presque stables avec une diminution de 0,6% à 4 Mt.

 


L’Arabie Saoudite en Russie

Parmi les principaux exportateurs mondiaux de blé, la Russie se place dans le peloton de tête. Les années précédentes, le début de campagne a souvent été dominé par les blés russes. Cette année les choses changent. À fin octobre, la Russie a exporté 14,8 Mt, soit 45% de l’objectif. Le volume d’exportations prévu est en baisse de 20% par rapport à l’an passé mais il reste encore 18 Mt à réaliser sur les sept prochains mois. « Les Russes ont la capacité à pouvoir exporter le solde même si les coûts logistiques sont comprimés », indique Marc Zribi, responsable de l’unité des grains et du sucre. Dans le cadre de son rapprochement avec la Russie, l’Arabie Saoudite a annoncé vouloir investir dans un terminal céréalier au travers de la Salic (Saudi Agricultural and Livestock Investment Company), une société d’État créée par décret royal et appartenant au Fonds d’investissement du pays. En devenant partenaire dans un terminal céréalier dans le port de Novorossisk, une part croissante des achats des céréales par l’Arabie Saoudite pourrait provenir de Russie.


 

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