Nantes Saint-Nazaire : un port d’Etat mais une gouvernance assumée par les collectivités

Le nouveau conseil de surveillance du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire a été mis en place le 22novembre. Si le port conserve son statut de port d’État, sa gouvernance est assumée par les collectivités régionales, un article de Vincent Groizeleau, de Mer et Marine.

Il y a deux ans, tout juste, Edouard Philippe annonçait sa volonté de prendre à bras le corps la problématique de la compétitivité des Grands Ports Maritimes français et de leur gouvernance, afin de leur permettre d’atteindre un niveau de trafic à la hauteur du marché français. Petit-fils de docker et ancien maire du Havre, le premier ministre, qui connait particulièrement bien le secteur, avait annoncé le lancement de missions d’étude pour savoir comment renforcer la gouvernance et la connexion aux hinterlands de ce qu’il avait appelé les « trois grandes portes d’entrée » du pays : l’axe Seine, l’axe Rhône-Saône-Méditerranée et Dunkerque. « Pour les autres ports nationaux, qui sont également essentiels au territoire, nous devons réfléchir, savoir si l’Etat est le mieux placé pour conduire la politique, peut-être les régions le sont-elles davantage, en partenariat avec d’autres collectivités. Les ports ne seront peut-être pas tous gérés de la même façon. Il nous faut considérer toutes les possibilités », avait dit Edouard Philippe.

La présidente de la région des Pays de la Loire à la tête du Conseil de surveillance

Dans les autres GPM que ceux de l’Axe Seine (Le Havre – Rouen – Paris regroupés au sein d’Haropa), de Marseille-Fos et de Dunkerque, de vives craintes étaient alors apparues quant à une éventuelle perte du statut de port d’Etat et un transfert aux collectivités. C’était le cas pour Nantes Saint-Nazaire, quatrième port généraliste de l’Hexagone, où un compromis a finalement été trouvé. Le GPM ligérien garde bien son statut national mais voit une évolution intéressante de sa gouvernance. A l’occasion de la succession de Francis Bertolotti, qui occupait cette fonction depuis 2010, le Conseil de surveillance de Nantes Saint-Nazaire a, le 22 novembre, élu à sa tête Christelle Morançais, présidente du Conseil régional des Pays de la Loire. C’est la première fois qu’un président de région occupe ce poste dans un GPM métropolitain.

Le Conseil de surveillance, composé de 18 membres (5 représentants de l’Etat, 5 des collectivités territoriales, 3 du personnel du port et 5 personnalités qualifiées), garde les mêmes prérogatives, la conduite opérationnelle de l’établissement demeurant assurée par un Directoire, dont la présidence a été confiée en janvier dernier à Olivier Trétout, qui a succédé à Jean-Pierre Chalus.

Pas de changement structurel mais une évolution politique déterminante

Sur le papier, rien ne change mais, en même temps, cette évolution pourrait aussi faire toute la différence grâce à sa nouvelle dimension politique. Avec désormais à sa tête un élu local, le Conseil de surveillance, chargé d’élaborer la stratégie du port et de veiller à sa bonne mise en œuvre par le Directoire, va voir le poids des collectivités, Région des Pays de la Loire mais aussi Département de la Loire-Atlantique, Nantes Métropole et communauté d’agglomération de Saint-Nazaire (Carene), s’accroître sensiblement pour piloter l’avenir de la principale place portuaire de l’ouest de la France.

Pour Christelle Morançais, dont on notera qu’elle a été élue à l’unanimité des 18 membres du Conseil de surveillance, « C’est l’affirmation forte que l’avenir du Grand Port de Nantes Saint-Nazaire est l’affaire de tous, et au premier chef des collectivités. Quatre collectivités aux sensibilités politiques différentes, mais qui vont œuvrer main dans la main à l’avenir du port car elles partagent une ambition commune: conforter Nantes Saint-Nazaire au rang de premier port de la façade Atlantique et renforcer son rôle en faveur de l’attractivité et du développement économique du Grand Ouest. Je rappelle d’ailleurs que les Régions Bretagne et Val de Loire sont entrées au Conseil de développement du port », explique la nouvelle présidente du Conseil de surveillance, qui évoque le fonctionnement des grands ports du nord de l’Europe : « J’ai vu à Anvers et Hambourg l’importance que les collectivités avaient dans ces grandes places portuaires. Nous devons ancrer notre port dans les territoires et en faire un outil au service de tous, mieux coordonner nos politiques et porter une future stratégie avec la concertation la plus large possible entre les collectivités, les acteurs économiques, les chambres consulaires et les associations ».

Nouveau projet stratégique

A peine élue, Christelle Morançais, qui a salué le travail accompli pendant une décennie par Francis Bertolotti et Jean-Pierre Chalus en faveur notamment de la transition énergétique, a annoncé qu’elle organiserait en janvier un séminaire pour plancher sur la future stratégie portuaire : « Nos priorités doivent être de renforcer les liens du GPM avec les territoires et les politiques qui y sont menées, notamment en matière économique, industrielle, environnementale et européenne. Nous devons reconquérir notre hinterland, cet espace géographique proche où les entreprises, y compris ligériennes, recourent encore trop largement aux ports du Havre et du nord de l’Europe pour exporter leurs marchandises. Il faut diversifier les services et les activités portuaires aujourd’hui trop dépendantes des hydrocarbures, engager fortement le port dans la transition énergétique et écologique, renforcer le ferroviaire et le multimodal… Nous devons aussi faire du Brexit une opportunité et tirer pleinement avantage du corridor Atlantique qui ouvre des voix commerciales vers l’Irlande et des financements européens. Nous nous sommes battus pour que Nantes Saint-Nazaire y soit intégré et nous devons maintenant soutenir le développement de liaisons vers l’Irlande. Nous devons également veiller à une meilleure exploitation foncière du domaine portuaire ».

Des élus locaux qui veulent jouer collectif

Une chose est sûre à l’issue vendredi de sa première conférence de presse après son élection : Christelle Morançais n’a clairement pas l’intention de faire de la figuration et, par-delà les camps politiques (la région est à droite alors que les trois autres grandes collectivités du territoire sont à gauche), la patronne du Conseil régional, ainsi que les présidents du Département, de Nantes Métropole et de la Carene, affichent leur volonté de jouer collectif. Pour Johanna Rolland, cette évolution dans la gouvernance répond « à une attente commune des collectivités locales » car, explique la présidente de Nantes Métropole, « le port est un sujet majeur pour le territoire, il est au croisement des enjeux économiques et écologiques ». Militant depuis longtemps pour une association plus forte des collectivités dans la gouvernance du GPM, Philippe Grosvalet, président du Conseil départemental de la Loire Atlantique, se montre enthousiaste face à cette opportunité: « Les collectivités locales n’avaient jusqu’ici qu’un strapontin alors que nous sommes très investis sur ces sujets et que le port constitue un enjeu stratégique pour nos territoires. Pas seulement d’ailleurs à l’échelle régionale, mais également au-delà puisque Nantes Saint-Nazaire est aussi, par exemple, le port de la Bretagne. Il faut donc conforter sa position de grand port de l’ouest. C’est aussi un symbole de la grande transition que nous sommes en train de vivre et nous devons collectivement veiller au bon équilibre entre développement économique et respect de la nature. Le port est en effet à la fois un établissement industriel et commercial, mais aussi foncier, qui s’étend du cœur des zones urbaines aux espaces naturels d’un estuaire qui a été historiquement façonné par la main de l’homme ».

Grâce à un rééquilibrage politique avec l’État dans la gouvernance, les élus locaux entendent donc mieux intégrer la place portuaire dans leurs politiques afin d’accentuer son rôle de puissant levier économique mais aussi de transition énergétique et environnementale. Cela, grâce par exemple au développement des liaisons multimodales, dont le fluvial, la conversion de la centrale à Charbon exploitée par EDF à Cordemais, la montée en puissance des énergies marines ou encore l’essor de carburants plus vertueux. Après l’échec du développement du site de Donges Est il y a quelques années, ils devront aussi mener à bien le délicat projet du Carnet, où le port veut développer sur l’une de ses ultimes grandes réserves foncières utilisables un parc d’activités « écotechnologiques » de 110 hectares.

Un accord pour les frais de dragage

Du côté de l’État, le préfet des Pays de la Loire, Claude d’Harcourt, se félicite de cette évolution vers un « pilotage collectif » du port. « C’est une première en France, une structure nouvelle qui voit l’association d’un port d’État essentiel dans les ambitions portuaires nationales avec une gouvernance assumée par les collectivités. Cette évolution s’inscrit pleinement dans la stratégie portuaire du gouvernement et du premier ministre, avec une volonté de voir les collectivités, quand elles le peuvent et le souhaitent, être à la manœuvre ».

Le préfet en a profité pour revenir sur la question cruciale des frais de dragage, qui représentent un coût d’une vingtaine de millions d’euros, soit un tiers du budget du port. Ce dossier épineux avait provoqué l’an dernier un conflit ouvert avec les collectivités, qui avaient pendant quatre mois refusé de voter le budget 2018 du GPM, réclamant que l’Etat prenne en charge la totalité de ces frais alors que la dotation était moins importante que prévu. « Il faut sortir de cette discussion. Ce port doit jouer à armes égales avec les autres ports et cette surcharge doit être gommée par l’Etat. Des engagements ont été pris sur la compensation des frais de dragage et ils seront tenus », assure Claude d’Harcourt.

Une « première étape »

Alors qu’un nouveau Comité interministériel de la mer (Cimer) doit se tenir en décembre, reste maintenant à savoir si ce modèle va s’étendre à d’autres grands ports maritimes français. Cela dépendra sans doute pour chacun du contexte, des réalités et volontés locales : « Le premier-ministre et le président de la République veulent des expérimentations et un droit à la différenciation », rappelle Christelle Morançais. A chacun donc de trouver le chemin qui lui convient le mieux, pourvu que les objectifs soient atteints. La nouvelle présidente du Conseil de surveillance du GPMNSN parle en tous cas d’une « première étape » qui pourrait donc appeler d’autres évolutions futures dans la gouvernance du port. Mais, interrogée sur la question, elle ne souhaite pour l’instant pas évoquer les contours d’une potentielle seconde étape.

Contrat de Territoire avec Cordemais et CPER pour les futurs grands projets

Pour le moment, la priorité est donnée à la mise en place du nouveau pilotage et du futur projet stratégique du port. Avec deux rendez-vous importants à venir avec l’État : le projet de Territoire qui doit être bouclé pour juillet 2020 et traitera notamment de la question de Cordemais et des propositions pour la reconversion de cette centrale à charbon appelée à fermer à une échéance qui n’est encore pas clarifiée. « Un document est en train d’être finalisé à ce sujet. Il y aura un accord cadre qui va lister les projets essentiels puis des discussions financières entre l’Etat et les collectivités pour la transformation de Cordemais », explique le préfet. Et puis il y a évidemment les discussions autour du prochain contrat de plan Etat-Région, qui déterminera les grands projets structurants mis en œuvre sur le territoire pour la période 2021-2027, y compris ceux du port de Nantes-Saint-Nazaire.

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