Campagne 2019/2020 : le blé a battu son record en France

La campagne céréalière en France s’est achevée sur un record pour les exportations vers les pays tiers. Une performance qui est intervenue dans une période difficile entre les mouvements sociaux de fin 2019 et début 2020 et la crise de la Covid 19.

Il fallait vraiment que le blé français soit compétitif pour faire face aux difficultés de l’année. La campagne céréalière 2019/2020 (elle s’écoule du 1er juillet au 30 juin) a subi les effets des mouvements sociaux de décembre et janvier mais aussi la crise de la Covid 19.

Peu d’impact par les grèves et la Covid 19

« En dépit des grèves et des difficultés engendrées par l’épidémie de Covid 19, la campagne commerciale céréalière française 2019/20 s’achève sur un record à l’exportation pour le blé tendre », indique un communiqué de fin de campagne de FranceAgriMer. Le dernier conseil spécialisé des grandes cultures qui s’est tenu le 8 juillet, indique un trafic de 13,6 Mt d’expéditions de blé tendre. Un chiffre estimé en raison du manque de données sur les dernières semaines de la campagne.

Une hausse de 41% des trafics pays tiers

Au total, la campagne 2019/2020 s’achève sur une hausse de 150 000 t par rapport à la précédente pour les pays tiers. Cela représente 40,6% de mieux. Profitant d’une bonne qualité de ses blés, la France a consolidé son marché avec ses clients historiques. L’Algérie et le Maroc demeurent les principales destinations. Les chargements avec l’Algérie ont augmenté de 10%. Le Maroc connaît une hausse importante de ses approvisionnements français et frôle désormais les 2 Mt.

Le retour en force de l’Afrique de l’ouest

Autre client historique de la France, les pays d’Afrique de l’ouest ont acheté massivement des blés français. Sur le range Mauritanie- Angola, la progression des trafics de blé tendre augmente de 72%. Elle concerne principalement, la Mauritanie, le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et l’Angola. Outre les clients historiques, la qualité des blés français a permis de s’imposer sur de nouveaux marchés à l’image de la Chine et de l’Égypte.

21,2 Mt exportées et des stocks important

Les expéditions de blé tendre vers les pays de l’Union européenne s’inscrivent dans la même tendance avec une hausse de 1% à 7,4 Mt. Au total, la France a exporté, toutes destinations confondues, 21,2 Mt de blé tendre. Ces performances des blés français doivent néanmoins être relativisés. La production de blé français en 2019 a été importante à 39,5 Mt, soit une progression de 16%. Si les exportations vers l’UE et les pays tiers s’affichent en nette progression, les utilisations domestiques demeurent en faible progression. Les stocks finaux s’alourdissent de 20% à 2,9 Mt.

La Russie a exporté 31,1 Mt

Des exportations de blé françaises qui ont su faire front aux produits issus des pays de la Mer noire. En Russie, les exportations de blés, orges et maïs ont pesé 38,1 Mt sur la campagne. Un trafic en baisse de 6% par rapport à la précédente campagne. La Russie a tablé, en début de campagne, sur des expéditions de 36,7 Mt pour une production de 78 Mt. Or, elle a réalisé 93% de ses objectifs avec 31,1 Mt. Le gouvernement a décidé de prioriser une partie de sa production pour la consommation domestique.

L’Ukraine a réalisé 99% de ses objectifs d’exportation

En Ukraine, la situation a été identique. Le pays a exporté 19,9 Mt sur la campagne contre une prévision de 20,2 Mt, soit 99% de l’objectif visé. Comme en Russie, une partie de la production de blé a été recentrée vers le marché domestique. Enfin, la Roumanie n’a pas réussi à prendre des parts de marché aux blés français. Avec un peu plus de 5 Mt, soit 15% du total européen, la Roumanie se place en seconde position pour la campagne passée.

Orges : 4 Mt vers les pays tiers

Les orges françaises ont aussi enregistré une année importante sur la dernière campagne. Avec 4 Mt exportées vers les pays tiers, les exportations ont progressé de 67% par rapport à la campagne précédente. « Les orges françaises se sont illustrées sur la scène internationale », a souligné FranceAgriMer.

La Chine a joué un rôle moteur

Une performance que les orges doivent principalement aux flux vers la Chine. Malgré la crise sanitaire et donc la réduction de consommation de bière en Chine, la France a exporté de grandes quantités d’orge vers l’Empire du milieu. Les trafics vers l’Arabie Saoudite se sont maintenus d’une campagne à l’autre. Enfin, la sécheresse au Maroc a obligé le royaume chérifien à importer plus d’orges pour les fourrages.

Union européenne : une hausse de 2%

Les exportations d’orges vers les pays membres de l’Union européenne ont atteint 3,8 Mt. Un final qui se veut en retrait par rapport aux prévisions réalisées par FranceAgriMer en juin. La campagne achevée affiche malgré tout une hausse des expéditions vers l’Union européenne. Les flux ont augmenté de 2%.

Rouen et La Rochelle ont profité de cette campagne record

Navire vraquier de 240 m de long venu charger 59 000 t d'orges à destination de la Chine.
Photo publiée par la station de pilotage de la Seine sur Linkedin

Les deux principaux ports céréaliers français, Rouen et La Rochelle, ont tiré profit des performances de la campagne. En Normandie, Haropa Port de Rouen a vu ses trafics de céréales s’envoler. Sur l’ensemble de la campagne, Rouen a exporté 9,87 Mt de céréales. Un chiffre en hausse de 10% par rapport au précédent record établi sur la campagne 2015/2016. À comparer avec la campagne précédente (2018/2019), la hausse des exportations de céréales est encore plus flagrante avec 30% de plus de trafic.

La Rochelle bat son record

Sur la côte atlantique, le GPM de La Rochelle a réalisé un record dans son trafic céréalier avec 4,85 Mt. Les deux opérateurs rochelais, Sica Atlantique et le groupe Soufflet ont su tirer profit des bonnes qualités des céréales françaises. La Sica Atlantique a réalisé un trafic de 2,9 Mt, indique un document du GPM de La Rochelle. Le blé tendre atteint 1,5 Mt et s’est exporté vers l’Algérie, la Chine et la Côte d’Ivoire. C’est du côté intra-communautaire que le port charentais a un peu perdu de ses volumes en raison d’une demande plus faible de la part du Portugal.

La Socomac, filiale du groupe Soufflet a réalisé pour sa part un trafic de 1,95 Mt. Un record pour cette structure, indique le directeur général de Soufflet Négoce, Jean-François Lépy. « Les bons résultats de cette campagne sont à mettre à l’actif de notre nouveau silo de Chef de Baie et de sa connexion ferroviaire. Un outil qui permet une élévation des volumes dans la durée. 2019-2020 aura été une très belle campagne, dynamique, en dépit d’une période de conflits sociaux et du Covid-19 », continue le directeur général.

Et demain ?

La campagne s’achève. La nouvelle va démarrer. Les premières tendances de la récolte sont en retrait par rapport à la précédente campagne. Dès le 8 juillet, FranceAgriMer a publié des prévisions précoces pour la campagne commerciale 2020/21. Des chiffres qui concernent les céréales à paille. Il est encore trop tôt pour le maïs dont la récolte démarrera cet automne.
Concernant le blé tendre, la récolte française est prévue en baisse de 20 % par rapport à l’an dernier à 31,3 Mt. Les utilisations de blé sur le marché national sont attendues en baisse par rapport à l’an dernier à 14,2 Mt notamment en alimentation animale, compte-tenu du probable regain de compétitivité du maïs face au blé dans les rations animales.

Une baisses des exportations vers les pays tiers et l’Union européenne

Les exportations françaises seront plus limitées qu’en 2019/20 du fait des moindres disponibilités en France et d’une concurrence accrue sur la scène internationale dans un contexte de récolte mondiale record prévue à 734 Mt. Le niveau d’importation de certains pays comme l’Algérie pourrait également pâtir de la chute du cours du pétrole engendré par la Covid 19.  Les prévisions de ventes de blé français vers les pays de l’Union européenne sont anticipées  à ce stade à 7 Mt (- 6 % par rapport à 2019) et les prévisions d’exportations vers pays tiers à 7,75 Mt (- 43 %).

Orge : l’impact de la Covid 19 sur la malterie pourrait continuer

Avec une production 2020 prévue en baisse de 10 % par rapport à l’an dernier à 12,3 Mt, les disponibilités d’orges françaises seront également plus limitées. Les utilisations sur le marché national sont attendues en légère baisse. Elles devraient s’établir à moins de 2,2 Mt notamment en alimentation animale. L’impact de la Covid-19 sur la malterie devrait encore rester prégnant durant les premiers mois de la campagne 2020/21. Ce débouché est estimé à 275 000 tonnes pour 2020/21, en légère hausse.
Les ventes d’orges vers l’Union européenne sont, pour l’heure, prévues à 3,2 Mt (-17 % par rapport à 2019/20) et à 3,15 Mt vers les pays tiers (-21 %). La France pourrait profiter des taxes anti-dumping mises en place par la Chine à l’encontre de l’Australie, mais cette dernière pourrait se tourner vers d’autres marchés, notamment l’Arabie saoudite.

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