Pétrole et gaz : le marché africain se réveille

L’African Energy Outlook, publié par l’African Energy Chamber, est paru début décembre. Ce recueil d’analyse de la situation pétrolière en Afrique retrace l’état du marché en Afrique du pétrole et du gaz. Il dresse les grandes lignes de la position du marché africain pour 2020.

Parler de pétrole et de gaz ne se résume pas toujours à aborder la question des flux entre le Golfe persique et les autres continents. L’Afrique, et notamment sa partie sub saharienne, commence à se tailler une part de marché. Dans son analyse de marché parue en décembre, l’African Energy Chamber (AEC) revient sur le marché africain du pétrole et du gaz et dresse les premières tendances de cette filière dans son contexte de concurrence internationale.
L’Afrique, prise dans son ensemble, pèse 7,3% des réserves mondiales prouvées de pétrole et 7,2% des réserves de gaz. Dans un concert mené par plusieurs grandes puissances, le pétrole a connu au cours des années passées une baisse importante de son prix, mettant ainsi en péril des économies qui s’appuyaient sur cette ressource, à l’image du Nigéria, De la RDC ou encore du Gabon. En 2019, les États-Unis sont devenus des exportateurs nets pour la première fois depuis plusieurs décennies. Le gaz de schiste et les sables bitumineux leur permettent de répondre à leur demande intérieure tout en disposant de capacités à l’export. Selon le rapport de l’African Energy Chamber, citant l’IEA (International Energy Agency), les États-Unis pourraient devancer la Russie dans l’exportation de pétrole d’ici à 2024 et se rapprocher de l’Arabie Saoudite. En prenant en compte les objectifs imposés dans l’accord de Paris sur le climat pour une transition énergétique plus écologique, et c’est toute la filière qui pourrait lentement s’affaisser.
En Afrique, le monde du pétrole et du gaz est largement dominé par les « majors » occidentales. Leurs décisions se font sur un plan global sans prendre en compte les particularités locales. « Nous constatons le retrait de ces compagnies pétrolières internationales du marché africain, note le rapport de l’AEC. Nous pensons que des alliances entre des grands groupes internationaux et des acteurs de plus petite taille pourraient se mettre en place dans les prochains mois.” L’accord récent entre le britannique Kosmos Energy et Shell sur un champ pétrolier offshore en Namibie en est une illustration. Pour l’AEC, 2020 devrait être l’année des marchés de plus petite taille comme le Sénégal mais aussi des marchés qui devraient atteindre leur maturité comme le Kenya, la Namibie ou encore le Ghana.

L’émergence de hubs gaziers
Les perspectives de production de pétrole et de gaz pour l’Afrique sub saharienne. Source: Global Data

Le gaz constitue pour le futur une ressource importante s’inscrivant dans la transition écologique. Les importations chinoises, indiennes et européennes devraient aller croissante dans les prochains mois pour répondre aux objectifs imposés par la volonté politique d’un développement durable. En Afrique, la croissance de la population et les besoins en gaz naturel devraient augmenter de 60% sur le continent au cours de la décennie à venir. Selon le rapport de l’AEC, “le continent devrait voir l’émergence de hubs régionaux et de marchés avec l’ambition de remplacer le pétrole par le gaz. »
Les perspectives pour l’année à venir s’affichent comme bonnes pour les producteurs d’hydrocarbures africains. En premier lieu, note le rapport de l’AEC, la mise en place de la nouvelle norme d’émissions pour les navires depuis le 1er janvier 2020, avec des soutes n’excédant pas 0,5% de CO2, pourrait favoriser les productions ouest africaines. « Selon ClipperData, environ 75% du fuel lourd moins sulfurisé est produit en Afrique de l’ouest dans les champs tchadiens, camerounais et angolais. Ainsi, la demande pour du brut angolais a augmenté de 8% l’an passé vers la Chine notamment depuis les puits de Cabinda, Mondo et Saturno. Alors, l’Angola est passé en première position des fournisseurs de brut en Chine devant l’Arabie Saoudite. » Autre élément favorable aux producteurs africains, la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis et l’Union européenne et les États-Unis. Avec la hausse des taxes à l’importation en Chine des produits pétroliers américains, les consommateurs chinois se sont tournés vers l’Afrique pour s’approvisionner. La Chine aurait acheté 171 Mb/j sur le mois d’octobre, un record depuis 2011. Enfin, l’entrée du Nigéria dans l’Afcta (African continental free trade agreement) devrait donner un élan aux échanges intra continentaux de gaz et de pétrole, selon l’AEC. Si ces différents éléments entrent dans la colonne des actifs au développement de la filière hydrocarbures d’Afrique, il n’en demeure pas moins que le continent reste le point chaud du globe en matière de piraterie et de terrorisme. Les actes de malveillance sur les pipe-lines dans le détroit du Niger, les actes de piraterie dans le golfe de Guinée et en Mer rouge et les conflits entre tribus au Kenya sont parfois des repoussoirs à l’investissement pour les compagnies étrangères.

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