Piraterie : le golfe de Guinée sous haute surveillance

Avec 162 actes de piraterie déclarés, l’année 2019 montre une baisse sensible de la piraterie dans le monde. Si les côtes somaliennes sont devenues plus sûres, celles du golfe de Guinée sont désormais sous haute surveillance.

La publication du rapport annuel du Bureau maritime international sur le recensement du nombre d’actes de piraterie dans le monde reste un moment important dans le monde du maritime. L’année 2019 présente un double visage. D’une part, elle enregistre une baisse du nombre d’actes répertoriés mais, d’autre part, la région du golfe de Guinée affiche une hausse de ces actes.
Globalement, le nombre d’actes de piraterie en 2019 s’est élevé à 162. Un chiffre en diminution de 19,4%. Pour la première fois en cinq ans, la baisse sensible de ces attaques semble se confirmer. Autre chiffre en diminution dans ce rapport annuel, le nombre d’attaques réalisées avec des armes à feu sont en baisse de 16% à 47 actes recensés. Les attaques à l’arme blanche sont pour leur part stable d’une année à l’autre avec 36 actes répertoriés.
L’année passée, les 162 actes de piraterie se sont matérialisés par 130 montées à bord des navires. Un chiffre qui baisse de 10% mais qui reste encore majoritaire. Sur toutes ces attaques, 17 ont été tentées sans réussite, soit moitié moins que l’an passé. Enfin, 11 navires ont essuyé des tirs et quatre ont été pris.

Un marin tué en 2019

Le bilan humain de ces attaques demeure élevé. Les 162 actes de piraterie ont touché 210 membres d’équipage. En 2019, un marin est décédé dans une attaque qui s’est produite au large du Panama. En 2018, aucun membre d’équipage n’a été mortellement touché. Le Bureau maritime international indique avoir recensé sept membres d’équipage blessés, sans que la gravité des blessures ne soient mentionnées. Des évènements qui se sont produits en Indonésie, au Panama et pour la grande majorité au large des côtes d’Afrique de l’ouest. Le nombre de marin kidnappé avec une demande de rançon s’est élevé à 134, contre 83 l’année précédente. Une augmentation importante et qui se matérialise notamment au large des pays du golfe de Guinée. Le nombre d’otages s’est réduit de plus de moitié à 59 marins (à la différence du kidnapping, la prise d’otage signifie que la personne est détenue dans un endroit inconnu. Lors du kidnapping les marins sont retenus, généralement à bord du navire). Enfin, dans cette liste noire, il apparaît que les pirates s’en prennent plus facilement aux navires transportant du vrac. Les transporteurs de vracs solides à hauteur de 28%, les transporteurs de produits chimiques entrent pour la même proportion et les transporteurs citernes de pétrole brut représentent 11,7%. Ces trois types de navires pèsent les deux tiers des attaques des pirates. Les porte-conteneurs sont pris pour cible dans 8,6% des cas.

Localisation des actes de piraterie en 2019. Cliquez pour élargir. ©IMB

Le sujet préoccupant pour l’ensemble de la communauté maritime internationale reste, à la lecture de ce rapport, l’importance grandissante des attaques au large des pays bordant le golfe de Guinée. Dans son rapport annuel, le Bureau maritime International indique avoir recensé une hausse de 50% de marins kidnappés dans le golfe de Guinée en 2019. Au global, 90% de ces kidnappings se sont réalisés dans cette zone, dont 64 membres d’équipage kidnappés au travers de six incidents survenus au cours du dernier trimestre de l’année. « Nous restons attentifs à la hausse du nombre de kidnappings survenant dans cette région. Ces dernières statistiques confirment l’importance de l’échange d’informations et de coordination entre les navires et de réponses par les agences locales », a déclaré Michael Howlett, directeur du Bureau maritime International.

Pas d’actes au large de la Somalie

Dans le même temps, la Somalie qui a défrayé la chronique au début des années 2000, semble s’être assagie. Aucun acte n’a été déclaré au large de la Somalie et dans les eaux du Yémen. Une baisse qui tient d’abord à la présence militaire de nombreuses marines dans la région mise en place pour lutter contre la piraterie mais aussi en raison des tensions dans le golfe Persique. Autre élément à prendre en compte, le conflit civil au Yémen avec la présence de forces militaires saoudiennes et iraniennes dans la région peut jouer un rôle de peur. Malgré tout, si les pirates somaliens se sont tournés vers leur métier d’origine, la pêche, le Bureau maritime international prévient les armateurs de maintenir la surveillance lors du passage dans ces eaux. Par ailleurs, il est rappelé que des pêcheurs voulant protéger leurs filets peuvent approcher et se montrer agressifs vis-à-vis des navires. « Des pêcheurs peuvent être armés mais il ne faut pas les confondre avec des pirates », souligne le rapport annuel.

Les armateurs européens réagissent

L’organisation européenne des armateurs (Ecsa) a tiré le signal d’alarme lors d’une conférence sur l’économie bleue et la sécurité maritime le 19 février. « Nous avons besoin d’actions urgentes à prendre par l’Union européenne. La nouvelle Commission veut être géopolitique, ce sujet est éminemment dans cette notion », a indiqué Martin Dorsman, secrétaire général de l’Ecsa (European Community of Shipowners Association). Avec la croissance des actes survenant au large du Nigéria, du Togo et du Bénin, les armateurs s’inquiètent. « Cette situation pose de sérieuses menaces à la sécurité des marins, des navires et des biens transportés », a continué le secrétaire général de l’Ecsa. Et pour aller plus loin dans son plaidoyer, Martin Dorsman appelle l’Union européenne et les États membres à inscrire la sécurité et la sûreté dans ces eaux à leur agenda et à prévoir une coopération étroite avec les États membres.

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