Covid-19 : les ports d’Outre-mer sous tension

Vitaux pour l’approvisionnement de territoires isolés, les ports d’Outre-mer ont dû s’adapter pour réagir à l’épidémie de coronavirus. Ils ont établi des plans pour continuer d’assurer leurs services et rester opérationnels face à la crise. Tour d’horizon de la situation à La Réunion ainsi que dans les ports de la zone Antilles-Guyane. Une enquête réalisée par Gael Cogné (Mer et Marine) et Hervé Deiss (Ports et Corridors).

A la Réunion, les manutentionnaires assurent l’activité

Dans un communiqué du 20 mars, les entreprises de manutention du Grand port maritime de La Réunion ont confirmé la mise en place d’un plan de continuité. Les manutentionnaires assurent l’activité dans le port.

Le Groupement des employeurs de main d’œuvre de Port Réunion ont publié le 20 mars un communiqué de presse sur la continuité de service dans le port de l’Océan indien. « La période de crise inédite que traverse notre pays contraint certains acteurs économiques à stopper leur activité et d’autres à maintenir leur engagement pour assurer l’approvisionnement des secteurs vitaux de notre île. C’est, notamment, le cas de la manutention portuaire qui, consciente de la responsabilité qui lui incombe a mise en place des dispositifs de sécurité sanitaire », indique la place portuaire réunionnaise.

Tous les personnels en contact avec d’autres personnes sont appelés à appliquer avec soin les gestes barrières pour se prémunir contre le Covid19. Il s’agit surtout d’éviter les contacts avec les membres d’équipage et les personnes en charge de l’amarrage des navires. Des dispositions qui prévalent surtout pour les pilotes, lamaneurs, remorqueurs et personnels du GPM.

Les services aux navires sont assurés et notamment pour les personnels dockers en charge du déchargement des navires. « Nous assurons la continuité des services en garantissant aux personnels, et notamment dockers, la sécurisation des opérations et la mise du Guide de bonnes pratiques édicté par le ministère des Transports et l’Unim », indique le texte du Groupement des employeurs de Port Réunion.

Enfin, il a été demandé aux personnes en charge des échanges de documents de respecter une distance de sécurité « tout en favorisant l’échange informatisé des données tel qu’il est organisé par le support de Simar ».

Dès la publication du texte, le port assure avoir traité déjà trois navires dans des conditions de sécurité sanitaire avec la livraison aux clients finaux à des « horaires en rapport avec les capacités d’enlèvement ».

En Guyane, vigilance sur l’engorgement

Un plan de continuité d’activité a également été mis en place à Dégrad-des-Cannes. « Au niveau du grand port maritime, on est opérationnels », indique Philippe Lemoine, président du Directoire et directeur général du Grand port maritime Guyane (GPM-Guyane), selon qui l’approvisionnement et le trafic maritime se poursuit normalement.

Une partie des équipes a été mise en télétravail, des rotations ont été organisées pour limiter les efforts de chacun et permettre à certains de revenir au port si nécessaire, tout en sensibilisant aux gestes barrières et en s’approvisionnant en gel hydroalcoolique.

Sur la place portuaire, les dockers travaillent. Les pilotes assurent les mouvements d’entrée et de sortie des navires. Les services de remorquage et de dragage sont aussi présents : une activité essentielle en Guyane où l’absence de dragage pendant plus de 48h peut bloquer les navires. Transitaires et douanes continuent aussi le travail, autant que possible à distance. « Pour l’instant, tout le monde fait preuve de professionnalisme. Il faut saluer l’attitude des personnels qui respectent les nouvelles contraintes de travail et qui sont présents pour que l’activité puisse se maintenir », tient à souligner Philippe Lemoine.

Il cite cependant quelques « points de vigilance ». D’abord, « faire en sorte que le terminal ne soit pas saturé par les importateurs qui se verraient contraints de ne pas pouvoir venir chercher leurs containers au motif qu’ils ont stoppé leur activité ». Il insiste sur la nécessité « de venir chercher leurs containers et d’assurer le stockage chez eux pour libérer un maximum de place sur le terminal. Pareil, pour les armateurs, on leur demande d’évacuer un maximum de conteneurs vides sur leurs navires de façon à libérer de la place sur le terminal. Qu’on ne se retrouve pas bloqué par trop de conteneurs et qu’on ne puisse pas accueillir ceux qui sont essentiels pour l’approvisionnement et l’alimentation de la population ». Au final, « pour l’instant, compte tenu de ces contraintes, tout va bien, ça marche ».

En Martinique, les approvisionnements très surveillés

L’organisation a été modifiée pour permettre la continuité de l’activité en réduisant les risques de contamination. Comme dans les autres ports, le télétravail, quand il était possible, a été privilégié. Sur le port, dockers, ouvriers, conducteurs de portiques, maintenance, pilotage, lamanage, continuent de travailler. Les horaires ont été adaptés (allongement des shifts) pour limiter l’exposition. « On expose moins les gens car on s’attend à des malades », indique Jean-Rémy Villageois, président du directoire du Grand port maritime de Martinique. « C’est quasiment une organisation militaire, on est en organisation de crise ». Une nécessité liée à la situation d’insularité. « On est en ressources limitées ». Difficile de remplacer un malade comme en métropole en le faisant venir d’un port voisin. Ainsi, lorsque le commandant de port est présent, son adjoint a interdiction de venir au port.  « On conjugue insularité et ultra périphérie. On est tous seuls, donc on économise nos gens. On se prépare à une crise longue ».

Le trafic reste soutenu après des perturbations liées aux grèves contre la réforme des retraites. Néanmoins, les approvisionnements sont très surveillés. « On est extrêmement vigilant à ce que les marchandises soient chargées en métropole, pour prévenir tout risque de rupture dans la chaîne d’approvisionnement. C’est le point de vulnérabilité en Outre-Mer. Si les terminaux en métropole sont congestionnés ou que les plateformes logistiques fonctionnent mal, les boîtes ne seront pas chargées et donc les clients ici ne seront pas livrés ». Pas d’inquiétude, pour le moment, sur une éventuelle congestion de conteneurs. Le terminal affichait, mardi soir, un taux d’occupation autour de 50%.

En Guadeloupe, le port s’adapte

En raison de l’épidémie de coronavirus, le Grand port maritime de la Guadeloupe (GPMG) a annoncé sa « fermeture ». Dans un communiqué, il indique qu’ « en raison des mesures gouvernementales », il n’y a « plus aucun accueil physique ». Néanmoins, ses « équipes mettent tout en œuvre pour assurer le meilleur service possible ». Plusieurs numéros de téléphone ont été mis en ligne, dont celui d’une astreinte sécurité et de la capitainerie. Les équipes de manutention continuent de travailler sur le port, tandis que ceux qui le peuvent ont été placés en télétravail. Par ailleurs, le trafic reste normal. « Il n’y a pas de soucis là-dessus, on n’a aucun problème d’approvisionnement », indique-t-on au GPMG.

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