Grand port maritime de la Guadeloupe : les conteneurs et les agrégats ont rapidement repris

En 2020, le Grand port maritime de la Guadeloupe a enregistré une baisse de 2,9% de ses trafics. Un résultat marqué par la période de confinement de mars qui a été partiellement compensé par une reprise rapide avec le déconfinement.

La crise sanitaire a aussi fait escale dans les Caraïbes. Le confinement de mars s’est étendu jusqu’en Guadeloupe. Une situation qui a pesé sur les résultats du port. En effet, avec 3,5 Mt, le Grand port maritime de la Guadeloupe accuse un repli de 2,9% en 2020.

Un bon début d’année vite arrêté

L’année 2020 avait pourtant bien démarré. Après les blocages dans les ports de la Métropole en janvier en raison des grèves dans les ports, les trafics sont vite repartis à la hausse. La crise sanitaire intervenue de mars à mai a sifflé la mi-temps. Les trafics se sont réduits. « Nous avons été gravement touché par cette crise sanitaire », nous confie Olivier Pierrot, responsable promotion commerciale et prospective économique au Grand port maritime de la Guadeloupe (GPMG).

Reprise des flux d’agrégats

Dès la fin du premier confinement, Guadeloupe Port Caraïbes a rattrapé son retard. Les flux d’agrégats et de la filière BTP sont revenus pour relancer les travaux. « Nous avons sur le département de nombreux chantiers en cours comme des portions de route et la construction du nouveau CHU. Après l’arrêt des chantiers pendant le confinement, les opérateurs ont redémarré en rattrapant leur retard », continue le responsable commercial. Ainsi, les agrégats ont enregistré sur l’ensemble de l’année une progression de 16,8% à 342 945 t.

Le trafic de pellets de bois

De même, les vracs solides ont vu l’arrivée d’un nouveau trafic : des pellets de bois. Ce trafic a démarré en novembre. Il a totalisé 25 880 t sur les deux derniers mois. Ces pellets proviennent du Canada pour alimenter la centrale de l’île. Ce trafic devrait compenser le charbon. D’ailleurs ces flux de charbon sont en nette baisse. Ils perdent 18,7% à 165 039 t. « Les pellets de bois devraient remplacer le charbon à terme pour participer à l’effort de verdissement », continue le responsable de la promotion commerciale et de la prospective économique du GPM. Si les trafics de pellets démarrent à peine, la société Albioma est confiante dans la pérennité de ce courant. Elle a installé un silo de stockage sur le port pour les réceptionner.

Baisse de la consommation des hydrocarbures

Du côté des vracs liquides, la principale baisse est à mettre au passif des hydrocarbures. Ils reculent de 11,7% à 624 771 t. Avec le confinement, la consommation locale s’est réduite au cours des mois de mars à mai. Ensuite, les restrictions appliquées sur les voyages et la fin des croisières a mis un frein conséquent aux liaisons aériennes, principales sociétés consommatrices d’hydrocarbures.

Conteneurs: une progression de 20% en sept ans

Les marchandises diverses ont enregistré, pour leur part, une bonne progression. Sur l’ensemble de l’année, les conteneurs ont augmenté de 6,4% à 220 233 EVP. Sur les sept dernières années, la progression du trafic conteneurisé s’est élevée à 20%. L’analyse mensuelle montre l’effet de la crise sanitaire pendant les trois mois de confinement. Dès les premiers jours de juin, ce trafic a repris de la vigueur. En octobre, l’arrivée d’un nouveau trafic par la ligne de la CMA CGM a donné un nouvel élan à ce trafic.

Une ligne entre Brésil et Guadeloupe

En effet, à l’automne, CMA CGM a démarré une ligne entre la Guadeloupe et le Brésil (Fortalez Express) pour acheminer des fruits frais et des minerais conditionnés en conteneurs vers l’Europe. Les conteneurs arrivant du Brésil ont été transbordés à la Guadeloupe pour ensuite prendre la route de l’Europe. Cette ligne a permis de stabiliser les transbordements sur le port. « Le groupe CMA CGM a suspendu la ligne début décembre avec la fin de la saison fruitière au Brésil. Nous espérons qu’elle sera de retour cette année », indique Olivier Pierrot.

Une nouvelle ligne intra-caribéenne

Et le responsable de la promotion commerciale du GPM de Guadeloupe nous a confié que le groupe CMA CGM pourrait ouvrir une ligne entre les différentes îles des Caraïbes. Les navires partiront de Trinidad et Tobago pour rejoindre les îles du nord de l’arc caribéen en passant par la Guadeloupe. « Cette ligne sera une ouverture sur le commerce intra-caribéen mais elle sera aussi utilisée pour réaliser du transbordement à la Guadeloupe de conteneurs en direction de l’Europe. Nous avons su démontrer notre capacité à nous adapter avec la ligne sur le Brésil. Nous pouvons continuer pour d’autres opérations. »

Sucre: du vrac à la conteneurisation

Enfin, le trafic conteneur bénéficie d’une tendance de fond avec les trafics de sucre. La production sucrière de l’île demeure stable sur les dernières années. Traditionnellement, le sucre est expédié en vrac par voie maritime. Aujourd’hui, une grande partie de la production locale est destinée à devenir du sucre de bouche que les usines conditionnent. Ces sucres sont chargés dans des conteneurs. Ainsi, de plus en plus de sucre est expédié par conteneurs. Quelques sites conservent le chargement en vrac comme à Marie Galante.

Croisières et trafic inter-îles: une chute vertigineuse

Quant au trafic de passagers, qu’il s’agisse des croisiéristes ou des passagers entre les îles, il a chuté à des niveaux extrêmement bas. Toutes catégories de passagers confondus, leur nombre s’est réduit de 45,3% à 723 184. La fin imposée de la saison croisière et la fermeture des gares maritimes de Basse-Terre et de Bergevin entrainent la chute du trafic.

Les rotations de vedettes à passagers ont redémarré timidement à partir du mois de mai, mais restent restreintes et limitées à l’archipel et à la Martinique avec des restrictions de voyage. Les rotations avec Sainte-Lucie et la Dominique sont interrompues depuis le 17 mars 2020.
L’activité croisière a cessé dès le premier confinement au mois de mars. Les dernières escales de la saison 2019-2020 ont été annulées et aucune autre escale ne s’est tenue durant le reste de l’année 2020.

Investissements: 18M€ pour des opérations diverses

Cette année particulière a amené le Grand port maritime de la Guadeloupe a continué d’investir. L’autorité portuaire a voté un budget prévisionnel de 18M€ d’investissements pour les 12 mois de 2021. Plusieurs opérations sont prévues dans les prochaines semaines. Il s’agit de moderniser l’outillage, de réaliser des opérations de maintenance des quais et de réaménager le quai de Jarry pour étendre le terminal reefer.

Quai 12: accueillir des navires de 10 000 EVP

Sur le plus long terme, le port prévoit aussi l’extension du quai 12. Les postes du terminal conteneurs seront allongés pour une plus grande disponibilité. Cette extension offrira un tirant d’eau de 13,50 m. Le port consacre une enveloppe de 35M€ à ce projet. Il devrait permettre au port de recevoir des navires de 9 500 EVP à 10 000 EVP. « Il faut bien comprendre l’objectif de ce projet. Il ne s’agit pas de prévoir une progression importante du trafic conteneurs dans les prochaines années à la Guadeloupe mais un besoin des armateurs », explique Marc Gauthier, directeur de la stratégie du GPMG. En effet, le port de la Guadeloupe est inscrit dans des rotations qui touchent les Caraïbes mais aussi l’Amérique centrale et l’Amérique du nord. Ces destinations accueillent de plus en plus des navires de ce gabarit. « Pour rester dans les rotations nous devons nous adapter en proposant aux opérateurs des capacités nautiques pour les navires de la zone. »

Des réflexions sur la croisière inscrites au Projet stratégique

Cette augmentation de la taille des navires est aussi une source de réflexion sur l’avenir de la croisière dans le Département. « Nous subissons, au sens noble du terme, la croissance de la taille des navires. Nous voyons dans les eaux caribéennes des navires de plus de 335 m. Nous devons adapter nos capacités portuaires pour rester une escale dans les schémas des armements de croisière », continue Marc Gautier. Le tirant d’eau est suffisant pour ces navires mais les quais et l’accueil des croisiéristes doivent être adaptés. « Ces réflexions sont prévues et inscrites dans le projet stratégique des cinq années en cours. »