Agent maritime et consignataire de navire : des professions à la recherche de nouveaux talents
Les professions d’agent maritime et consignataire souffrent d’un déficit de personnel en France. Des métiers avec des potentiels de développement pour des personnes pragmatiques et motivées .
Les agents maritime et consignataires ne sont pas souvent mis en avant dans les métiers de la logistique portuaire. Cependant, ils sont essentiels pour la gestion de l’escale d’un navire. Ils sont les représentants légaux de l’armateur. Les agences maritimes représentent un ou plusieurs armements.
L’organisation opérationnelle de l’escale
Dans la description des métiers, ils sont les maillons vitaux de la chaîne logistique portuaire. L’agent veille à la réception des marchandises lors de l’escale. Il se charge ensuite de l’expédition vers le client final. L’agent peut aussi jouer le rôle de consignataire de navire. Il a la charge de l’organisation opérationnelle de l’escale. Dans ce cas, il gère les formalités administratives liées au navire avant son arrivée et pendant l’escale. En ce sens, Jean-Pascal Bidoire, délégué général d’AMCF (Association des agents maritimes et consignataires de navires), rappelle l’intérêt de ce métier. « Nous avons des interactions internationales à empreinte portuaire locale ».
Un recrutement au niveau bac
Aujourd’hui, en France et dans les collectivités d’outre-mer, quelques 1500 et 1800 personnes travaillent dans ces agences. Un volume trop faible. « Les agents maritimes français cherchent à embaucher de nouveaux talents pour compléter leur personnel. » Le turn over des salariés se fait entre les agences plus que par un apport de nouveaux employés. Et pourtant, continue le délégué général, la profession offre des perspectives pour un jeune. « Nous recrutons à des niveaux bac. Notre exigence est d’avoir une personne qui dispose d’un niveau d’anglais correct. Tous les contacts avec les armateurs et le bord se fait dans la langue de Shakespeare. » Bien entendu, disposer d’un DUT ou BTS en commerce et logistique ou commerce international est un plus, ajoute Jean-Pascal Bidoire.
Les contraintes du métier
Pour faire front au manque de remplacement dans les agences, l’AMCF a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les jeunes. Elle travaille à deux niveaux. Le premier est de faire connaître les métiers des agents maritimes. Le second vise à promouvoir les formations qui sont dispensées. « Pour être transparent, nous ne minimisons pas les contraintes. L’agent maritime comme le consignataire doivent parfois intervenir de nuit pour toutes les opérations parfois urgentes du navire. Il faut accepter des horaires extensibles pour réussir dans cette voie. »
L’UPR et AMCF ont initié une formation
Le sujet de la formation reste sur le haut de la liste des dossiers à traiter. Les formations en logistique et en portuaire sont assez peu nombreuses en France. Ainsi, au port de Rouen, l’Union portuaire rouennaise et AMCF ont initié une session pour les agents maritimes et les consignataires au sein du Centre Privé de Formation Professionnelle (CPFP). Dans le même ordre d’idée, le GPM de Marseille-Fos dispense des formations pour les agents maritimes au sein de son institut de formation. L’objectif vise à proposer une formation d’environ six mois. Elle concerne les personnes titulaires d’un bac+2, BTS ou DUT, d’un bac ou en reconversion professionnelle. « Nous élargissons le spectre de nos recherches pour trouver des talents de tous les horizons », explique Jean-Pascal Bidoire. Et ces formations sont créées par les professionnels pour s’adapter aux besoins du métier et de ses évolutions. « Nous souhaitons qu’elles collent au plus près de nos besoins. »
Une profession qui dépend du niveau de trafic des ports
Aujourd’hui, le délégué général d’AMCF reste vague sur le manque en personnel de la profession. L’activité des agents maritimes et consignataires dépend en grande partie du trafic du port. Les évolutions en dent de scie des volumes impactent directement l’activité de ces entreprises. Cependant, chaque port a une partie de trafics ancrés. Chaque année, de nouveaux flux arrivent quand d’autres partent. « Si on ajoute la croisière, la grande plaisance et des activités naissantes comme l’éolien offshore, le potentiel de développement de l’activité d’agence maritime s’avère important. »
L’ubérisation du métier
Face à ce manque de personnel, des sociétés d’agence maritime ont tenté « d’ubériser » le métier. Elles ont tenté d’intervenir directement sur les quais français sans avoir de représentants locaux ni sous-traité leur activité. Une tendance qui inquiète la profession. « Nous ne sommes pas une profession réglementée. Toute société peut s’installer comme agent maritime ou consignataire ». Pour lutter contre des sociétés peu scrupuleuses, nous avons mis en place une charte de qualité. Elle permet à l’armateur d’avoir un service selon ses besoins. Cette charte prévoit notamment de sous-traiter les opérations commerciales à une agence locale en cas d’absence de la société dans le port. »
Un besoin en personnes qui connaissent le terrain
Le recours à des agents maritimes locaux est majeur pour le délégué général d’AMCF. Cela permet d’avoir des personnes qui connaissent le tissu portuaire et les us et coutumes du port. « Cet apprentissage du métier et du port est donc essentiel. » Alors, si la formation théorique permet d’acquérir une bonne base, « le métier s’apprend aussi et surtout par l’expérience », insiste Jean-Pascal Bidoire. Ainsi, ces dernières années, les agents maritimes voient des jeunes en alternance entrer dans le métier. « C’est une façon de remédier au manque de personnel mais aussi de doter la profession de nouveaux talents. » Et pour aller plus loin, les agents maritimes ne se limitent pas aux départements maritimes. Ils assistent à des conférences et des colloques auprès des jeunes dans des lieux parfois éloignés de la mer. « Nous allons dans des lycées dans le Limousin, la Creuse ou d’autres régions sans littoral pour faire découvrir notre métier. » Et parce que ce métier est celui de la rigueur et de la débrouillardise, des jeunes de l’étranger tentent l’aventure en France.
Un potentiel d’évolution
Les salaires à l’entrée restent en adéquation avec le niveau de formation. Cependant, l’expérience s’acquiert avec le temps. Les salariés travaillent sur les opérations tant en amont qu’à l’aval de l’escale. « C’est une valeur ajoutée de nos métiers. » Aujourd’hui, le métier se partage entre des sociétés de taille réduite et des groupes internationaux. À titre d’exemple, Humann et Taconet, Sea Invest Shipping Agency ou des agents maritimes représentant les armements de lignes régulières conteneurisées développent une activité dans les ports français et européens. « Un jeune qui entre dans le métier entre 18 ans et 20 ans peut potentiellement devenir directeur d’agence ou disposer de sa propre entreprise quelques années plus tard. Pour cela, il faut accepter les contraintes du métier et savoir apprendre des professionnels », nous confie un agent maritime.

