Les États-Unis publient un plan pour redresser les chantiers navals
Le Maritime Action Plan, publié le 13 février, l’administration Trump affiche une stratégie de réarmement maritime d’ampleur inédite. Il combine réindustrialisation navale, protection du marché, réforme réglementaire et sécurisation des chaînes logistiques.
Au cours des dernières décennies, les États‑Unis ont laissé se déliter leur base industrielle navale. En effet, moins de 1% des nouveaux navires de commerce sont aujourd’hui construits dans des chantiers navals américains. L’industrie navale américaine ne compte que huit chantiers pour des navires de plus de 120 m. Dans ce contexte, le Maritime Action Plan (MAP) se donne pour objectif de reconstruire un écosystème maritime complet, de la cale sèche jusqu’aux marins et aux ports.
Les chantiers navals asiatiques totalisent 95% des commandes
Bien plus, cet « abandon » laisse la place aux chantiers asiatiques et notamment chinois. Ils occupent la première place des constructeurs de navire. Ainsi, dans son rapport annuel 2025, le courtier de fret Barry Rogliano et Salles rappelle que la part des chantiers chinois des commandes s’élève à 67%. En ajoutant la Corée du Sud et le Japon, la part des chantiers asiatiques atteint 95% des commandes. Une part de marché stable sur les trois dernières années pour les chantiers asiatiques. La Chine a pris des commandes aux chantiers coréens.
Réindustrialiser les chantiers navals et les hinterlands portuaires
Face à constat -, l’administration de Donald Trump réagit. Le Maritime Action Plan (MAP) veut redorer le blason de l’industrie navale américaine. Le premier pilier de ce programme vise à « reconstruire la capacité de construction navale ». Il prévoit des investissements massifs, la modernisation des infrastructures et des incitations fiscales. Il s’agit autant d’augmenter le nombre de navires produits que de reconstituer un écosystème maritime dans le pays qui puisse monter en puissance rapidement en cas de crise.
Les trois piliers du Maritime Action Plan
Ce plan prévoit trois mesures. La première s’attelle à moderniser les chantiers navals. Il s’agit de renouveler les installations actuelles et d’inclure de l’automatisation et de la digitalisation des process de construction. La deuxième concerne le financement. Le MAP crée des outils financiers comme des prêts garantis, des fonds dédiés à cette filière et des mécanismes fiscaux pour soutenir les investissements lourds. Enfin, le troisième pied de ce trépied créé des « Maritime Prosperity Zones ». Elles doivent concentrer les capitaux publics et privés dans des territoires portuaires et industriels ciblés. Elles se déploient sur les fleuves, la région des Grands Lacs, l’Alaska et les territoires outre‑mer.
Le développement des infrastructures de transport
Outre l’effet sur la filière navale, le MAP doit aussi bénéficier aux ports. En effet, pour donner une nouvelle vigueur à ce plan, le pays a besoin d’améliorer d’infrastructures avec des connexions terrestres, des terminaux adaptés et un espace. Alors, les ports capables d’offrir un écosystème intégré entre les chantiers, le terminal portuaire et l’hinterland pourraient devenir les nouveaux hubs de la reconstruction industrielle américaine.
Fiscalité et préférence nationale : un signal fort au marché
Le MAP assume une logique de protection et de rééquilibrage des conditions de concurrence, avec des outils qui toucheront directement les chaînes logistiques portuaires. Deux mesures ressortent de ce projet. La première implique la création d’une taxe sur les navires construits à l’étranger faisant escale aux États‑Unis. Calculée sur le tonnage du navire qui réalise une escale dans un port américain, elle alimentera un fond : le Maritime Security Trust Fund. Selon les premières estimations, la taxe pourrait générer environ 1000 Md$ en dix ans. En second lieu, le plan prévoit d’introduire une taxe sur les marchandises qui entrent dans le pays par voie terrestre. Cette Land Port Maintenance Tax doit éviter le détournement de trafic. Les fonds de ce prélèvement iront au financement de la filière navale.
Une taxe sur les navires étrangers
Dans le même temps, l’administration de Donald Trump envisage d’imposer aux pays importateurs d’acheminer une plus grande partie de leurs flux avec des navires sous pavillon américain. Ainsi, la Maison blanche veut introduire une préférence nationale. Dans les années 70, après la décolonisation, l’Europe a mis en place un système équivalent. Il prévoyait de transporter 40% des flux par des compagnies maritimes européennes, autant par des compagnies nationales des pays africains et 20% aux autres armements. Un système qui a finalement disparu. En obligeant les armateurs à transporter des flux avec des navires sous pavillon américain, le gouvernement espère dynamiser sa filière navale.
Replacer les ports au cœur du dispositif
De plus, le document prévoit un volet sur les approvisionnements du pays. La vulnérabilité du pays créé par la concentration de la supply chain plaide pour une diversification des fournisseurs. Il insiste sur la nécessité de disposer des moyens de production propres pour les moteurs, les engrenages, les aciers spéciaux, les pièces forgées et électroniques avancées. Une orientation qui peut s’avérer bénéfique pour les ports. Ils doivent renforcer leur capacité de manutention et d’entreposage autour de ces chantiers. Le document préconise aussi une simplification des procédures pour le dragage, la production d’énergie et la connectivité. Il est aussi fait mention de l’attention à porter aux corridors sensibles. Ceux-là intègrent l’Arctique, les ports de l’Alaska et l’accès à une route arctique. Les ports sont intégrés au cœur de ce dispositif de régénération des chantiers.
Revoir les formations pour disposer d’une force de travail
Le deuxième pilier du MAP cible la formation des marins, des techniciens et des ingénieurs. Il recommande une réforme des cursus de formation, des académies de marine et des dispositifs d’aides. Cependant, cette étape de formation s’étalera sur plusieurs années. L’arrivée d’une nouvelle force de travail dans ces chantiers navals n’est possible que dans trois ou quatre ans. En attendant, les États-Unis devront faire appel à une main d’œuvre étrangère pour une relance rapide de la filière. Or, la politique migratoire de l’administration de Donald Trump ne semble guère prendre cette direction.
Une refonte des stratégies armatoriales et portuaires
Le Maritime Action Plan est une stratégie pour le pays. Néanmoins, les effets seront nécessairement externes. La combinaison de taxes ciblées, de préférences de pavillon, d’incitations à l’investissement allié et de réformes réglementaires est pensée pour déplacer durablement le centre de gravité de la valeur maritime vers le territoire américain. Pour les autres grands hubs, notamment européens et asiatiques, plusieurs enjeux se posent. En premier lieu, les armateurs doivent adapter leur stratégie pour continuer à desservir le pays. Ensuite, ce plan nécessite des investissements lourds. L’implication de sociétés européennes et asiatiques aux États-Unis se fera au détriment de ceux qu’elles peuvent réaliser sur leur continent.

