Politique

Stratégie portuaire européenne : le satisfecit des organisations professionnelles

Après la publication de la stratégie portuaire européenne, la Feport et l’Espo soutiennent les orientations proposées. Si l’accueil est globalement positif, les deux organisations formulent des attentes précises.

Le 4 mars, la Commission européenne a publié sa stratégie portuaire. Le document donne un cadre pour l’avenir des ports européens. L’Espo et la Feport s’accordent pour saluer la place stratégique des ports dans l’économie européenne.

Combiner le rôle de hub et de service public

L’Espo souligne que le document repose sur « une bonne compréhension de ce que sont les ports, de ce qu’ils peuvent faire, de ce qu’ils ne peuvent pas faire ». Pour l’organisation des autorités portuaires, la stratégie reconnaît que les ports doivent aujourd’hui combiner leur rôle de hubs commerciaux compétitifs avec des missions de service public. Et, pour compliquer l’équation, ils doivent le faire dans un contexte de volatilité géopolitique croissante.

Un enthousiasme mesuré

La Feport partage cet enthousiasme mesuré. Elle apprécie la reconnaissance des ports maritimes en tant qu’entités stratégiques. Elle se félicite de voir que les ports nécessitent des investissements pour la sécurité des approvisionnements, la transition énergétique et la mobilité militaire. La Feport souligne également l’importance du signal envoyé sur l’importance d’un cadre stable pour les contrats de concession. Ce cadre permet d’attirer les investissements privés.

Compétitivité et investissements : des enjeux partagés

Sur le fond, les deux organisations convergent autour de plusieurs priorités. Parmi celles-ci, la compétitivité mondiale des ports européens est au cœur de leurs préoccupations. L’Espo se félicite que la stratégie s’engage à revoir le système d’échange de quotas d’émission (EU ETS maritime) et le règlement FuelEU Maritime. L’organisation note l’impact négatif sur les ports européens. Elle appelle également à accélérer et simplifier les procédures d’autorisation pour les grands projets d’investissement.

Les opérateurs privés sont sollicités sur des infrastructures qui dépassent leur cadre

Pour sa part, la Feport insiste sur la transformation profonde du modèle économique des terminaux privés. Comme le rappelle le président Gunther Bonz, les manutentionnaires sont désormais sollicités pour financer de nombreuses infrastructures. En effet, ils interviennent sur la sécurité, les systèmes de cybersécurité, l’électrification à quai ou encore la connectivité ferroviaire intermodale. Or, il s’agit parfois de responsabilités qui dépassent leur cœur de métier. Cette évolution, selon la Feport, appelle une révision des règles en matière d’aides d’État.

Des points de vigilance spécifiques

Chacune des organisations formule toutefois des réserves propres à sa mission. D’une part, l’Espo met en garde contre la tentation d’ajouter une couche réglementaire supplémentaire applicable aux seuls ports. Elle refuse de voir de nouvelles normes au-delà du cadre législatif existant. À l’heure où l’Europe remet en question des obligations de reporting jugées excessives, l’organisation appelle à limiter les exercices de cartographie aux seuls cas où ils apportent une réelle valeur ajoutée. Elle insiste également sur la nécessité d’un dialogue autour de la décarbonation du transport maritime, afin d’éviter de fausses attentes ou la création d’actifs échoués.

Une fragmentation du cadre règlementaire

La Feport, quant à elle, déplore la fragmentation du cadre réglementaire relatif aux investissements. Ainsi, ils sont constitués d’une « mosaïque » de règlements européens et de décisions individuelles en matière d’aides d’État. Elle attend des clarifications concrètes, notamment concernant le soutien public aux infrastructures multimodales.

Un point de départ, pas une fin en soi

Les deux organisations concluent sur une même note. Cette stratégie constitue un point de départ prometteur. Néanmoins, sa valeur se mesurera à sa mise en œuvre. L’Espo propose la création d’un comité portuaire européen de haut niveau pour structurer le dialogue avec les institutions. Quant à la Feport, elle appelle la Commission européenne à traduire ses intentions en actions concrètes face à la concurrence des ports non-européens. Alors, un message commun se dégage. Les ports européens ne demandent pas une stratégie qui les contraint, mais une stratégie qui les équipe.