Venezuela : une crise aux effets limités pour le marché maritime
La crise politique, ouverte par l’arrestation de Nicolas Maduro, a des effets sur le monde maritime. Des effets attendus surtout sur le monde pétrolier.
Le 3 janvier, les forces armées américaines ont arrêté le président du Venezuela, Nicolas Maduro, et sa femme. Ils sont traduits devant les tribunaux judiciaires américains pour « narcoterrorisme ». La Cour suprême vénézuélienne a nommé Delcy Rodriguez comme présidente par intérim.
Privilégier les États-Unis
Au-delà des questions juridiques sur le bien-fondé de cette arrestation, le monde maritime reste en suspens. La Maison blanche a déclaré soutenir la présidente par intérim à la condition qu’elle préserve les intérêts américains. Il s’agit principalement de favoriser les entreprises américaines dans l’exploitation et l’exportation du pétrole vénézuélien. Parmi les conditions du soutien, les Américains souhaitent aussi que les livraisons de brut privilégient les États-Unis au détriment des acheteurs asiatiques.
Un sous-investissement dans les infrastructures
Alors, c’est principalement le marché pétrolier qui sera touché. Cependant, les exportations de pétrole brut depuis le Venezuela n’ont eu de cesse de décroître des 20 dernières années. Une conséquence des sanctions prononcées par les États-Unis et du sous-investissement dans les infrastructures. Ainsi, selon S&P Global, les exportations vénézuéliennes de pétrole brut sont passées de 97,3 Mt en 2007 à un niveau proche de zéro en 2021. Depuis, les exportations ont repris pour atteindre 18,7 Mt en 2024.
Du brut destiné à l’Espagne et aux États-Unis
Ce pétrole part principalement vers l’Espagne et les États-Unis, indiquent les statistiques nationales vénézuéliennes. En effet, Chevron a obtenu une concession pour exploiter et exporter du pétrole. De plus, Repsol, société espagnole, exploite une plate-forme au large. Néanmoins, ces chiffres ne prennent pas en compte les transferts de navire à navire en mer. Selon S&P Global, une partie du brut vénézuélien est transbordé pour ensuite partir vers d’autres destinations comme Cuba, la Chine ou d’autres pays asiatiques.
Le fret pétrolier dépend des exportations pas des réserves
Pour mémoire, le Venezuela représente une manne pétrolière importante. Le pays détient les plus grandes réserves au monde, indique The Signal Group. Des capacités qui restent difficiles en l’état. Effectivement, les infrastructures d’exploitation et d’exportation souffrent d’un manque d’investissement. Alors, sur les dernières années, le Venezuela ne pèse pas sur le marché mondial du pétrole. « Le marché du fret pétrolier dépend des capacités d’exportation pas des réserves », rappelle The Signal Group. Ainsi, la crise politique du Venezuela ne devrait pas impacter les taux de fret pétrolier.
Des changements logistiques attendus
Dans son analyse de la situation du Venezuela, The Signal Group rappelle aussi que le brut vénézuélien se dirige en partie vers la Chine. Les raffineries chinoises traitent environ 700 000 barils/jour à des prix défiants toute concurrence (environ 20$/baril). « L’incertitude demeure si ces flux sont appelés à cesser en raison de la situation. D’autre part, les États-Unis s’approvisionnent auprès des champs canadiens et mexicains. Des trafics qui sont acheminés par pipe-line ou par ferroviaire. Pour sa part, si le pays de l’Oncle Sam devait modifier ses approvisionnements en préférant le Venezuela, les volumes seront transportés par voie maritime. »
Pas de pénurie de barils
Par conséquent, dans l’hypothèse d’un changement, The Signal Group estime que ces changements logistiques auront un impact. Par rapport à des ventes de brut vénézuélien en Asie, les voyages seront plus courts. « Ainsi, les volumes enregistreront une hausse légère alors que la demande exprimée en tonne-mile sera stable voire déclinera. » Cette analyse est partagée par le courtier de fret Xclusiv. Dans son rapport hebdomadaire du 5 janvier, le courtier souligne que cette crise n’aura pas d’effet sur une pénurie de barils. De plus, il remarque que les raffineurs asiatiques se tournent davantage vers le brut américain.
Une probable hausse des primes d’assurance
L’effet majeur de cette crise est de réduire la demande en pétrolier. Le transport depuis le Venezuela sur le golfe du Mexique pèsera sur le marché avec une demande plus faible pour une offre stable. L’autre conséquence est de voir une escalade des incertitudes. Les frappes américaines au Venezuela peuvent entraîner des hausses des primes d’assurance dans la région. Les affréteurs peuvent craindre de voir leur navire « pris en otage » dans une crise politique. D’ailleurs, dès le lendemain de l’arrestation de Nicolas Maduro, trois pétroliers en attente dans les ports vénézuéliens ont quitté leur poste.
Conteneurs : pas d’effet direct
Enfin, cette crise est aussi regardée avec attention par le monde de la conteneurisation. Le Venezuela ne pèse pas grand-chose dans ce marché. Avec 1,1 à 1,3 MEVP traités par les deux ports du pays, La Guaira et Puerto Cabello, et aucun service transocéanique direct, la mise à l’arrêt de l’économie ne devrait pas modifier les tendances du marché de la conteneurisation. « Bref, même en cas d’interruption temporaire du commerce, les effets globaux resteraient négligeables », indique Arthur Barillas dans la newsletter des chargeurs.

