Interferry demande le report de l’EU ETS
L’association des opérateurs de ferry, Interferry, demande le report de l’ETS. Elle souhaite que la mesure pour le transport maritime s’aligne sur l’exemption accordée au routier. Un rapport des effets de l’EU ETS démontre le détournement de trafics conteneurisés.
Depuis le 1er janvier 2026, la taxe carbone européenne EU ETS (système communautaire d’échange de quotas d’émission en français) soit suspendue. En effet, l’association des opérateurs de ferry, Interferry, s’inquiète de la concurrence déloyale avec le transport routier. Cette demande fait suite à la récente décision de continuer à exempter la route d’un mécanisme SCEQE parallèle et à l’absence de réglementation claire sur la répartition des fonds collectés.
Le gel de l’EU ETS à 70%
L’association souhaite l’arrêt immédiat de la mise en œuvre de l’EU ETS pour le secteur des ferries. Elle milite pour le maintien de cette taxe à 70 % comme en 2025. « Cette mesure doit rester en vigueur jusqu’à ce que le transport routier soit également soumis à un système d’échange de quotas d’émission et que les fonds collectés soient effectivement réservés à la décarbonation du maritime », souligne Mike Corrigan, président d’Interferry.
Le ferry comme vecteur de report modal
Dans son argumentaire, Interferry rappelle que la filière du ferry est vitale pour l’économie européenne. Avec 400 millions de passagers et 200 millions de voitures et camions, le secteur offre des solutions de report modal. « Chaque euro d’augmentation du taux de fret sur les ferries risque de ramener les volumes vers les réseaux routiers européens déjà congestionnés », continue le président. Or, l’exemption du transport routier à cette taxe est aussi lourde à supporter pour les économies insulaires. Elles ne peuvent s’affranchir de cette taxe par leur géographie.
Un désavantage concurrentiel
« Cette exemption du transport routier crée un désavantage concurrentiel grave pour les ferries », déclare Johan Roos, directeur des affaires réglementaires d’Interferry. « Dans l’état actuel des choses, l’EU ETS crée une incitation négative. Elle pousse les marchandises et les passagers à se reporter sur la route en raison de l’augmentation des coûts des ferries. Cela contredit directement la politique de longue date de l’UE en faveur du report modal de la route vers la mer. »
L’EU ETS profite aux ports des pays tiers
Les effets de l’EU ETS sur la logistique portuaire n’ont pas l’effet escompté par la Commission européenne. Dans un rapport publié par Shipping Business Consultant en décembre, l’EU ETS profite davantage aux ports des pays tiers. « L’étude révèle une augmentation inhabituelle de l’activité dans les ports des pays tiers situés à proximité de l’Europe. Il en est ainsi des ports du Royaume-Uni, en Égypte et en Turquie », indique le rapport.
La hausse de trafic des ports britanniques ne tient pas à la croissance économique
Ainsi, au Royaume-Uni, les ports enregistrent une augmentation du trafic conteneurs. Or, selon le cabinet de consultants, cette croissance ne tient ni à l’activité économique, ni la congestion des ports de l’UE. L’analyse explique que la plupart des compagnies maritimes élaborent des stratégies qui accordent une plus grande importance au Royaume-Uni. La direction du port de Boulogne-Calais partage cette observation. Lors de la présentation de ses résultats, le port déclare avoir perdu une partie des trafics transmanche. En effet, Avant l’EU ETS, des flux conteneurs étaient déchargés à Rotterdam ou Anvers pour ensuite être repris par camion vers l’Angleterre. Des poids lourds qui utilisaient les installations de Calais. De plus, en Méditerranée, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les ports égyptiens et turcs profitent de la situation, assure les consultants.

