Stratégie portuaire européenne 2026 : les neuf recommandations de l’Union des Ports de France
L’Union des Ports de France (UPF) a publié, le 9 mars, sa prise de position sur la stratégie portuaire européenne. Elle formule neuf recommandations précises sur la compétitivité, la décarbonation portuaire, le financement des infrastructures maritimes et la sécurité.
La Commission européenne a présenté simultanément une stratégie portuaire et une stratégie maritime industrielle. Cette double initiative place les ports au cœur de la compétitivité et de la résilience européennes. L’Union des Ports de France (UPF) accueille favorablement cette démarche. Elle formule neuf recommandations pour en garantir la mise en œuvre concrète. La stratégie portuaire européenne 2026 ouvre une fenêtre d’opportunité. L’UPF reste mobilisée pour défendre les intérêts de ses 48 membres et accompagner ce processus. Pour la présidente de l’UPF, Sandrine Gourlet, « le défi est de traduire cette vision dans les politiques publiques soutenant les ports, le transport maritime et le développement industriel à travers l’Europe ».
Une approche écosystémique coordonnée
Les ports jouent un rôle stratégique à l’interface des politiques de transport, d’énergie, d’industrie et de sécurité. L’UPF soutient cette reconnaissance. Elle réclame une cohérence renforcée entre les politiques sectorielles européennes. Les clusters port-industrie-énergie doivent intégrer l’agenda stratégique de l’UE. L’UPF appelle aussi à clarifier les rôles des autorités portuaires, des gestionnaires d’infrastructures et des opérateurs logistiques. Les ports de petite et moyenne taille, y compris en outre-mer, méritent une attention particulière.
Compétitivité internationale : protéger les ports européens
Les ports européens affrontent une concurrence directe des ports de pays tiers. L’organisation française exige des mesures concrètes pour protéger leur compétitivité. Elle formule trois exigences prioritaires :
- Des évaluations systématiques de l’impact de chaque nouvelle réglementation UE sur la compétitivité portuaire.
- Un renforcement du SEQE-UE pour limiter les détournements de trafic vers des ports hors UE aux contraintes asymétriques.
- Des mécanismes de réciprocité en matière d’accès au marché et d’investissement face aux concurrents non européens.
Transition énergétique et décarbonation portuaire : une approche réaliste
Les ports supportent aujourd’hui une part croissante des coûts liés à la décarbonation. Ils captent une part trop limitée des retombées économiques. Alors, l’UPF réclame une vision industrielle et énergétique de long terme, au-delà de la seule électrification à quai. La décarbonation des transports et le développement de nouvelles chaînes de valeur énergétiques constituent des priorités. L’UPF demande d’accélérer les procédures d’autorisation et de planifier correctement les infrastructures énergétiques portuaires.
Innovation : les ports comme « living labs »
L’UPF défend une vision des ports comme véritables « living labs », capables d’expérimenter et de déployer rapidement des solutions innovantes. La stratégie doit mieux distinguer politiques de recherche et politiques de déploiement, demande l’UPF. L’initiative BlueInvest doit s’élargir aux ports de petite et moyenne taille. De plus, l’Industrial Accelerator Act (IAA) doit soutenir concrètement le secteur, à condition de rester aligné sur les réalités du marché.
Financement des infrastructures maritimes : accès direct et simplifié
Les ports ont besoin d’un accès direct et simplifié aux instruments de financement européens. Le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) doit disposer d’enveloppes dédiées aux infrastructures portuaires. Des mécanismes combinant investissements publics et privés s’avèrent indispensables. L’UPF demande aussi de créer des synergies entre instruments pour éviter les inefficacités : un projet d’alimentation électrique à quai ne doit pas bloquer les investissements de réseau sur d’autres usages.
Transport maritime et réseau TEN-T : renforcer la connectivité
L’UPF réclame davantage de place pour la performance du transport dans la stratégie. Elle demande le renforcement du short sea shipping et des corridors maritimes verts. Les connexions avec l’hinterland, notamment le rail et les voies navigables intérieures, doivent progresser. L’intégration des ports dans le réseau TEN-T et les réseaux logistiques doit s’améliorer. Les procédures administratives pour les navires en escale doivent se simplifier.
Sécurité portuaire et autonomie stratégique
Les cybermenaces, trafics illicites et menaces hybrides pèsent sur les infrastructures maritimes et sous-marines. L’UPF appelle à une coopération européenne renforcée pour y faire face. Les cadres de cybersécurité doivent s’adapter aux spécificités des systèmes portuaires. Le contrôle des investissements étrangers dans les actifs critiques doit garantir transparence et protection. Les infrastructures à double usage, civil et militaire, méritent une reconnaissance explicite dans la stratégie.
Cadre réglementaire : stabilité et prévisibilité pour investir
Un cadre réglementaire stable et prévisible conditionne les décisions d’investissement à long terme. L’UPF demande que les futures directives respectent la diversité des modèles de gouvernance portuaire entre États membres. Chaque évolution réglementaire doit contribuer à la compétitivité, à l’innovation et à la capacité d’investissement des ports. La sécurité juridique reste une condition sine qua non du développement des infrastructures portuaires européennes.
Compétences, emploi et cohésion territoriale
Les ports jouent un rôle central dans les économies régionales et l’emploi. L’UPF soutient des programmes européens de formation aux nouvelles technologies et à la transition énergétique. Elle promeut l’attractivité des métiers portuaires et maritimes auprès des jeunes. Les régions insulaires et ultrapériphériques bénéficient d’une attention spécifique. La culture portuaire et maritime mérite une promotion plus large.

