Stratégie portuaire européenne : la logistique automobile doit être au cœur du jeu
Après la présentation de la logistique portuaire européenne, les organisations professionnelles prennent position. Pour les représentants de la logistique automobile, cette stratégie ne doit pas oublier la performance opérationnelle des terminaux.
Avec sa nouvelle stratégie portuaire, l’Union européenne affiche clairement son ambition : consolider la compétitivité des ports tout en accélérant la transition durable du transport et de la logistique. Pour la filière de la logistique automobile, représentée par European Car Group (ECG), cette feuille de route est à la fois une opportunité et un test grandeur nature de la capacité des ports européens à se transformer sans perdre en performance opérationnelle.
Les ports, plaque tournante de la logistique automobile
Les ports automobiles européens ne sont plus de simples points de passage : ce sont de véritables plateformes industrielles gérant des millions de véhicules par an. Leur efficacité, leur résilience et la qualité de leurs connexions terrestres conditionnent directement la fluidité de cette chaîne logistique. Les ports doivent demeurer une plaque tournante mondiale de la logistique des véhicules neufs.
Décarboner sans dégrader la performance
L’un des piliers de la stratégie portuaire de l’UE est la décarbonation. Elle intervient notamment par l’électrification des quais et le déploiement des solutions d’alimentation électrique. Pour les opérateurs maritimes, ces infrastructures sont essentielles pour réduire significativement les émissions des escales, notamment sur les trafics rouliers et véhicules. Alors, ECG salue la reconnaissance explicite des opérateurs dans la stratégie.
Ne pas mettre les terminaux rouliers « de côté »
Elle insiste sur un point clé : ces équipements doivent être déployés dans tous les terminaux concernés, y compris les terminaux rouliers et automobiles. Ils ne doivent pas être mis à part des terminaux conteneurs comme cela se voit dans certaines politiques publiques. Sans maillage complet, le potentiel de réduction d’émissions restera fragmenté et les opérateurs logistiques risquent de subir des contraintes sans bénéficier pleinement des gains environnementaux. L’enjeu pour les autorités portuaires et les États membres est donc de planifier cette électrification de manière cohérente. Une politique qui passe par un alignement des investissements, une disponibilité énergétique et des besoins opérationnels.
Terminaux automobiles : des infrastructures sous pression
La stratégie portuaire européenne arrive dans un contexte de transformation rapide des flux automobiles. La montée des importations vers l’Europe, combinée à des cycles logistiques plus complexes (électrification des gammes, nouveaux marchés, repositionnement industriel), exerce une pression croissante sur les terminaux automobiles. Ces terminaux ont des besoins spécifiques. En effet, ils doivent disposer de vastes zones de stockage, de postes rouliers dédiés, d’ateliers de préparation, de personnalisation, d’interfaces ferroviaires et routières dimensionnées pour des volumes massifs.
Le risque de congestion des parkings dans les ports
Or, dans de nombreux ports, la capacité physique et fonctionnelle atteint déjà ses limites. Un phénomène qui créé un allongement des temps de séjour des véhicules et des navires, une congestion des parkings et une baisse de flexibilité pour absorber les pics de volumes. Pour l’ECG, la stratégie portuaire de l’UE doit donc être le levier d’un véritable plan de modernisation des terminaux automobiles. « Investir dans ces infrastructures, c’est protéger la compétitivité de l’écosystème automobile européen dans son ensemble, des constructeurs aux réseaux de distribution », continue la direction d’ECG.
Le goulot d’étranglement des permis
Au‑delà des aspects techniques, ECG attire l’attention sur un frein structurel. En effet, la lenteur et la complexité des procédures d’autorisations pour les projets portuaires pèse. Obtenir un permis pour une extension de terminal ou de modernisation des infrastructures peut aujourd’hui prendre des mois, voire des années. Or, les marchés et les flux évoluent à un rythme bien plus rapide. La stratégie portuaire européenne reconnaît ce problème. Elle ouvre la porte à une rationalisation des procédures. Pour les ports automobiles, l’enjeu est majeur. L’organisation demande une accélération des processus de décision. Les investissements nécessaires à la décarbonation, à l’augmentation de capacité et à la digitalisation risquent d’arriver trop tard. Elle peut laisser le terrain libre à des ports extra‑européens plus agiles, continuent les responsables d’ECG.
Vers une approche “port‑automobile” intégrée
En filigrane, la position de l’ECG envoie un message clair. La stratégie portuaire européenne peut aboutir. Elle doit, pour se faire, intégrer les besoins spécifiques de la logistique automobile. Cela passe par la planification des investissements, des régulations et des priorités opérationnelles. Pour les acteurs de la communauté portuaire, cette analyse implique un dialogue renforcé avec la filière. Il s’agit de co‑construire les projets d’infrastructures et de faire des ports automobiles des vitrines de la transition verte.

