La compagnie française TOWT de cargos véliques dépose le bilan, 48 emplois menacés
Une audience s’est tenue au tribunal de commerce du Havre le 3 avril. Elle a décidé de la liquidation judiciaire de TOWT. La compagnie exploite deux voiliers-cargo et en avait commandé six supplémentaires à Piriou. Nous reprenons, ci-dessous, un article de Gaël Cogné de Mer et Marine du 3 avril.
La compagnie TransOceanic Wind Transport (TOWT) de transport de marchandises à la voile a déposé « son bilan au tribunal de commerce du Havre en vue d’une liquidation judiciaire », a indiqué un élu CGT du Comité social et économique (CSE) de l’entreprise, à Mer et Marine, le 2 avril. Selon lui, 48 emplois salariés sont menacés. Le 3 avril, le tribunal de commerce du Havre a ouvert une procédure de liquidation judiciaire avec une courte période de poursuite d’activité de l’entreprise, pendant un mois, le temps de trouver un éventuel repreneur.
Obliger de placer TOWT en liquidation judiciaire
Les candidats ont jusqu’au 14 avril pour se faire connaitre, les dossier devant être examinés par le tribunal le 28 ou le 29 avril. Dans un message sur Linkedin le 2 avril, Guillaume Le Grand, cofondateur de la compagnie qui n’avait pu être joint dans l’immédiat, avait confirmé se trouver « dans l’obligation de placer TOWT en liquidation judiciaire », le 3avril.
Un ambitieux plan de développement
Pour rappel, TOWT, créé en 2011, exploite deux goélettes à propulsion vélique, l’Anemos et l’Artemis, construites par les chantiers Piriou et lancées en 2024, après avoir affrété des vieux gréements pendant plusieurs années pour transporter des marchandises et lancé son label (Anemos). Avant même la livraison de ses deux premiers navires, la compagnie avait créé la surprise en se lançant dans un très ambitieux plan de développement avec la commande de six supplémentaires, dont la construction est réalisée par les chantiers vietnamiens de Piriou. Le premier de ces nouveaux bateaux a été mis à l’eau en décembre et la livraison était attendue au printemps, sachant que la réception des cinq autres nouveaux sisterships devait s’échelonner à intervalles de quatre mois. En tout, la flotte de l’armateur représente un investissement de plus de 100 M€. Alors, sa cessation d’activité laissant Piriou avec six bateaux sur les bras, à différents stades d’achèvement.
Le coup dur pour les chantiers Piriou
Un coup dur pour le constructeur breton, qui a assure cependant avoir les reins suffisamment solides pour faire face à cette situation. « Le groupe Piriou entend réaffirmer la solidité de ses fondamentaux et assurer l’ensemble de ses salariés, clients et partenaires de sa capacité à maîtriser les conséquences de la défaillance de TOWT », explique l’industriel breton dans un communiqué diffusé à l’issue du jugement. « Malgré les difficultés rencontrées par TOWT, le groupe Piriou était resté mobilisé afin d’honorer ses engagements et de participer aux efforts collectifs dans la limite du raisonnable et a décidé de poursuivre la construction des navires les plus avancés. Le jugement de liquidation judiciaire ce jour assorti d’une courte période de poursuite d’activité de TOWT ouvre une potentielle perspective de reprise de ses activités étant précisé que la construction de certains navires par Piriou est actuellement poursuivie. Piriou apportera toute sa coopération à un éventuel projet de reprise afin de poursuivre la construction et livrer dans les meilleures conditions pour l’armement et pour le chantier les navires en cours de construction ».
« L’État ne nous a pas vraiment aidé »
Dans son message intitulé « Sac à terre ! », publié le 2 avril, Guillaume Le Grand explique qu’ « alors que nous avons mené à bien le design, la construction des deux premiers voiliers-cargos, nous avons subi des retards de livraison ainsi que des escales techniques imposées pour finir les navires dans les premières semaines d’exploitation ». Selon lui, après des débuts prometteurs vers les États-Unis, l’élection de Donald Trump, la succession de crises, « un taux de fret et un prix du pétrole très bas », et « l’État qui ne nous a pas vraiment aidé (en imposant des charges imprévues au pire moment ) » ont « fait apparaître un bilan 2025 déficitaire ». Il ajoute avoir « sous l’égide de la banque, engagé un processus de conciliation qui n’a pu recueillir l’accord de tous », le contraignant en placer TOWT en liquidation judiciaire.
Des inquiétudes pour la filière vélique
Le dépôt de bilan de l’armateur inquiète en tous cas les acteurs de la jeune filière française de la propulsion vélique, qui craignent, dans une situation globale déjà compliquée, qu’il pousse les investisseurs à la prudence. Cela, alors même que le secteur, qui a un rôle important à jouer dans la décarbonation du transport maritime, commence à démontrer sa pertinence et va doit disposer prochainement d’outils législatifs devant soutenir son développement.

