Prospectives

Upply dévoile les scénarios pour le second semestre

Jérôme de Ricqlès, expert maritime chez Upply, se projette sur le second semestre. Il imagine l’évolution des scénarios qu’il a présenté en début d’année.

Quand tout le monde est plus préoccupé par le choix de la crème solaire et du parasol, Jérôme de Ricqlès, expert maritime chez Upply, propose une réflexion sur les six derniers mois de l’année. Il revoit les scénarios proposés en début d’année.

Le statu quo du cap de Bonne-Espérance

Le premier scénario prend en compte l’état des routes maritimes entre l’Asie et l’Europe. Entre la liaison par le cap de Bonne-Espérance et le retour par le canal de Suez, le choix est cornélien. « La probabilité de statu quo via le cap de Bonne-Espérance l’emporte, même si des incursions plus fréquentes via la mer Rouge voient le jour. »

Une offre diversifiée

Alors, à ce jour, l’option par le sud de l’Afrique reste privilégiée. Le protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis demeure fragile. De plus, la résurgence de la piraterie en Somalie et le maintien à des niveaux élevés des primes d’assurance pèsent sur le maintien de la route par le cap. Cependant, cette règle pourrait subir des exceptions. « On peut imaginer un passage de navires de 8 000 à 10 000 EVP de plus en plus nombreux via le canal de Suez en cas de normalisation géopolitique. Cela permettrait aux compagnies de proposer une offre différenciée », ajoute Jérôme de Ricqlès.

La conflictualité grandissante

Le deuxième scénario prend en compte l’essor de la conflictualité dans le monde. Aujourd’hui, tous les éléments sont rassemblés pour l’essor de la conflictualité. D’une part, la situation dans le golfe Persique reste tendue. D’autre part, les velléités chinoises sur Taïwan sont du domaine du possible. Enfin, les menaces russes contre l’Otan se font de plus en plus pressantes.

L’établissement de hubs déportés

Pour les opérateurs maritimes, « il n’y a d’autre choix que de s’adapter à cette nouvelle donne en minimisant les risques. Face à la vulnérabilité des détroits et canaux, la navigation via des mers ouvertes présente bien des vertus. » Et l’expert maritime de souligner que se pose aussi la question de l’adaptation du réseau. Ainsi, l’établissement de hubs portuaires éloignés des points sensibles apparaît. Ainsi, les régions d’Afrique de l’Est, Afrique de l’Ouest mais aussi en Amérique Latine sont observées avec attention.

Le retour en grâce du nearshoring et friendshoring

Une autre conflictualité s’intensifie : celle de l’économie. Les opérateurs du commerce international se tournent vers les nearshoring et le friendshoring. En effet, « la diversification des chaînes d’approvisionnement fait aujourd’hui partie intégrante des analyses de risques chez les chargeurs. » Et dans ce contexte, la Chine est la première à la pratiquer, mais elle surveille aussi de très près son gâteau manufacturier, socle de sa puissance et de sa croissance. « Dans l’hypothèse où cette tendance se confirme, elle aurait des conséquences sur les services maritimes. Le boom du marché intra-Asie en témoigne. »

Une administration pour garantir des bénéfices

Le troisième scénario sur les taux de fret réglementés a peu de chance de survenir, précise l’expert maritime d’Upply. Face aux risques de voir les grands armements européens disparaître au profit des blocs chinois et américain, l’idée d’une « forme d’administration temporaire des prix semble une solution. » Elle garantit des marges positives. « Cela donnerait à nos fleurons européens la visibilité dont ils ont besoin pour investir dans un monde toujours plus instable et souvent hostile », note Jérôme de Ricqlès.

Une FMC européenne

Néanmoins, « l’Europe reste trop dérégulée et fragmentée « maritimement », face à une hyper régulation américaine et chinoise qui se renforce à marche forcée. C’est une grosse faiblesse en matière de souveraineté, alors qu’elle représente le plus gros marché planétaire. » Alors, l’expert maritime envisage l’avenir avec une « FMC européenne ». Elle aurait du sens dans un contexte de « mondialisation heureuse qui s’évanouit ».