Crans Montana Forum  : les nouvelles Route de la soie ne sont pas le plan Marshall de la Chine

Le Club des ports du Crans Montana Forum a tenu sa session à Genève le 27 juin. Une séance consacrée aux nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative) et aux derniers accords signés avec les ports italiens de Gênes et Trieste.

L’annonce de la signature d’accords entre les gouvernements chinois et italien pour des prises de position dans les ports par Pékin a fait couler beaucoup d’encre en Europe. La crainte d’un nouveau «  péril jaune  » a secoué les milieux diplomatiques et économiques européen. Les deux ports italiens de Trieste et Gênes bénéficient de la signature de cet accord en s’intégrant dans les Nouvelles route de la Soie-BRI (Belt and Road Initiative).
«  Il s’agit principalement d’un partenariat entre l’Union européenne et la Chine au travers de la European Union China Connectivity Platform avec des investissements croisés entre les deux pays  », a expliqué Vittorio Alberto Torbianelli, directeur des relations extérieures du port de Trieste. Refusant toute volonté de voir la Chine prendre des positions trop «  dures  » dans les ports européens, il a rappelé que la plate-forme développée par l’Union européenne est avant tout une boîte à outils de coopération entre les deux continents. «  La législation italienne et celle de l’Europe est suffisamment claire pour offrir une transparence sur ces accords. Il ne faut pas avoir peur de la Chine  », a continué le directeur des relations extérieures. Si au travers de cet accord, la Chine investira en Europe, il prévoit aussi la possibilité pour les ports italiens signataires de prendre pied sur le marché de l’Empire du milieu. «  Nous allons investir dans des zones franches logistiques en Chine  », a déclaré Vittorio Alberto Torbianelli.
Dans le port de Gênes, c’est dans le même état d’esprit que le port a signé l’accord. «  Déjà six ports européens sont intégrés dans le réseau BRI dont Valence, Barcelone, Rotterdam, Anvers, Gênes et Trieste. Nous pouvons offrir aux opérateurs du commerce extérieure des possibilité pour la distribution en Europe mais aussi vers l’Afrique du nord. Nous avons une capacité de plus de 5MEVP ce qui nous place parmi les ports importants de l’ouest de la Méditerranée  », a expliqué Silvio Ferrando, directeur international de l’autorité portuaire de Gênes. De plus, le port déploie de nombreux services sur l’Afrique du nord vers la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte mais aussi l’Afrique de l’est et du sud. «  Nous sommes à la croisée des chemins entre la Suisse, le sud de l’Allemagne et l’Italie du nord industrielle et l’Afrique. Pour les deux marchés européens et chinois, notre port présente de nombreux avantages et peut jouer un rôle dans les Routes de la Soie  », a continué le directeur international du port de Gênes.
Voulant désamorcer les craintes suscitées par l’accord signé, le ministre chinois, membre de la mission de la Chine aux Nations Unies, Zhang Yangwu, s’est voulu rassurant. «  Nous ne voulons pas exporter le modèle chinois partout dans le monde avec cette route de la Soie  », a commencé par expliquer le représentant chinois. Il a assuré que la Belt and Road Initiative est avant tout un vecteur de partage entre les pays signataires et la Chine. «  La BRI a permis à tout le monde de bénéficier des investissements réalisés conjointement  ». Reprenant des exemples concrets, il a indiqué que dans le cadre de cette initiative, le Kenya a bénéficié d’une nouvelle ligne ferroviaire entre Mombasa et Nairobi. En Éthiopie, la liaison avec le port de Djibouti et Addis Abeba s’est réduite de sept jours à trois. «  Notre projet est avant tout de promouvoir un modèle basé sur le développement commun  ».

Une hausse de 12% des taux de fret sur l’Afrique

Une opinion sur laquelle certains chargeurs d’Afrique s’interrogent. «  Le fond du problème doit être perçu sur une autre échelle dans le continent africain, a rappelé Séraphin Mouendzi, directeur général du Conseil des chargeurs du Congo. Les investissements réalisés par les chinois vont permettre d’agrandir les terminaux et de les relier à la Chine. Or, face aux grands groupes maritimes et portuaires, les chargeurs africains, et plus particulièrement congolais, n’ont pas de poids dans la négociation. Alors, nous constatons que les taux de fret les plus élevés sont appliqués sur les routes maritimes à destination des pays les plus pauvres, à l’image du notre. Sur les dernières années, les taux de fret avec l’Afrique ont progressé de 12% quand ceux avec les pays développés n’ont augmenté que de 3%. Il y a un besoin de rééquilibrage.  »
En réponse, le ministre chinois présent a rappelé que la coopération entre la Chine et les autres pays dans le cadre de la Route de la Soie sont toutes basées sur le volontariat. «  Nous ne voulons pas imposer un plan Marshall, mais travailler en étroite collaboration avec les autres pays.  » Et de souligner que cette initiative est accueillie avec grand intérêt dans de nombreux pays. Une attitude pour rejeter toute faute des sociétés chinoises à inciter les gouvernements des autres pays à investir lourdement et à s’endetter bien au-delà de leur capacité. Prenant la défense des sociétés chinoises, Siddique Khan, président de Globalink Logistic Group, basé au Kazakhstan, a voulu remettre les choses à leur juste place. «  Les gouvernements qui s’endettent le font après avoir analysé les conséquences et les bénéfices qu’ils pourraient en tirer. Nul n’est obligé de contracter et donc tout se fait sur la négociation bilatérale. La Chine a une responsabilité sur les investissements réalisés dans certains pays, mais les gouvernements locaux doivent aussi prendre leur part.  » Pour le responsable de la société privée, les nouvelles Routes de la Soie doivent être appréhendées avec l’objectif d’ouvrir de nouveaux marchés et donc des potentiels de développement pour tous. «  Nous avons su tirer bénéfice de la position de notre plate-forme d’Almaty pour jouer un rôle sur les flux entre Shanghai et Hambourg. Nous constatons qu’aujourd’hui les investissements étrangers sont en nette progression dans les pays traversés par la Route de la Soie. Il faut maintenant prendre garde à deux points  : la corruption de certains avec l’afflux des investissements et donner à ce projet une dimension environnementale.  »
Pour Zhang Yangwu, ministre chinois, la corruption doit se faire dans chaque État et ne peut être le fait des sociétés chinoises. Quant à l’environnement, «  il faudrait créer un cadre légal international pour l’environnement et la Chine le respectera.  »

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