Cotonou  : le port rattrape son retard sur ses concurrents

Depuis mai 2018, Port of Antwerpen International a remporté la délégation de service public de l’autorité portuaire. En 18 mois, le port de Cotonou a pris un nouveau virage et un nouveau visage.

L’arrivée au pouvoir de Patrice Talon a changé les choses au Bénin. Si la politique d’ensemble a été orientée sur une nouvelle voie, le nouveau président de la République, mais aussi entrepreneur de premier plan dans son pays, a demandé que le Port Autonome de Cotonou, première porte de sortie du territoire soit hissé au rang de ses concurrents. Un appel d’offre pour la délégation de service public de l’autorité portuaire a été remporté par Port of Antwerp International, filiale à 100% du port belge, a remporté l’appel d’offres. Entré en fonction en mai 2018, la nouvelle société en charge de la direction du port a pris les choses en mains. «  Nous sommes arrivés dans un port qui accusait un retard face à ses concurrents que sont Lomé, Lagos et Téma. Nous devions donc rattraper ce retard. Les concurrents ont réalisé de nombreux efforts pour s’adapter aux conditions économiques, que Cotonou n’avait pas suivi  », indique Nele Voorspoele, directrice commerciale de PAI à Cotonou.
Dès son arrivée, PAI entreprend de moderniser l’autorité portuaire. Les premières étapes visent à mettre en place une dématérialisation. Dans le même temps, la formation du personnel concerne toutes les strates de l’autorité portuaire. «  Notre but consiste à permettre aux cadres et salariés locaux de reprendre la structure à la fin de notre délégation  », continue la responsable commerciale. La réorganisation portuaire est désormais achevée. D’autres actions ont aussi pu être achevées à l’image de la mise aux normes ISPS du port. «  Nous avons pu obtenir de nouveau ce certificat  », confie Nele Voorspoele. Enfin, la direction a mis en place un système d’évaluation de la performance des salariés.

La création d’une zone logistique

Une rénovation de la structure mais aussi des infrastructures. PAI cherche actuellement des investisseurs et des prêts auprès des bailleurs de fonds internationaux. Des sommes qui vont servir au financement de la réhabilitation du quai destiné aux trafics de marchandises conventionnelles. Ce quai date de 1964 et mérite d’amples travaux pour apporter toute l’assurance aux opérateurs. Ensuite des travaux sur les conditions nautiques seront menées. Aujourd’hui le port est limité dans la réception de navires. Il ne peut accepter des unités de plus de 275 m de long. Une fois la rénovation achevée, le port pourra recevoir des navires de 340 m avec un tirant d’eau de 15 à 16 m.
Le port a dans ses cartons un programme d’intervention sur deux projets  : le premier concerne la Traverse, le second vise à réorganiser les terminaux à conteneurs.
Le projet de la Traverse vise à réorganiser la digue brise lame qui se trouve à l’entrée du port. La structure actuelle est réalisée en palplanches dans un état critique en raison de sa construction qui date de 1964. Pour la direction, cette Traverse présente plusieurs inconvénients et notamment celui de limiter la longueur des navires entrants dans le port. Le projet vise donc à créer une nouvelle zone portuaire sur la partie est du port. La démolition de la Traverse permettra de créer deux postes à quai de 500 m avec un tirant d’eau de 15m et la création d’un poste pétrolier. Avec la démolition de la Traverse est, les navires de 340 m pourront entrer dans le port.
Le second projet concerne l’activité conteneurs. Il doit se réaliser sur plusieurs phases. La première est destinée à agrandir le bassin du port. Une opération qui permettra d’ajouter 154 m au terminal à conteneurs sud et de le porter à – 15m ainsi qu’à intégrer la rampe Roro dont l’actuelle doit être rénovée. La phase 2 de ce projet vise à donner au terminal à conteneurs nord, qui sera attribué en concession par appels d’offres, actuellement utilisé par le groupe APM Terminals, d’un second poste de 150 m. Au final les deux opérateurs de terminaux disposeront de la même longueur de quai, chacun pouvant accueillir simultanément deux navires de 340 m. Les phases 3 et 4 sont destinées à rénover les quais sur la partie nord du bassin pour y installer notamment un terminal roulier dans le port voire pour les trafics de conventionnels. Des quais qui disposeront aussi d’un tirant d’eau de 15 m. Dans le même temps de la phase 3, le terminal des hydrocarbures serait rénové pour disposer d’espaces plus importants et de quais plus profonds.
En disposant de ces terminaux, Cotonou va ajouter, à la sous région de nouvelles capacités portuaires qui peuvent s’avérer faire basculer la conteneurisation dans une surcapacité.
La direction commerciale de Cotonou s’en défend. «  Notre objectif n’est pas de faire de Cotonou un Lomé bis mais plutôt de se doter d’une zone logistique attenante aux deux terminaux à conteneurs afin d’apporter de la valeur ajoutée  ». Ainsi, Cotonou espère devenir dans les prochaines années un centre de distribution pour la CFAO dans la région. La direction du port a d’ores et déjà prévu une zone de 25 hectares qui seront dédiés à l’espace logistique. Cette zone se situera dans le fond du bassin, à l’ouest du port. La direction souhaiterait que ce soit un voire deux logisticiens qui s’installent dans le port pour apporter leur savoir-faire aux armateurs qui escalent localement.
Une première phase de travaux est en cours qui permettra, dans un premier temps de recevoir les navires de 300 m dès le mois de mars 2020. Les travaux sur le chenal d’accès ont démarré en août. «  Nous avons entrepris la formation des pilotes et des agents de la capitainerie  », explique Nele Voorspoele. En décembre, le port attend de nouveaux remorqueurs avec une force de traction allant jusqu’à 80t.

La fin des tracasseries administratives sur les corridors intérieurs

Au total, l’ensemble de ces investissements représentent 400M€. Ils comprennent aussi une meilleure circulation dans l’enceinte du port et la relocalisation des différents sites administratifs. Les travaux sont prévus de commencer au printemps 2020 et devraient durer jusqu’en 2024.
Une ambition qui doit se traduire aussi par une amélioration des conditions de circulation sur les corridors vers les régions intérieures du pays et les pays sans littoral comme le Tchad ou le Burkina Faso. L’arrivée au pouvoir de Patrice Talon a été l’ouverture d’une nouvelle ère sans tracasseries sur les routes béninoises. «  C’est un grand succès de la présidence », confirme Nele Voorspoele. Des avancées notables qui n’empêchent pas la direction du port pour militer auprès de la présidence de la République pour le développement du ferroviaire. De plus, pour atteindre cet objectif de devenir un centre logistique, la direction du port étudie actuellement les coûts d’escale des navires. Pour que tous les opérateurs «  tirent  » dans le même sens, PAI construit une communauté portuaire béninoise.
Des ambitions et des projets qui devraient donner au port de Cotonou un nouvel élan. Pour la direction, les clients ressentent déjà un nouveau focus sur l’aspect commercial du port. De nombreux ateliers se déroulent dans le pays pour redonner aux chargeurs béninois la confiance dans leur port. Des premiers résultats visibles dans les résultats de trafics  ? Il est encore un peu tôt avoue la direction commerciale même si en 2019 les flux de Cotonou devraient enregistrer une hausse de 10%. Une augmentation liée à la production de coton locale et aux importations d’engrais dans le pays. «  La bonne productivité agricole a dopé les trafics. Dès lors que les travaux seront engagés, nous verrons les trafics s’inscrire dans une tendance haussière de long terme  », assure Nele Voorspoele.

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