Ports

Le port de Marseille-Fos a enregistré une croissance de 5% de son trafic en 2025

Deuxième complexe portuaire de l’Hexagone, Marseille Fos a terminé l’année 2025 sur un trafic de 74 Mt, en hausse de 5% par rapport à l’année précédente. Une bonne nouvelle après plusieurs années orientées à la baisse. Nous reprenons, ci-dessous, un article de Vincent Groizeleau de Mer et Marine.

Sans encore retrouver ses niveaux d’avant 2022, le Grand Port Maritime de Marseille a enrayé en 2025 la tendance baissière enregistrée au cours des deux années précédentes. Avec un total de 74 Mt traitées entre les terminaux des bassins phocéens et ceux du secteur de Fos-sur-Mer, le port affiche une hausse de 5% par rapport à 2024 (70.6 Mt). Pour mémoire, il avait totalisé 71.9 Mt en 2023, 77.3 Mt en 2022, 75 Mt en 2021, 69 Mt en 2020 et 79 Mt en 2019.

Stabilité des conteneurs

Dans le détail, l’exercice 2025 a été marqué par une stabilité des conteneurs, avec 1.45 MEVP traités, un niveau équivalent à celui de 2024 et en hausse par rapport à 2023 (1,34 MEVP). « Après un pic 2021/2022, une correction 2023 et un rebond 2024, 2025 est une année de stabilisation : tenir le niveau dans ce contexte est un signe de solidité. Les échanges avec la Chine progressent de 8% à l’import, dépassant les 317.000 EVP totaux enregistrés en 2024, soit près de 20% du trafic global du port. La diversification des flux asiatiques se confirme. En Méditerranée, les trafics restent majoritaires avec principalement l’Algérie et la Turquie qui malgré une baisse de volume gardent respectivement leur position de 2e et 3e partenaire du Port. Les volumes avec le Maroc et Israël progressent », commente le GPMM, qui note qu’à l’issue de la réorganisation des grandes alliances entre armateurs, en février 2025, quatre services directs avec l’Asie ont été maintenus (2 Ocean Alliance/1 Premier Alliance/1 MSC), alors que le port bénéficie d’une cinquième desserte avec l’alliance GEMINI qui assure un service hebdomadaire depuis mars 2025. Dans le même temps, « l’offre vers l’Amérique du Nord s’est renforcée avec quatre lignes directes, dont le retour du service EMUSA de MSC vers la côte Est des États-Unis, qui arrive en même temps que la signature d’un accord stratégique entre MSC et le Port pour l’opération d’extension du terminal Fos 2XL Nord. La reprise du service Amerigo de CMA CGM sur cette même côte est annoncée pour février 2026. Enfin, les connexions vers la Méditerranée orientale et l’Afrique de l’Ouest se sont étendues grâce à trois nouvelles lignes opérées par Arkas et MSC ».

Une part modale en hausse

On notera que la part modale des conteneurs traités sur les terminaux provençaux est de 5% pour le fluvial et 16% pour le ferroviaire. Ces deux modes, ensemble, enregistrent une hausse de 10% par rapport à 2024, grâce au renforcement et à une meilleure performance des navettes entre les bassins, ainsi que des rotations sur les axes Fos–Lyon.

Le roulier et les véhicules neufs en hausse

Au niveau du trafic roulier, le port a traité 245 194 remorques, soit une hausse de 7% par rapport à 2024. « La croissance est portée par le dynamisme des lignes internationales vers la Tunisie, la Turquie et le Maroc, ainsi que par la saisonnalité des flux corses. UGR a lancé en octobre 2025 une nouvelle ligne RoRo Marseille– Turquie (Marseille–Haydarpaşa) avec deux départs par semaine pour le transport de remorques. Cette ligne n’est pas encore stabilisée. Un retour hebdomadaire est prévu début mars 2026. UGR a également ouvert une ligne RoRo entre l’Asie, le Moyen-Orient et Marseille pour l’import de voitures depuis la Chine et l’export de matériel roulant. DFDS a augmenté la capacité sur sa ligne Marseille–Tunis, portant la capacité de 140 à 180 remorques ».

Les véhicules neufs enregistrent une croissance de 17%

Du côté des véhicules neufs, les voyants sont également au vert, avec 225.548 unités, soit 17% de mieux qu’en 2024 : « Cette augmentation s’explique par de nouveaux volumes à destination de l’Algérie, des flux KIA vers la Corse et la reprise des flux Clio depuis la Turquie. À l’inverse, le marché français des immatriculations recule de 5% sur la même période. Le trafic du Port représente environ 13% des immatriculations françaises, confirmant le rôle stratégique de Marseille-Fos dans l’importation et la distribution des véhicules neufs. Les principales origines à l’import sont le Maroc, la Turquie et la Corée, tandis que les exportations se dirigent surtout vers l’Algérie, la Tunisie et la Corse ».

Les vracs liquides tirés par les produits raffinés

En ce qui concerne les vracs liquides, qui constituent toujours son premier trafic, Marseille-Fos enregistre une augmentation de 8% à 47.6 Mt. Cette belle hausse est notamment tirée par les produits raffinés (14 Mt, +23%), dont la croissance est attribuée aux arrêts pour travaux des raffineries locales, qui ont entrainé un besoin d’importation, ainsi qu’au contexte énergétique tendu en Europe. Toujours au niveau des vracs liquides, le gaz naturel liquéfié (GNL) a connu une belle activité au premier semestre avec un remplissage intense des stocks, avant un fort ralentissement des volumes à partir de septembre. Au final, ce segment gagne 7% sur l’année par rapport à 2024. Quant à la chimie, elle augmente de 5% malgré un ralentissement récent, lié au grand arrêt de maintenance entrepris par INEOS Lavéra Chemicals (anciennement Naphtachimie), prévu jusqu’à mi-janvier 2026. Plus largement, les biocarburants progressent nettement à l’entrée comme à la sortie, notamment pour l’ETBE, additif essence à base d’éthanol, note le port.

Les vracs solides dans le vert

Les vracs solides ont eux aussi terminé l’année à la hausse, soit 6% de mieux avec un total de 6,9 Mt. Un bilan lié à la sidérurgie, avec des importations en hausse de 17% pour ArcelorMittal, soit 672 000 t supplémentaires. D’autres signaux positifs sont à noter sur ce segment : « Au terminal multivracs de Fos, la reprise par le manutentionnaire HES est intervenue en juillet 2025, avec une ambition de développement du trafic lié aux industriels locaux et à d’autres trafics du groupe. Les trafics du terminal Caronte progressent. Les terminaux de Tellines /Gloria pâtissent de mauvaises récoltes de blé tendre et d’une concurrence accrue sur les marchés export, entraînant des résultats en recul », complète le GPMM.

Plus de 4 millions de passagers

Enfin, le port de Marseille a accueilli 4.1 millions de passagers (ferries et croisière), représentant une augmentation de 4% par rapport à 2024. « Les passagers Corse restent stables par rapport à 2024. Vers le Maghreb, les flux Tunisie sont stables, l’Algérie recule de 6% mais demeure en tête, tandis que les volumes vers le Maroc progressent grâce à une offre en croissance, avec notamment une nouvelle ligne saisonnière Marseille–Nador de La Méridionale. Les escales connectables Corse et Maghreb confondus atteignent un taux de connexion de 86% », détaille le GPMM, qui a par ailleurs enregistré un nouveau record sur l’activité croisière en 2025, soit 2,6 millions de passagers (+7%) et des taux de remplissage élevés des paquebots. Une activité qui a doublé depuis 2013, année où Marseille avait accueilli 1.3 million de croisiéristes.

De plus en plus de paquebots à propulsion GNL et des quais qui s’électrifient

En matière de transition énergétique, la part des paquebots dotés d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL), permettant de réduire sensiblement les émissions d’oxydes de soufre et d’azote, ainsi que de particules fines, augmente : « Les navires de croisière au GNL sont plus nombreux en escale : on dénombre plus de 185 escales de navires GNL à Marseille (Costa Smeralda, Toscana, Aida Cosma, MSC World Europa, ainsi que les Costa Luminara, Sun Princess, Star Princess, Mein Schiff Relax, Silver Ray). 28% des navires de croisière qui ont fait escale à Marseille en 2025 sont à propulsion GNL ».

La consommation de l’électricité des navires augmente de 75%

Dans le même temps, la consommation électrique du port dédiée à l’activité de connexion des navires à quai a augmenté de 75% en 2025 par rapport à 2024. Le courant quai, qui a d’abord concerné les ferries et petits navires de croisière, s’ouvre maintenant aux grands paquebots. En 2026, trois d’entre eux pourront se connecter simultanément, avec une puissance disponible de 108 MW, contre 68 MW en 2024. D’ici 2029, Marseille-Fos prévoit, sur l’ensemble de ses terminaux, de disposer de 150 MW raccordés, dont 22MW en autoproduction, pour 30 postes équipés et 80% des escales commerciales couvertes.

Investissements : de 105 M€ en 2025 à …

En 2025, le GPMM a réalisé un chiffre d’affaires de 235.3 M€ (+5%) et consenti 105 M€ d’investissements, dont 50 M€ en faveur de la transition écologique et de la décarbonation. Quelques 29,7 M€ ont notamment été consacrés à la connexion des navires au courant électrique terrestre, 12,7 M€ au développement de centrales phovoltaïques et 3,9 M€ au traitement des eaux de carénage. Alors que 27,8 M€ ont été consacrés à la maintenance et la modernisation des infrastructures portuaires existantes, auxquels il faut ajouter 8,3 M€ pour les systèmes et réseaux nécessaires au bon fonctionnement des opérations portuaires, les grands projets d’aménagement ont représenté 12,8 M€. Cette enveloppe comprend des études lancées notamment pour le projet d’accueil de la filière éolienne offshore et le projet Phare sur les bassins Est ; mais aussi des travaux liés à l’émergence de nouvelles filières industrielles.

… 130 M€ en 2026

En 2026, le port de Marseille-Fos va encore accélérer ses investissements, qui seront portés à 130 M€, soit presque un quart de plus qu’en 2025. 41,3 M€ iront à la transition écologique et à la décarbonation, 34,9 M€ au maintien et à la modernisation des infrastructures, 26.5 M€ aux nouveaux projets d’aménagement, 13,9 M€ au développement des activités maritimes et 13,4 M€ au support des activités.

« Jamais le Port n’avait mobilisé autant de moyens pour son avenir et celui du territoire »

Des investissements qui s’inscrivent dans le cadre du nouveau projet stratégique du port pour la période 2025-2029 : « le Port engage une feuille de route ambitieuse, portée par un niveau d’investissement sans précédent : entre 1 et 1,3 Md€ sur cinq ans, soit trois fois plus que le précédent programme (340 M€ entre 2019 et 2024). Jamais le Port n’avait mobilisé autant de moyens pour son avenir et celui du territoire. Cette trajectoire financière exceptionnelle permettra de déployer de grands projets d’infrastructures sur les bassins Est et les bassins Ouest, en cohérence avec nos ambitions de transition énergétique et écologique et de croissance durable. Parmi les projets emblématiques : Fos 3XL (extension conteneurs et quai fluvial) ou l’accueil des industriels sur le Môle central, moteur de la réindustrialisation bas carbone. 77% des investissements seront consacrés aux bassins Ouest. Cette répartition illustre la volonté de redynamiser la zone de Fos-sur-Mer et d’y ancrer une réindustrialisation verte, 60 ans après sa création ».