Pétrole : un détroit manque et toute l’économie tremble
Le conflit entre l’Iran et les États-Unis prend toute sa dimension depuis le blocage du détroit d’Ormuz. Artère indispensable pour alimenter les marchés mondiaux en pétrole, ce détroit n’a jamais été aussi observé depuis 10 jours.
Les hypocondriaques le savent bien. Dès lors qu’une artère se bouche, le risque de crise cardiaque s’annonce. Or, dans l’économie mondiale actuelle, le pétrole joue encore un rôle essentiel. Il est devenu le sang qui alimente le cœur de l’économie. Alors, quand les États-Unis décident d’attaquer l’Iran, Téhéran répond par le blocage du détroit d’Ormuz. Or, ce détroit draine la plus grande partie de la production pétrolière mondiale. En bloquant cette artère, l’Iran s’attaque au centre névralgique de l’économie mondiale.
Des échanges annuels de 2,2 Mdt
En effet, le pétrole représente une des commodités les plus transportées dans le monde. En 2025, les flux maritimes représentent 2 224 Mt. Un volume en progression par rapport à 2024 de 2%. Or, 40% de ces flux ont pour origine le golfe Persique, indique le courtier de fret Banchero Costa. 883,7 Mt sortent de cette région pour rejoindre les lieux de raffinage et de consommation du monde. Les autres fournisseurs de pétrole mondiaux sont la Russie, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est.
L’UE achète moins de pétrole aux pays du golfe Persique
Du côté de la demande, le premier consommateur de l’or noir est la Chine. Avec 505,2 Mt, l’Empire du milieu absorbe 23% des flux mondiaux. Une consommation qui s’est légèrement contractée en 2025 de 0,6%. En deuxième position se retrouve l’Union européenne. Elle achète 460,6 Mt. Un volume en baisse de 2,7% en 2025. Dans son analyse, le courtier de fret observe une baisse des approvisionnements depuis le golfe Persique en 2025. Cette région entre à hauteur de 25,2 Mt, soit 27,3% de moins qu’en 2024. La majorité des achats pétroliers se réalisent encore, en 2025, avec la Russie, l’Afrique du Nord, la mer du Nord et l’Afrique de l’Ouest.
Des réserves concentrées dans le golfe
Cependant, les réserves pétrolières mondiales sont concentrées dans la région du golfe. De l’Iran au Koweït en passant par l’Irak et les Émirats Arabes Unis, les réserves pétrolières sont estimées à 855 Mt, soit environ 50% des réserves connues. De plus, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), les pays du golfe Persique représentent 99% des flux pétroliers du détroit d’Ormuz. Ainsi, la moitié des réserves mondiales du pétrole demeurent « coincées » dans leur pays d’origine en raison du blocage du détroit.
L’alternative occidentale de l’Arabie Saoudite
Dans ce contexte, l’Arabie Saoudite cherche des alternatives. Le pays dirige ses exportations vers la mer Rouge, expliquent les analystes de Kpler. Le pétrole sort du pays par des pipe-line vers les ports de la mer Rouge, notamment celui de Yanbu. Néanmoins, cette solution ne peut pas compenser les pertes des exportations faites par les ports du golfe Persique. « Cette solution a rapidement trouvé ses limites malgré la résilience des acteurs pétroliers du pays pour stocker la production », continuent Jahan Prema et Yui Torika, analystes chez Kpler.
Les pays d’Asie achètent aux États-Unis et en Afrique
Ces perturbations du détroit d’Ormuz ont des répercussions jusqu’en Asie. Le premier consommateur de l’or noir, la Chine, a revu sa politique d’achat. Une politique que les autres pays d’Asie comme la Corée du Sud et le Japon suit. Auparavant, ces pays privilégiaient les achats dans la région. Pour continuer d’alimenter son économie, ils se tournent désormais vers les États-Unis, l’Afrique de l’Ouest et la production de mer du Nord. L’annonce de nombreux pays, dont la France, de puiser dans les stocks stratégiques ne suffit pas à compenser le manque d’approvisionnement depuis les pays du golfe Persique. Alors, pour faire contre mauvaise fortune, les pays d’Asie acceptent des prix plus élevés avec des taux de fret en hausse en raison de l’allongement de la distance.
Et après Ormuz ?
Nul ne sait si l’administration de Donald Trump a intégré le blocage du détroit d’Ormuz dans les scénarios de l’attaque de l’Iran. Aujourd’hui, les États-Unis appellent les pays de l’Otan à s’engager pour défendre le transit dans le détroit d’Ormuz par des convois. Le refus de la France, de la Grande-Bretagne et d’autres pays n’envisage pas une fin du blocage dans les prochaines heures. Toujours est-il que les Gardiens de la révolution, en Iran, maintiennent leur blocage. Et certains s’interrogent sur la suite. « Même si le détroit d’Ormuz devait être libéré, qu’elle serait l’attitude des Houthis quand les pétroliers emprunteront le détroit de Bab el Mandeb ? » La crise pétrolière pourrait s’éterniser.

