Corridors et logistique

Taux de fret des conteneurs : la constance de l’imprévisibilité

Les taux de fret des principales routes Est-Ouest semblent désorientées. Après une semaine de hausse, ils s’inscrivent en baisse de nouveau.

La prédiction des taux de fret demeure un exercice de plus en plus difficile. Les hausses enregistrées au cours de la semaine du 3 novembre ont pris « un coup de bambou », selon Arthur Barillas de Thé d’Ovrsea.

Des augmentations pour le court terme

En effet, les augmentations mises en place le 1er novembre ont connu un effet limité dans le temps. « Il faut dire qu’elles étaient prises au piège d’un double mouvement d’ajustement stratégique des compagnies et de fragilité structurelle de la demande. De là à dire qu’elles n’avaient aucune chance, il n’y a qu’un pas », écrit le responsable d’Ovrsea dans son analyse hebdomadaire. Une position confirmée par la plate-forme Xeneta. « L’imprévision demeure la seule constante des taux de fret conteneurs. »

Le rôle clé des droits de douane américains

Ce contexte tient, d’une part, à la volatilité des échanges. Les droits de douane imposés par l’administration de Donald Trump jouent un rôle clé. Entre les suspensions et les applications, les opérateurs naviguent à vue. L’accord avec la Chine devrait libérer les échanges transpacifiques. Une décision qui doit inverser la tendance. En effet, «  le  repli de près de 9 % des volumes en deux mois sur l’axe transpacifique révèle l’ampleur du ralentissement», continue Arthur Barillas.

La surcapacité, résultat de l’intertie des compagnies maritimes

Parce qu’outre la volatilité des échanges, l’autre paramètre de ces taux de fret porte sur la surcapacité. Les armements rechignent à retirer de la capacité sur des routes en pleine « déconfiture ». Lars Jensen, directeur de Vespucci Maritime, analyse la baisse actuelle comme une conséquence de la hausse des volumes. « Cette inertie de la demande rend les hausses de taux éphémères et expose les compagnies à de nouvelles baisses », écrit Ovrsea.

Quatre semaines de hausse après 17 semaines de baisse

Ainsi, pour bien comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de revenir une semaine plus tôt. Le 6 novembre, le World Container Index de Drewry annonce des hausses. Il s’établi à 1 959$/FEU (Forty Equivalent Foot, conteneur 40’). « Il s’agit de la quatrième semaine consécutive de hausse », précise le consultant britannique. Mais, cette hausse intervient après 17 semaines de baisses. Et si sur le Transpacifique l’augmentation des taux atteint 9% à 2 647 $/FEU, « cette augmentation est momentanée. Elle est sur un court terme tant que de nouvelles augmentations ne seront pas appliquées. »

Le Transatlantique dénote

Dans ce contexte compliqué, le Transatlantique dénote. Ainsi, les taux de fret entre New-York et Rotterdam continuent de décroître de semaine en semaine, indique Sea Intelligence. « Ils ont atteint un niveau bas jamais atteint, à part en 2023. Une tendance accentuée par une demande faible et des armements qui injectent de nouvelles capacités. » Et pour les analystes de Sea Intelligence, le taux d’utilisation des navires pourrait chuter à des niveaux aussi bas que ceux de 2018.

Le retour par Suez demeure timide

L’avenir s’annonce dans la même veine. Deux paramètres sont à observer avec minutie. D’une part, le retour des lignes Asie-Europe par le canal de Suez est perçu comme un déclencheur de surcapacité. Les dernières déclarations des Houthis restent encourageantes. Ils acceptent le cessez-le-feu. Déjà, CMA CGM a réalisé un premier retour par le canal de Suez avec le Benjamin Franklin. Quant aux attaques, elles ont cessé depuis plusieurs mois. Cependant, les armateurs attendent surtout le feu vert des assureurs pour reprendre la route de Suez.

La décision de la Cour suprême sur les droits de douane

L’autre élément à surveiller est la décision des juges américains de la Cour suprême américaine sur les droits de douane. Déjà, lors de l’audience du 5 novembre, plusieurs juges ont confirmé leur position. Ils remettent en cause la capacité du président à décider unilatéralement des droits de douane. Ils estiment que le locataire de la Maison blanche doit avoir un « aval explicite du Congrès », selon Arthur Barillas de Thé. Alors, « une décision défavorable [à Donald Trump] ne mettrait pas fin à la guerre tarifaire. Elle la reconfigurerait et ajouterait une nouvelle dose d’incertitude. De fait, si la Cour devait invalider ces tarifs, rien ne dit comment un tel arrêt serait mis en œuvre. Le flou juridique qui entoure l’issue du litige contribuerait sans doute à renforcer l’instabilité commerciale, d’autant que l’exécutif envisage déjà d’autres dispositifs légaux (comme le Trade Act de 1974) pour maintenir sa politique agressive en matière douanière », continue le CEO d’Ovrsea.

Dans ce contexte imprévisible, il n’est pas évident de savoir si un gagnant sortira. Entre les chargeurs, les commissionnaires et les armateurs, la partie semble jouer pour la fin de l’année. Quant à 2026, c’est un brouillard de plus en plus épais qui s’annonce.