Les armateurs grecs retrouvent un appétit pour les vraquiers
Dans son analyse de marché, le courtier grec Intermodal revient sur une nouvelle tendance: l’appétit des armateurs nationaux pour les vraquiers.
Au cours des dernières semaines, Intermodal constate une reprise de la construction de vraquiers par les armateurs grecs. Plusieurs noms bien établis ont été actifs dans les chantiers navals, Des compagnies comme Eastmed, Ocean Bulk, Efnav et Seanergy s’engagent dans les Kamsarmax. De leur côté, Capital Shipping et Seanergy se diversifient vers les Capesize. Dans le même temps, Atlantic Bulk Carriers et JME ont ciblé le secteur Ultramax.
Un regain en contraste avec la tendance du marché
Ces commandes marquent les listes de nouvelles constructions. Elles donnent l’impression d’un regain d’intérêt des armateurs grecs. Cependant, cette activité à court terme contraste fortement avec la situation générale pour 2025. À l’approche de la fin de l’année, la tendance globale est désormais plus claire. En effet, dans l’ensemble, les contrats pour des vraquiers apparaissent comme modéré sur l’année. Les relevés d’Intermodal établissent ces commandes à 288 navires. « Il s’agit du total annuel le plus bas depuis 2016 et nettement inférieur aux volumes enregistrés ces dernières années. Pour mémoire, 549 commandes ont été passées en 2022, 709 en 2023 et 771 en 2024 », indique le courtier.
Les armements grecs ont commandé 26 navires
Si les commandes des principaux pays maritimes ont ralenti, la présence réduite de la Grèce a été l’un des facteurs les plus déterminants dans la faiblesse du marché en 2025. Les armateurs grecs n’ont passé que 26 commandes de vraquiers en 2025, soit environ 9 % du carnet de commande. De plus, note le courtier, 18 commandes sont intervenues en octobre et novembre.
L’effet de la concentration des chantiers navals
Le choix des chantiers navals reflète également une tendance à la concentration : à l’exception de trois commandes japonaises (deux à Oshima et une à Imabari), les acheteurs grecs se sont tournés exclusivement vers la Chine. Ainsi, Hengli Shipbuilding représente à près de 70 % des commandes grecques. Une domination chinoise qui tient aux prix et une disponibilité plus rapide. Le carnet de commandes grec comprend 16 Kamsarmax, 7 Ultramax et 3 Capesize. Des chiffres qui demeurent inférieurs aux 57 navires commandés en 2024 et aux 141 commandés en 2023.
Le recul des commandes chinoises
Les commandes chinoises ont également reculé cette année. Elles totalisent 112 vraquiers commandés en 2025, en forte baisse par rapport aux 274 commandés en 2024 et aux 171 enregistrés en 2023. Malgré la baisse du volume, les opérateurs chinois ont réparti leurs engagements entre un plus grand nombre de chantiers navals, sélectionnant 21 constructeurs différents pour une gamme variée de types de navires. Cela comprend 31 Newcastlemax, 26 Post-Panamax, 20 Kamsarmax, 20 Ultramax et 15 Handysize.
L’effet des hésitations règlementaires et de la géopolitique
Le niveau exceptionnellement bas des contrats conclus cette année reflète une hésitation plus générale dans l’ensemble du secteur. Une des explications tient, en partie, aux évolutions règlementaires flous et à la géopolitique. Le retard pris par l’OMI dans son programme « zéro émission nette » a privé les armateurs d’une feuille de route claire pour leurs futurs choix en matière de carburants et de moteurs.
Un report de règlementation peut avoir un effet bénéfique
Paradoxalement, ce report pourrait avoir un côté positif. Dans son analyse, Intermodal explique que ce report peut déboucher sur une plus grande flexibilité opérationnelle, favorisant peut-être des voies de transition plus lentes ou des options de modernisation. « Plutôt que d’attendre indéfiniment une clarté parfaite, cette attente d’un paysage réglementaire plus souple et plus adaptable pourrait en fait inciter certains acteurs à aller de l’avant avec leurs projets de construction de nouveaux navires, confiants que les conceptions actuelles ne seront pas rendues obsolètes par des délais trop courts ou irréalistes. »
La levée des taxes sur les navires construits en Chine a laissé des traces
Sur le plan tarifaire, la suspension pendant un an des taxes portuaires chinoises a atténué une source importante de risque pour les armateurs. Avec moins de mesures immédiates incitant à éviter les chantiers navals chinois, certaines hésitations se sont atténuées. Cependant, l’incertitude qui a dominé une grande partie de l’année a laissé des traces. D’un autre côté, la hausse des prix des nouvelles constructions et l’allongement des délais de livraison restent des facteurs dissuasifs importants.
Des créneaux de plus en plus éloignés
Une situation accentuée par des créneaux disponibles de plus en plus éloignés. Le courtier table sur des livraisons à la fin de 2027 et au-delà. Dans ce contexte, le sentiment devrait s’ajuster à mesure que les conditions se stabilisent. Pour le courtier grec, « la levée des incertitudes et la dynamique des coûts dissipée, nous devrions assister à une reprise des commandes. Il ne s’agira pas simplement d’une réaction. Cette tendance sera aussi un repositionnement stratégique en vue de la prochaine vague de renouvellement de la flotte. »

