Canal de Suez : ira ou ira pas ?
Le retour des services Europe-Asie par le canal de Suez démarre doucement. Les menaces récentes des Houthis pourrait faire reculer les armateurs.
Dans ses scénarios pour 2026, Jérôme de Ricqlès, expert maritime de Upply, estime que le retour des services conteneurisés par le canal de Suez ne fait pas l’unanimité. « Les compagnies se sont engagées dans une approche « ni totalement Suez, ni totalement le cap de Bonne‑Espérance », afin d’amortir le choc tarifaire et opérationnel. »
L’année 2026 sous le signe du retour par Suez
Une position que partage le cabinet de consultants Xeneta. En effet, dans un article du 22 janvier, Emily Stausbøll et Destine Ozuygur, mettent l’année 2026 sous le signe d’un retour des services par Suez. « Tout porte à croire que 2026 sera l’année du retour des services par Suez. Ainsi, Maersk a annoncé le retour des transits complets via le canal de Suez pour son service MECL1. » Et pourtant, l’armement danois est connu pour ses positions prudentes.
CMA CGM fait et défait sa stratégie
De plus, CMA CGM a suivi. Il annonce un retour de son service Indamex par le détroit de Bab el Mandeb et par Suez. Cependant, l’armement marseillais a fait machine arrière. Quelques jours plus tard, il revient sur sa décision. Alors, le service Indamex mais aussi les FAL 1, FAL 3 et Mex Service, maintiennent leur route par le cap de Bonne-Espérance. Par conséquent, rien n’est acquis sur un retour par le canal de Suez.
Les taux de fret s’adaptent
Dans cette stratégie d’avancer et reculer, les taux de fret s’affolent. Ainsi, le 21 janvier, ils ont perdu 25% à 2 308 $/EQP (Équivalent 40’) entre l’Asie et la Méditerranée. Sur les liaisons Asie-Europe du Nord, la baisse est moins forte. Elle est de 10% à 2 010 $/EQP. Des niveaux qui rappellent ceux de 2023 avant la crise en mer Rouge, note Xeneta. La comparaison sur un an est plus significative. En un an, les taux ont baissé 27% sur l’Europe du Nord et de 12% sur la Méditerranée.
Les menaces des Houthis
Des conditions économiques qui incitent les armateurs à rester prudents. Ils doivent gérer un probable retour par Suez tout en évitant une surcapacité. En effet, un retour par Suez aura pour conséquence de créer une surcapacité sur les routes d’Asie vers l’Europe et la Méditerranée. Cependant, la décision d’un retour par Suez dépend de deux éléments : en premier lieu, les armements veulent être assurés d’un risque minimum à emprunter cette route. Or, le responsable des Houthis, Sayyed Al-Houthi, a réitéré des menaces à l’encontre des navires dans le détroit de Bab el Mandeb.
La réaction des assureurs
Ainsi, le 26 janvier, ces menaces se font plus pressantes avec l’arrivée d’un porte-avions américain vers l’Iran, indique le site Annahar. Les Houthis ont diffusé des vidéos montrant des navires marchands en feu avec la mention « bientôt ». Dans l’hypothèse d’un retour des attaques, réduira les intentions des armateurs. En effet, en second lieu, les compagnies maritimes rechinent à envoyer des navires si les assureurs augmentent de façon trop importante les primes d’assurance.
La déstabilisation de la région du golfe Persique
Par conséquent, l’attention se porte sur les décisions de la Maison blanche. Dès lors que le président des États-Unis décide de lancer une attaque sur l’Iran, il peut se produire une cascade d’événements qui mette le feu aux poudres dans la région. Des observateurs indiquent que toute attaque de Trump sur l’Iran peut aussi comprendre des raids militaires sur le Yémen. Cependant, les pays du golfe Persique s’inquiètent d’une déstabilisation de la région. Ils ont fermé leur territoire aux moyens militaires américains.

