Deux médiateurs pour désamorcer le mouvement social en Méditerranée
Les marins de La Méridionale et de Corsica Linea ont entamé, le 2 février, un mouvement social. Le 6 février, le ministère des Transports a nommé deux médiateurs pour une consultation de l’ensemble des acteurs.
Une réunion s’est tenue le 6 février en préfecture des Bouches-du-Rhône. Elle réunit le cabinet du ministre des Transports et une délégation de représentants des marins, ainsi que les responsables des entreprises Corsica Linea et La Méridionale. Une rencontre pour exposer les revendications des différentes parties. Ainsi, lors de ces échanges, les représentants du personnel ont insisté sur la situation impactant le transport maritime de passagers opéré sous pavillon français premier registre en Méditerranée. Ils rappellent leurs inquiétudes en matière de dumping social et les risques pesant sur la préservation d’une filière maritime française de haut niveau et la desserte de la Corse.
Une prise en charge pour une vision claire et durable
« Cet échange a permis de recueillir l’ensemble des préoccupations exprimées par les salariés », indique un communiqué du ministère des Transports. Les entreprises concernées ont également fait part de de leurs inquiétudes tout en confirmant leur volonté de travailler de manière coordonnée sur ce sujet. Le ministère a pris la mesure des craintes. Ces sujets, identifiés depuis plusieurs mois, appellent une prise en charge rapide afin de définir une vision claire et durable pour l’avenir du pavillon français du premier registre et des emplois associés.
Bernard Mazuel et François Lambert comme médiateurs
Pour trouver une solution, le ministère a nommé deux médiateurs : Bernard Mazuel et François Lambert, directeur général de l’ENSM. Leur rôle est d’animer une consultation engageant l’ensemble des acteurs et régions concernés afin de formuler des propositions pour répondre aux préoccupations soulevées. Ils doivent aussi définir des axes structurants donnant des perspectives concrètes sur le court et moyen terme aux acteurs concernés. Un travail qui devra déboucher sur des propositions dans un délai de six à huit semaines. Ces conclusions seront partagées avec l’ensemble des parties intéressées.
La tension autour des dessertes de la Corse et du Maghreb
Pour mémoire, ce conflit intervient dans un contexte de concurrence jugée déloyale. Nous reprenons, ci-dessous, une partie de l’article de Caroline Britz de Mer et Marine. Cette mobilisation intervient dans un climat de tension autour des dessertes maritimes en Méditerranée. Corsica Linea et La Méridionale assurent des liaisons passagers et fret entre Marseille, plusieurs ports corses et, pour certaines routes, le Maghreb. Ces services, souvent opérés dans le cadre d’obligations de service public, s’effectuent avec des équipages relevant du droit social français. En parallèle, des compagnies concurrentes telles que Grandi Navi Veloci (GNV, filiale du groupe MSC) et Corsica Ferries exploitent des navires sous pavillons étrangers, selon d’autres régimes sociaux et structures d’exploitation.
Les conditions de concurrence entre les opérateurs
Les revendications syndicales portent principalement sur les conditions de concurrence entre opérateurs. La CGT demande l’instauration d’un cadre garantissant un socle social équivalent entre compagnies opérant sur des lignes comparables, incluant les niveaux de rémunération, les temps de repos, la protection sociale et la composition des équipages. Le syndicat met également en avant la nécessité de préserver l’emploi maritime français, de maintenir les effectifs embarqués sous statut national et d’assurer une visibilité à moyen terme sur les plans de flotte et les volumes d’activité.
La pérennité des lignes de continuité territoriale
Les représentants du personnel soulignent par ailleurs l’importance de la pérennité économique des lignes de continuité territoriale, notamment à travers la stabilité du financement et du cadre des délégations de service public. Ils appellent enfin à un renforcement des contrôles de cabotage, afin de prévenir, selon eux, les distorsions liées aux différences de régime de pavillon.
Un débat sur le dumping social
Ces revendications s’inscrivent dans un débat plus large sur le dumping social maritime, notion désignant l’écart de conditions d’emploi et de rémunération entre compagnies actives sur un même bassin. La loi n° 2023‑659, dite Le Gac, a introduit un socle social minimal sur certains trafics, mais son champ d’application reste limité et ne couvre pas l’ensemble des liaisons méditerranéennes concernées par le mouvement actuel.

