Corridors et logistique

Ormuz : un choc pétrolier possible

Le blocage du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution iraniens interrogent les milieux maritimes pétroliers. Le transport de GNL est aussi touché. L’avenir n’est guère optimiste, indique un analyste d’Intermodal.

La menace de fermeture du détroit d’Ormuz est effective. Les Gardiens de la révolution annoncent la paralysie de cette artère maritime. Or, une centaine de navires transite chaque jour par ce détroit, rappelle le courtier de fret Intermodal. Il s’agit de 20% de la consommation mondiale d’or noir.

Le taux d’affrètement d’un pétrolier augmente de 200 000 $/j

Alors, la situation pèse lourdement sur le monde maritime. Il faut analyser l’évolution des indices de fret des pétroliers au cours de ces derniers jours. Avant les attaques américaines et israéliennes en Iran, un Very large crude carrier (VLCC) se négocie aux environs de 200 000 $/jour. Or, Intermodal constate un quasi doublement. Un VLCC se négocie le 4 mars aux environs de 423 700 $/jour pour un voyage aller et retour entre le golfe Persique et la Chine. Par conséquent, « le signal envoyé au marché est clair : l’offre effective s’est effondrée », continue le courtier de fret.

3 200 navires bloqués dans le golfe Persique

Les annonces des dirigeants américain, européen, israélien et iranien ne laissent pas entrevoir une fin rapide de ce conflit. Dans ce contexte, les armateurs hésitent à envoyer des navires dans la région. De leur côté, les affréteurs tentent de tirer leur épingle du jeu. Cependant, la réalité est autre. Environ 3200 navires sont « piégés » dans le golfe Persique. Intermodal rappelle que cette flotte à l’arrêt représente 4% de la flotte mondiale. Il s’agit notamment de 100 pétroliers et de 100 porte-conteneurs qui sont à l’ancre. Par ailleurs, 500 navires sont en attente à l’entrée sud du détroit d’Ormuz. Ils patientent devant les côtes d’Oman et des Émirats Arabes Unis.

Les assureurs annulent les risques de guerre

Outre la difficulté opérationnelle s’ajoute celle liée aux questions financières. Le coût des assurances grimpe. Les assureurs maritimes et les P&I Clubs suspendent les cotations sur la région en risques de guerre.  «  Il en résulte une forte augmentation des coûts de transport et une forte incitation à modifier les itinéraires via le cap de Bonne-Espérance, ce qui augmente considérablement la demande en tonnes-milles », analyse Intermodal. Au début du mois de février, un responsable d’Allianz commercial nous a confié sa prudence sur la situation en mer Rouge. À l’époque, les compagnies maritimes s’organisent pour reprendre la route de Suez. Cependant, Allianz souligne que la situation « reste instable. Nous suivons de près l’évolution de la situation. Nous avons une relation de partenariat avec nos clients pour répondre à leur demande. » Une position qui s’est aggravée ces dernières heures. En effet, selon certaines sources reprises par la presse britannique, les assureurs annulent les risques de guerre sous 72 heures à partir du mars, soit jusqu’au 5 mars.

Les alternatives ne suffisent pas

Dans la situation du blocage du détroit d’Ormuz, des alternatives existent. Le développement de pipe-line vers la mer Rouge permet d’exporter une partie du pétrole, notamment depuis l’Arabie Saoudite. Cependant, ces alternatives restent limitées, souligne Intermodal. « La capacité de contournement via l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis est estimée à seulement 2,5-2,6 million de barils/jour (Mb/j). Un volume insuffisant pour compenser une interruption prolongée du détroit. Toute perturbation prolongée obligerait donc les raffineries asiatiques à puiser davantage dans le bassin atlantique, ce qui profiterait structurellement à la demande de VLCC et de Suezmax. » Une opportunité pour les productions d’Afrique de l’Ouest et d’Amérique du Sud.

Le marché du GNL concerné

De plus, ce conflit pèse sur le marché du GNL. Les missiles envoyés sur la raffinerie de Ras Tanura, au Qatar, profite aux producteurs d’autres continents. Selon Merchant’s News,  les États-Unis profiteront de l’absence du GNL qatari sur le marché international. « Les acheteurs de GNL asiatiques n’ont pas d’autres choix que de négocier des contrats de 15 à 20 ans avec les producteurs américains. L’Europe peut se retrouver dans la même situation. » Il reste que des producteurs comme l’Australie ou le Nigéria peuvent aussi tirer leur épingle du jeu.

L’entrée dans un cycle plus tendu

Alors, Nikos Tagoulis, analyste chez Intermodal, se montre pessimiste. « La probabilité d’une perturbation prolongée ne peut être écartée. Le marché évalue actuellement un risque géopolitique extrême plutôt qu’une perte physique confirmée. »  Pour le monde pétrolier, ce conflit et les perturbations signifient un changement de paradigme. Les trajets plus longs pour approvisionner les centres de consommation de pétrole et de gaz vont tendre le marché. « Le marché des pétroliers pourrait passer d’un pic temporaire à un cycle fondamentalement plus tendu. »