Seine-Nord : l’Alliance Seine-Escaut réagi au rapport de la Cour des comptes
Après la publication du rapport de la Cour des comptes sur la construction du canal Seine-Nord, l’Alliance Seine-Escaut réagit. Elle conteste des éléments et appelle à une mobilisation.
À la suite de la publication du rapport de la Cour des comptes consacré au canal Seine-Nord Europe, l’Alliance Seine-Escaut (ASE) prend acte des recommandations formulées. Le rapport doit renforcer la confiance des acteurs économiques engagés pour valoriser tout le potentiel de ce grand corridor fluvial. « Le rapport de la Cour des Comptes ne doit pas être lu comme remettant en cause le projet mais comme un vecteur d’amélioration permettant d’en garantir la réussite », indique l’ASE. Elle appelle à transformer rapidement les recommandations de la Cour des comptes en décisions opérationnelles.
Les recommandations de la Cour des comptes
Dans son analyse du rapport, l’ASE rappelle que les recommandations de la Cour des comptes porte sur cinq points :
- La sécurisation de la valeur socio-économique du projet ;
- Le renforcement du pilotage et de l’expertise ;
- La stabilisation du financement ;
- L’accélération des projets portuaires
- L’anticipation des impacts liés à la fermeture temporaire du canal du Nord.
Une convergence avec les positions de l’Alliance
Pour l’Alliance Seine-Escaut, « ces recommandations confirment la nécessité d’une approche globale et coordonnée ». Elle plaide de longue date pour une création de valeur socio-économique fondée sur une stratégie logistique intégrée. Elle doit combiner la compétitivité des péages, la massification des flux et la structuration d’écosystèmes portuaires performants.
Une étude sur la valeur socio-économique du projet
Au-delà de ces éléments, l’ASE appelle à franchir une étape supplémentaire avec l’instauration d’une véritable gouvernance économique du projet. Celle-ci permettrait de piloter de manière continue les équilibres économiques du canal (trafics, recettes, compétitivité). Il faut assurer la cohérence des décisions publiques et impliquer les acteurs économiques dans le suivi de la performance du système de ce canal. L’Alliance a commandé une étude à l’Essec sur la valeur socio-économique du projet.
Renforcer les moyens et assurer un pilotage fort dans la durée
La recommandation relative au renforcement des compétences de la Société du Canal Seine Nord Europe (SCSNE) rejoint également les préoccupations de l’Alliance. Des efforts sont entrepris pour consolider les équipes. Ils visent, notamment, les marchés publics et la gestion des grands projets. L’Alliance Seine-Escaut considère qu’il ne peut pas être fait reproche à la société de son manque de moyens. Elle reproche à la Cour de ne pas avoir souligné davantage le pilotage du projet dans ce contexte.
Une coopération interrégionale à structurer
Ce sujet de la gouvernance demeure essentiel. Pour les responsables de l’ASE il est nécessaire « de mettre en place une véritable coopération interrégionale à l’échelle de l’axe Seine-Escaut ». Le succès du projet repose en effet sur une articulation efficace entre les régions concernées, tant en matière de développement économique que d’aménagement logistique. Des dynamiques existent. Elles doivent être renforcées et institutionnalisées. Pour le promoteur du projet ces dynamique doivent garantir la cohérence des politiques publiques, notamment en matière de développement des plateformes multimodales, de formation et d’attractivité économique. Le pilotage de l’État doit également être renforcé. La coexistence de 2 axes (Seine et Nord) sous l’autorité de deux délégués doit céder la place à une délégation de ce qui ne sera plus à court terme qu’un seul axe : l’axe Seine-Escaut.
Une clarification attendue du financement
La Cour appelle à la tenue rapide d’une conférence de financement. L’Alliance rappelle que des discussions sont en cours entre l’État, les collectivités et les partenaires européens, et souligne l’importance d’aboutir rapidement à un schéma stabilisé. Elle souligne que la sécurisation financière du projet doit s’inscrire dans une vision de long terme. Elle doit se faire en articulant financement des infrastructures et conditions d’exploitation, dans une logique d’équité entre modes de transport. En effet, l’ASE a demandé au Parlement une transposition de la directive Eurovignette. Cette mesure permettrait de mieux internaliser les coûts externes du transport routier et de dégager de nouvelles ressources.
Des approximations sur les chiffres
Par ailleurs l’Alliance Seine Escaut précise que certains chiffres présentés par la Cour des comptes sont approximatifs car non objectivés avec précision voire inexacts. La première inexactitude concerne l’investissement qui vise à relever la hauteur de certains ponts augmentant de manière factice le cout du projet à 11.1 Mds€. Cet investissement n’est ni prévu dans la convention de financement de 2019 ni intégrable dans une future maquette financière. L’objectif cible lors de la mise en service est bien de 8,5 Mds€ comprenant les aménagements connexes au CSNE comme la mise à grand gabarit de l’Oise (Mageo).
Des affirmations pas étayées
L’autre approximation concerne le financement qui « dériverait » selon la Cour à 10Mds€. Une dérive qui tiendrait, selon la Cour des comptes, aux frais financiers qui ne seraient pas intégrés. « Cette affirmation n’est pas étayée. L’estimation de l’emprunt de bouclage entre un et 3 Md€ parait bien vague et surestimée. La dernière actualisation faite en janvier 2026 l’estimait entre 950 M€ et 1,5 Mds€. »
Accélérer le développement des ports intérieurs
L’ASE reproche le manque d’analyse du projet en regard des points de vue des pays voisins. Cela aurait permis de « comprendre les enjeux de logistique industrielle qui sous-tendent le projet. » Néanmoins, elle partage pleinement la nécessité d’accélérer le développement des ports intérieurs. Plusieurs projets sont engagés, indique l’ASE. Elle appelle à une « montée en puissance accompagnée par une mobilisation renforcée des acteurs publics et privés. » Alors, il faut que ce projet s’accorde avec le soutien d’une offre de transport fluvial. Une proposition qui appelle à soutenir le pavillon fluvial français, la modernisation de la flotte et la souveraineté économique des régions touchées.

