Corridors et logistique

Mer Rouge : un retour timide et fragile

Le retour des liaisons entre l’Asie et l’Europe par le détroit de Bab el Mandeb et la mer Rouge se fait timidement, selon les observateurs. Les menaces et attaques des Houthis s’ajoutent aux actes de piraterie au large de la Somalie.

Dans son édition du week-end du 16 septembre, Sea Intelligence titre sur la normalisation de la crise de la mer Rouge. Selon le consultant britannique, les navires porte-conteneurs assurant des liaisons entre l’Asie et l’Europe opèrent un premier retour par la mer Rouge et le canal de Suez.

Un début de normalisation

Ainsi, selon le décompte réalisé par le consultant 27% de la capacité opérant entre l’Asie et l’Europe reprend le chemin de Suez. « L’industrie du conteneur normalise un retour par le canal de Suez au détriment de la route par le sud de l’Afrique », souligne Alan Murphy, CEO de Sea Intelligence. Le constat fait état de 13% à 25% des lignes Asie-Europe à reprendre la route du canal de Suez. Une proportion qui demeure stable au cours des derniers mois. En sens inverse, d’Europe vers l’Asie, le retour par le détroit de Bab el Mandeb s’accélère. « La capacité sur ce segment passe de 18% à 26% en août à 25% à 47% en septembre », note Alan Murphy. Ainsi, la moyenne porte à 27% le retour par le canal de Suez.

57% de la capacité depuis la Méditerranée opère un retour

Par ailleurs, les navires opérants entre la Méditerranée et l’Asie s’inscrivent dans la même veine. Sea Intelligence relève 57% de la capacité au départ de Méditerranée à emprunter la route par le canal de Suez. Pour Sea Intelligence, cette tendance montre la volonté des armateurs d’ajouter de la capacité rapidement pour lutter contre la congestion portuaire en Asie. En outre, si le marché n’opère pas un retour massif par le canal de Suez et le détroit de Bab el Mandeb, « une restauration mesurée et stratégique est en cours. »

Des considérations sécuritaires à prendre en compte

Cette analyse de Sea Intelligence s’assimile au verre à demi plein. Dynamar, pour sa part, voit le verre à demi vide. En effet, dans sa newsletter, le consultant néerlandais note une tendance au retour par le canal de Suez avec, malgré tout, « des considérations sécuritaires à prendre en compte. » Ainsi, les Houthis ont pris le contrôle d’îles dans le détroit de Bab el Mandeb. Ils ont pris position dans le port de Mokha et sur une frange de 130 km le long de la côte du détroit.

Une recrudescence de la piraterie somalienne

Dynamar reconnaît que les attaques des Houthis contre la marine marchande se réduisent depuis plusieurs mois. Les rebelles yéménites s’en prennent surtout aux intérêts saoudiens. Et le consultant rappelle qu’ils ne menacent pas le transit, « pour le moment ». Cependant, en marge des tensions en mer Rouge et dans le golfe Persique, « nous constatons une nette recrudescence de la piraterie au large de la Somalie ». En août et en septembre, deux navires ont subi une attaque de pirates au large du Somaliland et du Puntland. Au total, depuis le début de l’année, les armements ont déclaré 13 actes de piraterie. Comparativement à 2025, la tendance est donc à la progression. En effet, l’année passée, le Bureau maritime international a déclaré six actes de piraterie dans cette zone.

La position américaine peut envenimer la situation

Ces différents éléments doivent s’analyser dans un cadre plus large. La reprise des hostilités contre les navires dans le détroit d’Ormuz perturbe la situation. La fin du conflit entre les États-Unis et l’Iran ne semble pas se concrétiser, malgré les annonces de la Maison blanche. Face à cette reprise, les rebelles yéménites menacent les intérêts américains. Dans l’hypothèse où les américains « oseraient soutenir les frappes saoudiennes, nous considérerions tous les intérêts américains comme des cibles », déclarent les responsables des Houthis aux agences de presse. Ainsi, le retour par la route du canal de Suez entre l’Asie, l’Europe et la Méditerranée reste encore fragile. La position des Houthis dans le détroit de Bab el Mandeb demeure clé. Les rebelles yéménites peuvent rapidement faire basculer la région si des pays tiers enveniment les tensions.