Les armateurs européens réclament 330 millions de quotas carbones
La European Shipowner’s Community Association (Ecsa) appelle à tripler la réserve de quota EU-ETS pour créer un marché viable de la transition énergétique du monde maritime.
Dans une étude publiée le 16 octobre, la European Shipowner’s Community Association (Ecsa) revendique une hausse des quotas de l’EU-ETS. Elle s’appuie sur le mécanisme européen SMAP. Il est destiné à soutenir les carburants et technologies maritimes durables. Pour l’organisation européenne, ce dispositif serait sous-dimensionné.
La couverture d’un tiers des besoins
Le mécanisme Sustainable Maritime Alternative Propulsion (SMAP), proposé dans le cadre de la révision de l’EU ETS, vise à réduire l’écart de coût entre les carburants maritimes conventionnels et les alternatives durables. Selon l’analyse de l’Ecsa, la réserve de 110 millions de quotas, prévue par la Commission européenne, ne couvre qu’un tiers des besoins réels du secteur.
Un soutien européen jugé insuffisant
L’organisation européenne estime qu’il faudrait au moins 330 millions de quotas sur la période 2028-2040. Cette hausse doit envoyer un signal économique crédible aux armateurs, producteurs de carburants et fournisseurs de technologies. Cela représente un déficit d’environ 220 millions de quotas par rapport à la proposition actuelle.
Le transport maritime, contributeur majeur de l’EU ETS
Le transport maritime est intégré à l’EU ETS depuis le 1er janvier 2024. À partir de l’exercice 2026, les compagnies maritimes devront restituer des quotas pour 100% de leurs émissions. Contrairement à l’acier, au ciment, à la chimie ou à l’aviation, le secteur maritime ne bénéficie pas de quotas gratuits. Pourtant, la filière représente environ 10% des émissions couvertes par l’EU ETS. Selon les données actuelles, le transport maritime achète chaque année près de 90 millions de quotas. Un volume qui pèse environ 20% des quotas mis aux enchères dans le système. À un prix de référence de 100 € par quota, cette contribution atteindrait environ 9 Md€ par an.
Des carburants durables encore trop coûteux
Le principal obstacle à la décarbonation du transport maritime reste économique. Les carburants durables coûtent en moyenne quatre fois plus cher que les carburants conventionnels. Les technologies propres — efficacité énergétique, propulsion alternative, équipements de réduction des émissions — impliquent également des coûts d’investissement et d’exploitation élevés. Le SMAP entend répondre à ce déséquilibre en attribuant des quotas EU ETS aux compagnies utilisant des solutions bas carbone. Le dispositif proposé couvre 55% de l’écart de prix restant pour le biogaz et les biocarburants avancés, 80% pour l’hydrogène bas carbone et les carburants bas carbone, ainsi que 90% pour les carburants renouvelables d’origine non biologique (RFNBO) et le surcoût des technologies durables.
Un risque de soutien dilué

Le problème, selon l’Ecsa, tient au volume disponible. Répartis sur 13 ans, les 110 millions de quotas proposés représentent environ 8,5 millions de quotas par an. Cependant, cela pèse moins de 10% de la contribution annuelle du secteur au dispositif. Si les demandes dépassent la réserve, le soutien accordé à chaque projet serait réduit proportionnellement. Cette insuffisance pourrait décourager les investissements dans la production de carburants alternatifs et freiner le déploiement des technologies nécessaires à la décarbonation des flottes. Or, les armateurs européens représentent déjà 44% du carnet de commandes mondial de navires capables d’utiliser des carburants durables, en tonnage.
Les conséquences pour les ports et la chaîne logistique
Pour les ports, la question dépasse le seul financement des navires. Le développement des carburants durables suppose des infrastructures d’avitaillement, du stockage, des capacités électriques et une coordination accrue entre terminaux, opérateurs maritimes et fournisseurs d’énergie. Un mécanisme SMAP plus ambitieux pourrait donc accélérer la demande de carburants alternatifs et renforcer l’attractivité des hubs portuaires engagés dans la transition énergétique. L’étude souligne aussi l’importance d’inclure les projets d’efficacité énergétique, capables de générer des économies d’émissions immédiates. Cette approche permettrait de soutenir à la fois les navires neufs et la modernisation des flottes existantes.
Vers une trajectoire conforme à FuelEU Maritime
L’Ecsa estime qu’une réserve de 330 millions de quotas resterait inférieure à un tiers de la contribution cumulée du transport maritime à l’EU ETS sur 2028-2040. Le besoin est estimé à environ 1,17 milliard de quotas. À 100 € l’unité, cela correspondrait à 33 Md€ de soutien SMAP, contre 117 Md€ d’obligations de restitution pour le secteur. Selon l’évaluation d’impact de la Commission, le SMAP pourrait contribuer à une réduction annuelle des émissions de gaz à effet de serre comprise entre 1,7 et 9 Mt de CO2 d’ici 2035, selon le financement disponible.
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