Bordeaux : une quatrième année de baisse successive en 2018

En 2018, le Grand port maritime de Bordeaux n’a pas réussi à enrayer sa tendance des dernières années et continue sa baisse de trafic. Si des éléments conjoncturels expliquent en partie ces baisses, la direction du Grand port maritime s’attache aujourd’hui à réfléchir à de nouveaux débouchés.

En 2018, le Grand port maritime de Bordeaux n’a pas pu enrayer la baisse de ses trafics qui dure depuis cinq ans. Avec 7,05 Mt, Bordeaux Port affiche une diminution de 2,9% de ses volumes. Depuis 2014, Bordeaux a perdu 17,3% de son trafic. Le trafic global du port girondin accuse un nouveau repli l’an passé. Il peine à revenir à ses niveaux du début de la décennie. En effet, en 2010, Bordeaux Port a réalisé 8,7 Mt contre 7,05 Mt l’an dernier.

Sur l’année passée, le trafic a perdu 200 000 t. Ce sont principalement les sorties qui ont souffert en enregistrant une diminution de 11% à 1,5 Mt. Les entrées se stabilisent avec un léger repli de 0,3% à 5,4 Mt. Sur les 200 000 t perdues au cours de l’année passée, la moitié, soit 100 000 t sont à mettre au passif des trafics céréaliers. Pour Étienne Naudé, directeur du développement et de la stratégie de Bordeaux Port, ce recul du trafic des céréales s’explique aussi bien par des raisons conjoncturelles que structurelles. Ce trafic étant principalement composé de maïs, la mauvaise récolte de l’an passé en raison d’une météo capricieuse a pesé dans la balance. « Nous avons subi une succession de mauvaises récoltes de maïs dans la région », avance Étienne Naudé comme explication conjoncturelle. Cependant, il analyse la situation plus largement. « Nous perdons du volume en maïs mais aussi en blé alors que nos concurrents ont vu leurs volumes progresser sur le blé l’an passé. Nous devons nous interroger sur ce phénomène. » Avec 700 400 t, le poste des céréales à la sortie perd 13%, soit plus de 100 000 t qui n’ont pas emprunter les installations portuaires. Une partie de l’explication peut venir de la baisse des surfaces cultivées en maïs dans la région et donc d’un flux moindre.

Autre secteur en forte baisse, les exportations de quartz qui ont disparu des quais girondins. Ils sont passés de 21 900 t à 85 t, soit une baisse de 99%. Ces produits sont exportés pour les besoins des industries électroniques. En 2018, l’initiateur de ces trafics a eu du retard dans le renouvellement de son autorisation d’extraction et a subi de plein fouet les grèves de la SNCF. En effet, les approvisionnements sur les quais se font par voie ferroviaire et avec les mouvements sociaux du mois de juin, la logistique a été modifiée au détriment de Bordeaux Port.

Les produits raffinés affichent une baisse de 4% à 3,59 Mt. La baisse de la consommation locale explique cette diminution mais, la réouverture des dépôts de Bayonne a aussi rééquilibrer le trafic entre les deux ports de la Nouvelle Aquitaine. « Globalement les hydrocarbures entrent encore pour une large part dans nos trafics. Nous avons rénové récemment une voie de chemin de fer pour permettre à la société DPA d’exporter ses produits vers Toulouse ».

L’arrêt la ligne MSC a bousculé la progression des conteneurs

Enfin, parmi les secteurs en baisse, les marchandises diverses enregistrent aussi une diminution conséquente de ses volumes. Le principal courant en baisse est à mettre au passif des conteneurs. Avec 39 823 EVP, le trafic conteneurisé de Bordeaux Port accuse un replis de 25,9%. Un trafic qui pèse lourd dans la balance puisque la diminution a pesé environ 110 000 t. L’arrêt de la ligne assurée par MSC depuis le mois de juillet explique largement ce retrait. Avec 10 904 EVP traités sur le terminal, MSC a divisé son trafic par deux sur l’année.

Le trafic conteneurs de Bordeaux Port a perdu 25% en 2018 en raison de l’arrêt de la ligne de MSC. L’autre opérateur sur le port girondin, CMA-CGM, a vu son trafic de conteneurs pleins progresser. ©GPMB

D’autre part, CMA-CGM a aussi dû faire face à une baisse du trafic avec une diminution de 2,3% à 28 919 EVP. Le point positif à relever en 2018 pour le groupe CMA CGM a été la progression des trafics de conteneurs pleins. Le groupe marseillais a réalisé 22 210 EVP pleins en 2018 sur le terminal de Bassens, soit une hausse de 13,9%. Pour Bordeaux Port, cette hausse se traduit par une augmentation de 15,6% à 317 349 t. Autre élément encourageant, la croissance du nombre de conteneurs traité par escale en moyenne : 622 EVP en 2018, soit une augmentation de 4%.

Pour le directeur du développement et de la stratégie, l’année 2018 n’est pas qu’une liste de déceptions puisque des trafics ont réalisé de bonnes performances. Ainsi, les exportations de pétrole brut ont progressé de 6,1% à 233 647 t. « Cette filière revient à son niveau d’avant et nous continuons à exporter », indique Étienne Naudé. Toujours dans ce courant des hydrocarbures, les entrées de gaz sont en hausse de 53,2% à 38 894 t. Des chiffres qui concernent uniquement les flux maritimes. Une partie du gaz est importé par voie ferroviaire. « Qu’il s’agisse du maritime ou du ferroviaire, les approvisionnements de gaz affichent une bonne santé ».

Un trafic prévisionnel de 200 000 t de ferrailles

Du côté des vracs solides, les ferrailles continuent de progresser en sortie, avec une hausse de 16,3% à 92 932 t. Assuré essentiellement par Derichebourg, ce courant devrait se maintenir dans la même tendance. En effet, sur le site de Bassens, où est installé le broyeur, l’industriel prévoit la mise en service de deux nouvelles chaînes de broyage. « À terme, nous prévoyons un trafic de l’ordre de 200 000 t de ferrailles depuis Bassens », confie Étienne Naudé. À l’import, le charbon et les cokes ont gagné 40% à 105 445 t, soit environ 30 000 t de plus en un an. Pour le responsable du développement et de la stratégie de Bordeaux Port, ce score tient à l’arrivée sur une année d’un navire. Toujours à l’entrée, le trafic de clinker a triplé au cours de l’année avec une progression de 186% à 98 282 t. Ce clinker est destiné à alimenter les cimenteries du groupe Lafarge dans la région. Il est réceptionné en vrac pour être ensuite mis en sac et redistribué en conteneurs. « Pour Bordeaux Port, cette logistique sur le clinker permet de fiabiliser la logistique ferroviaire ». Pour répondre à une demande qui devrait aller croissante, Bordeaux envisage de mettre en place un système avec un train plus long et une fréquence améliorée. « Il faut que nous arrivions à offrir au moins un aller et retour par semaine avec le site de réception de ce clinker qui se trouve à Tonneins. Nous réfléchissons avec le manutentionnaire Sea Invest à des solutions. » Du côté des hausses se retrouvent aussi les laitiers, le ciment, les engrais solides, le butadiène et le méthanol. Des trafics qui ont toujours existé et qui symbolisent la diversification de Bordeaux Port.

Avec ce bilan, Bordeaux Port s’interroge sur les différentes filières et leur avenir. À propos des conteneurs, l’arrêt du projet de Terminal à conteneurs du sud ouest, sur le site du Verdon, qui a certainement motivé le départ de MSC, repose la question de la conteneurisation dans la Gironde. « Nous avons des outils mais pas de compagnies. Il faut reprendre le dossier et reconstruire le projet en prenant en considération tous nos terminaux », indique Étienne Naudé. Tant au Verdon que sur le site de Bassens, Bordeaux veut analyser la situation finement avant de prendre une décision. « Les deux terminaux doivent s’intégrer dans une démarche globale qui tienne compte du passé ». Pour les collectivités locales, la demande est forte et pas seulement focalisée sur les conteneurs. Ainsi, si aujourd’hui aucun navire n’escale au Verdon, Proloisirs dispose toujours de son entrepôt avec une zone franche douanière. En 2019, le port prévoit une nouvelle progression avec un trafic d’environ 7,3 Mt. Il reste des points d’interrogation à lever notamment sur le trafic céréalier.

La régionalisation en question

Pour les prochains mois, Bordeaux a reçu une autorisation administrative pour draguer le chenal d’accès. Une enquête publique est en cours jusqu’au 2 février pour les dix prochaines années. Cette autorisation concerne le chenal et les souilles. L’opération Gironde XXL est toujours en cours. Elle prévoit de passer le chenal de navigation à 10,5 m de tirant d’eau. Une profondeur qui permettra aux navires de type handysize d’accoster aux pontons. Des unités qui correspondent plus aux attentes du marché actuel, notamment dans le secteur pétrolier qui demande des lots de 37 500 t.

La grande question actuelle touche à la régionalisation du port. Les mandats du conseil de surveillance, du directoire et du conseil de développement ont été prorogés de six mois. Le président du directoire, Christophe Masson, est actuellement en arrêt jusque fin mars. L’intérim est assuré par le directeur financier du port. De son côté la région Nouvelle Aquitaine regarde avec attention la situation du port girondin. Elle dispose de deux établissements sur son territoire avec Bordeaux et Bayonne. La réflexion lancée par le gouvernement sur la gouvernance portuaire n’est pas encore arrêtée. Pour la région, il est temps de réfléchir mais elle anticipe un peu ses conclusions. Deux personnes ont été recrutées au conseil régional pour analyser la situation portuaire locale.

id risus. quis dolor commodo ipsum vel,