Céréales : une fin de campagne sous tension

La campagne céréalière 2018/2019 touche à sa fin. Après neuf mois, les chiffres des exportations françaises sont bonnes mais la tension demeure en raison des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.

« La situation du marché reste complexe », a commencé par déclaré Marc Zribi, directeur FranceAgriMer, lors du compte rendu du conseil spécialisé des céréales qui s’est tenu à Paris le 15 mai. Une tension liée aux différents commerciaux entre les États-Unis et la Chine, le Venezuela et Libye. Les sabotages des pétroliers dans le golfe Persique et la politique américaine vis-à-vis de l’Iran sont autant de facteurs qui font craindre une fin de campagne difficile pour les opérateurs.

Les céréales françaises ont malgré tout réussi à tenir la corde tout au long de cette campagne. Les exportations de blé tendre vers les pays tiers ont progressé de 27% à fin avril à 8,5 Mt. Une hausse d’autant plus réjouissante qu’elle s’affiche à 111% par rapport à la campagne 2016/2017. L’Algérie et le Maroc sont les principaux acheteurs.

Avec 4,6 Mt de blé tendre, l’Algérie a augmenté considérablement ses ventes sur le marché français. Sur la campagne 2018/2019, le marché algérien a montré de nouvelles couleurs. Avec une production record de 3,9 Mt, en hausse de 61%, l’Algérie a réduit ses importations. Une récolte qui s’est faite en grande majorité avec du blé dur (3,15 Mt). La production locale de blé dur s’est améliorée avec des rendements plus élevés à l’hectare ainsi qu’une augmentation des surfaces. Le gouvernement d’Alger a prévu de rendre le pays autosuffisant en blé dur pour les prochaines années. La progression de cette production n’a pas empêché l’Algérie de se tourner sur le marché international pour subvenir à ses besoins, même si ces importations sont en net recul par rapport aux campagnes précédentes. La France a réussi à se hisser à la première place des fournisseurs algériens avec 55% des approvisionnements. Une position que les opérateurs français ont consolidé. À fin avril 2019, l’Algérie a importé 4,6 Mt depuis les ports français. Un chiffre en hausse de 34% par rapport à la campagne 17/18 et multiplié par trois comparativement à celle de 2016/2017.

De gauche à droite, Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre, Isabelle Chibon-Tailhan, déléguée de FranceAgriMer pour les grandes cultures, Rémi Haquin, président du conseil spécilisé pour la filière céréalière, et Catherine Cauchard, chef de projet Céré

Il ressort des derniers bilans européens que l’Algérie n’a pas fait appel aux blés allemands et estoniens au cours de cette campagne. Pour le président de FranceAgriMer, Rémi Haquin, la question se pose de savoir si la France saura tenir son rôle lors de la prochaine campagne. Plusieurs facteurs pourraient venir perturber le marché en 2018/2019. En premier lieu, le prix stable du pétrole prive l’Algérie d’une partie de ses ressources financières, notamment lors du dernier trimestre de 2018. Quant à la prochaine campagne, le président de FranceAgriMer ne cache pas son inquiétude de voir la Russie tenter de se placer sur ce marché. Un lot de 21 t de blé russe a été envoyé pour réaliser des analyses. Avec une production prévue pour la récolte 2019 en hausse, la Russie pourrait être le trouble-fête des français sur ce marché algérien. Par ailleurs, l’Argentine a toujours joué un rôle, plus modeste, et pourrait tenter de prendre, sur la prochaine campagne des positions en Algérie.

Quant à l’Égypte, elle est devenue un débouché important pour le marché français. À fin avril, elle a importé 480 000 t de blé français. Si la France se place en quatrième position des fournisseurs égyptiens de blé, derrière la Russie (3,8 Mt), la Roumanie (1,2 Mt) et l’Ukraine (535 000 t), elle a réussi à multiplié par huit ses expéditions. En mars, un navire français s’est vu refusé de décharger sa cargaison. Ce navire a fait l’objet d’une nouvelle analyse et a pu finalement livrer son blé, le taux d’ergot dans la cargaison étant revenu à des niveaux acceptables pour les autorités du Caire. Au total, l’Égypte aura importé quelques 12,5 Mt au cours de cette campagne. Selon FranceAgriMer, les achats en 2019/2020 devraient culminer à 12,3 Mt, soit une légère baisse.

Les orges subissent la bonne récolte saoudienne

Les orges françaises connaissent pour leur part une stabilité légèrement orientée à la baisse avec 2,08 Mt exportées vers les pays tiers. Une diminution de 0,4% par rapport à la campagne précédente. L’Arabie Saoudite progresse de 30% pour les exportations françaises à 699 301 t. Au cours de cette campagne l’Arabie Saoudite a réduit ses importations d’orge en raison d’une bonne pluviométrie lui permettant d’approvisionner une partie de son marché local avec sa production national. Au total, le royaume a réduit ses entrées d’orge de 1 Mt. Les conditions pluviométriques de ces dernières semaines ne laissent pas prévoir un niveau de production équivalent et l’Arabie Saoudite devrait revenir à des niveaux antérieurs dès la campagne 2019/2020. La Chine s’est aussi alimentée sur le marché français puisqu’à fin avril, elle a importé 515 371 t depuis l’Hexagone. Un flux qui progresse de 26%. Une des raisons de cette prise de marché de l’orge française sur le marché chinois peut s’expliquer par la guerre commercial sous-jacente entre l’Australie et la Chine, conséquence d’enquêtes anti-dumping menées par les autorités australiennes.

Après neuf mois de campagne, le blé tendre réalise une bonne campagne et notamment sur les exportations vers les pays tiers. Outre l’Algérie et l’Égypte qui ont constitué des débouchés importants en 2019/2019, le Maroc a vu ses importations de blé tendre français augmenter de 39% à 1,2 Mt. L’Afrique sub-saharienne tient aussi la corde sur cette campagne. Selon les derniers chiffres, cette région d’Afrique a importé 1,35 Mt de blé tendre français. « Nous constatons un retour en force sur des pays comme la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Cameroun ou encore l’Angola où nous avons expédié pour la première fois depuis deux ans 300 000 t », a expliqué Rémi Haquin.

Des imports depuis la mer Noire par voie maritime plutôt que fluviale

Quant au maïs, la situation se tend au niveau international. En premier lieu, sur le continent européen, la récolte de maïs a été fortement impacté par les conditions météorologiques. Les pays de l’Union européenne ont importé du maïs depuis la mer Noire. Avec la fin de la baisse de la demande en orge par l’Arabie Saoudite, les prix de cette céréale sont en nette baisse. Ainsi, les fabricants de nourriture animale se tournent vers l’orge plutôt que le maïs. La forte percée du maïs ukrainien sur le marché européen s’est surtout réalisé par voie maritime depuis les ports de la mer Noire plutôt que d’emprunter les voies navigables danubiennes et rhénanes dont les basses eaux ont largement fait grimper les taux de fret. En second lieu, la forte concurrence à l’exportation a eu tendance à faire baisser les prix. Aux États-Unis, principal exportateur, la guerre commerciale avec la Chine pourrait avoir un impact sur les flux de maïs dans les prochaines semaines si aucun accord n’intervient. Les conditions climatiques s’améliorent mais avec un retard conséquent sur les semis de la prochaine campagne. Ensuite, la peste porcine africaine qui touche le cheptel chinois met à mal les volumes d’importation du maïs. Avec la perte de 20% des têtes, ce sont moins de maïs et de produits pour l’alimentation animale qui sont exportés vers l’Empire du milieu. Cette année encore, en Gironde, les conditions de semis du maïs accusent un retard. Après des campagnes difficiles, c’est toute la filière girondine qui pourrait être de nouveau atteinte en 2019.

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