Conteneurs: les paradigmes changent pour les armements

Les armements opérant dans le conteneur ont publié leurs résultats pour le troisième trimestre. L’économie de ces compagnies semble avoir profité d’une amélioration des trafics et d’une hausse des taux de fret.

Une certaine dichotomie se fait jour entre les résultats financiers des armements et la réalité économique observée par les analystes. Dans son rapport trimestriel, le groupe Mærsk rappelle la situation économique international. « La croissance du trafic conteneurisé global s’est ralentie pour atteindre 1,5%, indique le groupe danois. Ce ralentissement est en adéquation avec nos prévisions. Les effets négatifs des restrictions du commerce ont aussi pesé sur la croissance du commerce international. » Sur les routes est-ouest, la croissance du trafic a perdu 0,5% à 1,5% au cours du troisième trimestre 2019 par rapport au trimestre précédent. Les importations européennes de produits chinois se sont fortement contractées passant de 5,8% de hausse au deuxième trimestre 2019 à 2,8% au troisième trimestre. Même constat du côté des États-Unis avec une baisse de 0,9% depuis la Chine. Pour Mærsk, ce chiffre reflète les conséquences de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis qui peine à trouver une issue. Ces baisses ne doivent pas faire oublier la bonne tenue des exportations européennes vers l’Asie. Des trafics, selon Mærsk, qui progressent grâce aux trafics de produits réfrigérés européens vers l’Asie touchée par la peste porcine qui manque de viande et de produits forestiers en raison de l’infestation des bois en Chine. Du côté des trafics nord-sud, la croissance est au rendez-vous avec une hausse de 0 ,7% du trafic. Une performance qui tient principalement aux liaisons avec l’Afrique qui a vu, au troisième trimestre, sa croissance affichée une augmentation de 3%. Le Moyen-Orient et le Sous-Continent indien se sont aussi bien comportés avec une croissance de 1,4% du trafic, quand, en Amérique latine, les flux régressent légèrement. Pour leur part, les taux de fret se sont situés à un niveau inférieur à ceux du troisième trimestre de l’année précédente, selon les chiffres du China Composite Freight Index. Ils ont perdu 1,7% globalement. Depuis l’Asie vers l’Europe, la baisse atteint 9% et elle se limite à 1,1% entre l’Asie et la côte ouest des États-Unis. Les hausses des taux de fret sont à mettre à l’actif des routes entre l’Asie et la Méditerranée, qui progressent de 3,6% et d’Asie vers la côte est des États-Unis. « Des incertitudes demeurent sur la capacité de la demande à se stabiliser en 2019 et en 2020 et font peser des risques sur l’état des taux en 2019 et 2020 », continue le premier armement mondial.

Mærsk affiche une baisse des trafics entre l’Asie et les États-Unis

Des analyses qui ne se matérialisent pas toujours de la même façon dans les chiffres. Pour Mærsk, le volume transporté au troisième trimestre a augmenté de 2,1% à 6,8MEVP au troisième trimestre de cette année. Une hausse des trafics qui tient principalement au développement des trafics intra régionaux. Les trafics intra-Asie ont progressé de 15% quand ceux entre les Amériques et en Europe sont aussi sur une tendance de hausse. Les liaisons avec l’Afrique, depuis l’Asie et le Moyen-Orient s’affichent aussi en hausse. Des chiffres qui ont permis de compenser les diminutions enregistrées sur les liaisons entre l’Asie et l’Amérique du nord et l’Europe. Si du côté des volumes certains secteurs indiquent une hausse, les taux de fret ne suivent pas cette tendance. Les diminutions sont générales, indique le groupe danois. Les taux de fret des liaisons est-ouest ont perdu 3,8% à 1850$/EQP au troisième trimestre en comparaison avec le trimestre de 2018. Les liaisons nord-sud n’ont pas suivi le mouvement des volumes et perdent 2,2% à 2085$/EQP. Quant aux trafics intra-régionaux, ils se situent à 1418$/EQP, soit une baisse de 4,1%.

Hapag-Lloyd profite du marché Europe et Afrique

L’armement allemand Hapag Lloyd n’a pas eu les mêmes impacts du ralentissement économique du troisième trimestre sur ses comptes à fin septembre. Sur les trois mois de l’été, le volume traité a été stable avec 3,04MEVP transportés. Sur les neufs mois de cette année, la croissance des volumes transportés atteint 1,2% à 9,1MEVP. « Un chiffre en deçà de nos prévisions du début de l’année », indique le rapport trimestriel de l’armement. Une croissance moindre des volumes mais des taux de fret en légère hausse. Globalement, Hapag Lloyd enregistre une progression de 2,7% au troisième trimestre. Sur les trois premiers mois de l’année, la hausse des taux de fret s’établit à 4,1% à 1075$/EVP. Dans le détail, les plus fortes progressions de l’armement allemands se sont réalisées sur les opérations avec l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. Sur le troisième trimestre, les taux de fret ont gagné 7,2% à 1072$/EVP en 2019, comparé à 2018 et 9,6% à 1047$/EVP sur les neufs premiers mois. Les taux de fret des routes Trans Atlantique et Trans Pacifique ont vu leur montant croître de, respectivement, 4,2% et 6,8% sur les trois trimestres de cette année. Des performances qui ont été nuancées par des diminutions des taux de fret sur les liaisons avec l’Extrême-Orient et le Moyen-Orient. Globalement, ces augmentations de volume et des taux de fret sur certaines liaisons se sont répercutées dans le chiffre d’affaires du groupe. Avec 9,4Md€ réalisés sur les neufs premiers mois, Hapag Lloyd a vu son volume d’affaires progresser de 11,7%. Dans le même temps, les coûts du transport ont progressé de façon importante en raison de la hausse du prix des soutes, des coûts d’affrètement et de la parité défavorable de l’euro face au dollar.

CMA CGM gagne grâce aux trafics intra Europe

La même situation se décline dans le groupe CMA CGM. La croissance des volumes transportés s’élève à 5,1% à 5,5MEVP. Une hausse que le groupe attribue à ses liaisons intra régionale et surtout en europe depuis l’acquisition de Containerships. Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires suit la progression des volumes avec une hausse de 25,8% à 7,6Md€. L’Ebitda du groupe a été multiplié par 2,8pour atteindre 1Md€. Une performance financière que le groupe attribue à la mise en place de la réduction des coûts appliquée depuis le début de l’année. Au troisième trimestre, le coût unitaire de l’EVP a été baissé de 25$ par rapport au deuxième trimestre et de 89$ par rapport au troisième trimestre 2018. Des résultats financiers qui viennent à point nommé avec l’intégration de Ceva Logistics dans le groupe. Dans le cadre de cette démarche de restructuration financière, le groupe CMA CGM a décidé de céder dix terminaux actuellement opérés par le groupe à la joint-venture Terminal Link détenue à 51%par le groupe et 49% par China Merchants Port. Plusieurs opérations vont permettre au groupe de récupérer plus de 2Md€.

La performance de Cosco Shipping Lines sur les lignes Europe Asie

Le groupe chinois Cosco Shipping Lines s’inscrit dans la même veine. Avec 13,9MEVP transportés sur les trois premiers trimestres de l’année, le groupe a malgré tout subi les conséquences de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis. En effet, les liaisons trans Pacifiques ont perdu 7,2% de leur volume à 2MEVP. Les trafics de cabotage en Chine ont aussi souffert avec une diminution de 1,9% de leur volume à 4,2MEVP et les liaisons intra-Asie ont faiblement progressé (+1,2% à 3,5MEVP). C’est sur les liaisons entre l’Asie, l’Europe et la Méditerranée que le groupe chinois a su le mieux résisté avec une croissance de ses volumes de 10,9% à 2,6MEVP. À la différence des volumes l’ensemble des routes enregistrent un chiffre d’affaire individuel en hausse, à l’exception des liaisons domestique en Chine. Sur les neufs premiers mois de l’année, Cosco Shipping Lines enregistre une croissance de 33% de son chiffre d’affaires à 14,4Md$.
C’est sur cette année que les armements misent pour se refaire une santé économique après avoir connu des années difficiles depuis la crise de 2008. Si globalement les résultats financiers vont vers un léger mieux, ils restent convalescents. L’application des nouvelles normes d’émission de Co2 au 1er janvier 2020 montrent que les armements vont faire face à de nouvelles difficultés. L’utilisation de scrubbers, de GNL ou de carburant à moindre émission va peser sur les résultats 2019. Or, depuis la crise de 2008 les armements ont enregistré des pertes colossales. Il faudra en 2020 ajuster au mieux l’offre de transport et la demande. Cette dernière ne devrait pas augmenter de plus de 2% l’an prochain selon le FMI et les autres institutions financières.

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