Blank Sailings : les chargeurs français tirent le signal d’alarme

Le 27 novembre, l’AUTF (Association des utilisateurs de transport de fret) a tiré le signal d’alarme face au contexte. Après les mouvements sociaux dans les ports, la crise sanitaire, l’accumulation des annulations d’escale des lignes régulières agacent les industriels.

Le 5 décembre 2019, la série noire des transports démarrait. Après de nombreux jours de grève dans le ferroviaire, les 14 jours de Ports Morts entre décembre et janvier 2020, puis le Nouvel an chinois, les deux confinements au printemps et à l’automne, les annulations d’escale des armements conteneurisés au cours de l’année, c’est toute la chaîne logistique maritime qui a souffert.

Les mesures décidées au printemps se sont prolongées

L’organisation des chargeurs français, l’AUTF, tire le signal d’alarme face à la situation. « Si chaque secteur économique a pris des dispositions pour limiter l’impact de cette crise, les compagnies maritimes ont maintenu beaucoup trop longtemps les mesures décidées au printemps 2020 : réduction de leur capacité avec retrait de nombreux porte-conteneurs, pratique intensive de blank-sailing (annulation d’escales), dont les ports français ont été particulièrement victimes, dégradation de la qualité de service, taux de fret extrêmement hauts », indique l’organisation française.

Repli sur l’est-ouest

De plus, indiquent les chargeurs, les compagnies maritimes se sont repliées sur les liaisons entre les États-Unis et l’Asie. L’effet direct a été de provoquer une pénurie de conteneurs en Europe. « Si les compagnies maritimes n’ont pas été les seules à générer la situation actuelle, elles en profitent financièrement et ont ainsi fait le choix de la prolonger », continue l’AUTF. Sans attribuer aux armements conteneurisés tous les maux de l’année, les chargeurs français accusent les compagnies d’avoir créé un déséquilibre sur le marché européen.

Des services qui désorganisent le marché

De plus, l’AUTF accusent les armateurs d’avoir organisé la désorganisation du marché avec pour conséquence des services qui ne sont pas « à la hauteur de la demande des importateurs et exportateurs. » Pour enfoncer le clou, face à ce marché flou, les armateurs ont été plus loin en imposant des surcharges. Le communiqué de l’AUTF souligne que les compagnies maritimes « ont enfin dénoncé certains accords relatifs aux franchises de détention et de surestaries, et pratiqué du surbooking (taux de remplissage des navires avoisinant les 110%) qui leur a permis de refuser le chargement de certaines marchandises qu’elles jugeaient moins rentables. »

Des taux de fret multipliés par trois

Les chargeurs français s’indignent de la situation. Ils accusent les compagnies maritimes de ne pas respecter les engagements souscrits. « Sur le marché spot, privilégié par les compagnies maritimes par rapport au marché contractuel, au niveau des importations, une augmentation des taux de fret allant jusqu’à trois fois le taux de fret initial a été constatée, conséquence directe de cette pénurie orchestrée, réduisant techniquement l’offre. » Quant aux exportations, les chargeurs rencontrent des difficultés à expédier leurs marchandises. « Afin de limiter les risques et sécuriser les expéditions, les bookings doivent désormais être passés dans des délais de 50 jours en moyenne à l’avance, contre 10 jours auparavant. Dans ce cas figure, l’impact financier et commercial est considérable. »

Revenir aux fondamentaux du transport maritime

Pour rétablir la confiance entre chargeurs et armateurs, l’AUTF appelle à « un retour à la base du transport maritime : notion de service, prévisibilité et régularité ». Et ces principes sont d’autant plus amenés à devoir s’appliquer que la Commission européenne a prolongé l’exemption pour les armateurs des consortia. Dans son exposé des motifs, la Commission a demandé aux compagnies maritimes de maintenir un niveau de service élevé. « Ce qui n’est manifestement pas le cas aujourd’hui et depuis de nombreux mois », continue l’AUTF.

Des actes attendus

Dans ce contexte, les chargeurs attendent des actes. « Nous serons très attentifs au positionnement des compagnies maritimes sur la fixation des taux de fret pour 2021. » Ils rappellent que les compagnies maritimes ont connu un climat économique favorable au cours de l’année avec des résultats financiers meilleurs grâce à un marché du carburant en baisse. Une analyse que la publication des résultats tempère.

Interpellation de la Commission européenne

Enfin, l’AUTF se joindra à l’appel de l’European Shippers’ Council qui interpellera la Commission européenne sur la nécessité de mieux encadrer et réguler le marché du transport maritime de conteneurs dans un futur proche et de mener en 2021, une investigation sur les agissements des acteurs concernés.