Vracs secs : les armateurs se tournent vers 2021 pour oublier 2020

Après une année difficile pour l’économie mondiale, le monde des vracs secs a souffert. Les flux se sont réduits. Pour les armements, l’impact de cette situation se fait encore ressentir au troisième trimestre. Les prévisions pour 2021 sont plus optimistes.

L’année 2020 se termine sur une note plutôt négative. Après le début de l’année marquée par les mouvements sociaux en France, le premier semestre a été marqué par le premier confinement et la difficile reprise pendant l’été. La seconde vague en Europe a encore ralenti l’économie. Autant de facteurs qui ont marqué le monde des vracs secs.

La relance de l’économie

Dans son rapport trimestriel, l’armement sud-coréen Pan Ocean souligne les perspectives positives pour les prochains mois. « Malgré les tensions entre les États-Unis et la Chine et une tendance forte de la sortie du charbon pour l’électricité, le transport maritime devrait revenir à des niveaux de 2019 aux environs de 53Mdt avec la relance de l’économie ».

Faiblesse économique de certains pays

Une analyse du marché partagée par Star Bulk. « En 2020, les trafics de vracs solides devraient se contracter de 2,3% en tonnes-miles. La pandémie de la Covid 19 et les barrières aux frontières ont marqué cette année », indique le rapport trimestriel de l’armement grec. La Chine demeure le moteur de cette filière avec une consommation importante de minerais de fer, de soja et de bauxite. « Le reste du monde, continue le rapport trimestriel, affiche toujours une faiblesse économique avec une baisse des échanges de charbon et le second confinement causant toujours des incertitudes sur l’avenir ».

Sortir du charbon a des effets pour les pays émergents

Le commerce de charbon demeure un élément essentiel pour l’industrie des vracs secs. Dans une étude publiée par le Fonds monétaire international, les auteurs, Christian Bogmans et Claire Mengyi Li, rappellent que la tendance vers une sortie du charbon pose de nombreux soucis pour leur économie nationale. « Encore vigoureuse, la demande de charbon contribue au développement économique des pays émergents. Malgré tout, nombre de pays aspirent à un avenir durable et ont amorcé leur sevrage des combustibles fossiles, à plus forte raison du charbon. Leurs efforts se heurtent cependant à des obstacles difficiles à surmonter et le sort des nombreux travailleurs dont le gagne-pain dépend de l’industrie houillère n’est pas le moindre. » Malgré cette tendance, le trafic de charbon devrait perdre 9,9% en 2020. Les tensions commerciales entre la Chine et l’Australie ainsi que les soucis de production en Colombie ont affecté ce marché.

Céréales: le rôle majeur de la Chine

Les autres flux des vracs secs affichent pour leur part une progression en 2020 de leurs volumes. Les trafics de minerais de fer sont estimés devoir augmenter de 1,7% sur l’année. La demande est essentiellement tirée par la Chine qui continue de produire dans ses usines sidérurgiques. De plus, le Brésil reprend un rythme plus soutenu de ses exportations après avoir subi les effets de la rupture d’un barrage dans une mine en 2019. Dans le reste du monde, la production d’acier s’établit en négatif aux environs de -12%. Quant aux céréales, la campagne qui s’est achevée en juillet 2020 dans l’hémisphère nord a vu ses volumes augmenter. Encore une fois, la Chine a joué un rôle majeur dans ces flux en augmentant sa demande et diversifiant ses origines.

Petits vracs: la bauxite a sauvé l’année

Enfin, les petits vracs affichent un retrait de 3,7% en 2020. La principale cause de ces diminutions de volume tient aux effets de la pandémie qui a ralenti une partie de l’activité du BTP pour les trafics de ciment. Les autres vracs de cette catégorie ont aussi souffert du ralentissement économique pendant la pandémie. Seule la bauxite a permis de ralentir cette chute avec une forte demande depuis l’Afrique de l’ouest vers la Chine. Une dynamique qui a surtout profité aux navires Capesizes.

Hausse de la flotte

À la lumière de ces facteurs économiques, les indices des taux de fret ont connu en 2020 des variations importantes. Sur le premier semestre, le BDI (Baltic Dry Index) a atteint un plancher à 1700 points. « Les fondamentaux du marché demeurent fragiles », indique le rapport de Danish Ship Finance de décembre. En effet, la baisse de nombreuses filières de cette industrie s’est accompagnée d’une hausse de la flotte. Dans son rapport, le Danish Ship Finance indique que « la flotte continue de croître.”

Démolitions en hausse pas suffisante

L’arrivée de nombreux Capesizes et de Panamax a engendré une hausse de 3% de la flotte de ce type de navires sur les neuf premiers mois de l’année. » Les démolitions de navires ont aussi continué d’augmenter. « Cela n’a pas permis de compenser une hausse de 29% de cette catégorie. » L’effet positif de ce regain d’intérêt pour le scrapping des Capesizes et des Panamax montre une baisse de l’âge moyen des unités en activité. L’âge moyen des navires démolis en 2020 est passé à 26 ans, contre 28 ans en 2019.

NYK perd 20%

NYK a perdu de son volume d’affaire notamment en raison du prolongement de la saison humide. ©NYK Bulk division

Ces différents éléments se traduisent dans les rapports trimestriels du troisième. Ainsi, NYK souligne que malgré la bonne tenue des trafics de minerais de fer et de soja vers la Chine, les autres filières ont accusé une baisse, notamment en raison du prolongement de la saison humide au Brésil qui a empêché la bonne logistique des exportations. Ainsi, le chiffre d’affaires de la division vracs secs de l’armement nippon a perdu 20,6% à 317,9 MdYen (2 511 M€). Cette division intègre aussi le trafic automobile.

Star Bulk gagne en rentabilité

Même tendance chez Star Bulk. Le chiffre d’affaires lié aux affrètements perd 19,4% à 200,2 M$ au troisième trimestre. Les gains de ces voyages affichent pour leur part une augmentation de 4,95% à 137,8M$. La baisse des soutes et la diminution des coûts d’exploitation ont permis de redresser la barre au cours de ce trimestre. Enfin, chez Pan Ocean, la division des vracs secs a vu son chiffre d’affaire perdre 24% à 356,7 MdKrw (27,1 M€). Le résultat opérationnel perd 4% à 56,1 MdKrw (4,2 M€).

Perspectives optimistes pour 2021

Star Bulk prévoit une augmentation des flux en 2021. © Star Bulk

Alors, si le marché s’est avéré difficile en 2020, les perspectives pour 2021 sont plus optimistes. Les rapports trimestriels des armements tablent sur une reprise de l’économie l’an prochain. Dans la dernière livraison de son rapport sur l’économie, publié en décembre, le commerce mondial devrait revenir à des niveaux plus élevés. Il estime qu’en 2021 et 2022, l’économie pourrait croître, globalement, de 4,25% par année. Un chiffre qu’il faut mettre en parallèle à la diminution de 10,25% du commerce international en 2020. « Cette baisse d’activité économique équivaut à celle intervenue pendant la crise financière des années 2000. Pendant la pandémie, la diminution de l’activité économique a malgré tout été plus importante », souligne le rapport de l’OCDE.

Un carnet de commande en baisse

Une analyse que le Danish Ship Finance partage. Après la prudence jouée par les opérateurs dans le monde des vracs secs, le carnet de commande a tendance à se réduire. « Cela pourrait amener à un meilleur équilibre entre l’offre et la demande, à condition d’une discipline de la part des opérateurs », continue l’institution danoise. Pour les experts danois, ces prévisions profiteront plus aux navires de type Handymax, Handysize et Panamax. En effet, les Capesizes vont être confrontés à la tendance d’une réduction de l’utilisation du charbon dans la production électrique.

Retour à la hausse des petits vracs

La bauxite aujourd'hui, le minerais de fer demain
© Ministère des mines de Guinée Conakry

Dans un terme plus court, en 2021, tous les signaux sont au vert. Les minerais de fer devraient continuer sur leur lancée avec une augmentation de 3% des volumes échangés. Le charbon, même s’il reste un sujet de préoccupation, continuerait de progresser de 4,7% en tonne-miles selon le rapport de Star Bulk. Une hausse liée à la Nina, phénomène climatique de refroidissement de l’été austral dans l’hémisphère sud. Les flux céréaliers continueraient de progresser mais à un rythme moindre. Les prévisions tablent sur une hausse de 2,1% de leur flux. Quant aux petits vracs, ils devraient repartir à la hausse en 2021 avec une hausse de 5,9% en 2021. Ils seront toujours poussés par la bauxite et peut-être le ciment si l’activité du BTP se maintien.

L’effet long terme de la Covid 19

L’ensemble de ces prévisions part d’un principe : la pandémie de la Covid 19 devrait cesser en 2021. Or, si la vaccination peut résoudre un certain nombre de problèmes, les changements intervenus en 2020 pourraient se prolonger dans le temps. Ainsi, la consommation des ménages n’est pas assurée de repartir à la hausse aussi fortement qu’avant la crise sanitaire. L’effet Covid 19 pourrait durer encore plusieurs années.