Céréales : quand la chine réveillera les exportations françaises

Les chiffres à fin septembre des trois premiers mois de la campagne céréalière indiquent un léger rebond de prévisions d’exportation des blés tendres français vers les pays tiers. L’intervention de la Chine sur le marché pourrait jouer un rôle moteur.

La campagne céréalière 2020/2021 s’apparente à un roman policier avec des rebondissements à toutes les pages. Après une récolte calamiteuse des blés français et des prévisions d’exportation difficile, la Chine est venue redonner du baume au cœur.

Baisse de la collecte de blé tendre

Dans sa présentation des chiffres au 14 octobre, FranceAgriMer estime la collecte de blé tendre en France à moins de 27 Mt, soit 300 000 t de moins que les prévisions du mois dernier. L’utilisation du blé tendre pour les exportations de farine sont estimées en baisse de 10 000 t. Ces données sont contrecarrées par une demande en provenance de la Chine en forte hausse.

Baisse de 37% des flux sortants

Selon les derniers chiffres de FranceAgriMer, la France devrait exporter au cours de cette campagne environ 13,1 Mt vers l’Union européenne et les pays tiers. Un chiffre en net retrait par rapport à la campagne précédente. Elle a affiché des flux en sortie de 21 Mt. Au total, cette campagne céréalière reste en retrait de 37%. Des exportations qui s’établissent à 6,4 Mt pour les échanges avec l’UE et de 6,7 Mt vers les pays tiers.

Chine: premier acheteur de blé français

Un élément nouveau est apparu dans ce début de campagne. La Chine entre parmi les premiers acheteurs de blé français. Une progression des achats de l’Empire du milieu liés à plusieurs facteurs pour l’organisme d’État :

  • Une récolte chinoise en baisse ;
  • La reconstitution plus rapide que prévue du cheptel porcin décimé par la peste porcine ;
  • L’essor des élevages avicoles en Chine ;
  • La probable reconstitution des stocks de sécurité en prévision d’une nouvelle vague de la pandémie.

Au total, sur les trois premiers mois de la campagne, la Chine a acheté 360 000 t de blé français. Un élément important pour les ports français céréaliers comme Rouen, La Rochelle, Dunkerque et Marseille-Fos. « Reste à évaluer la pérennité d’un tel dynamisme à moyen terme, même si la France est aujourd’hui l’un des rares pays habilité à exporter vers cette destination », indique FranceAgriMer.

Chine et Algérie à égalité

Sur ce début de campagne, les exportations de blé tendre français se réalisent sur trois destinations majeures. L’Afrique subsaharienne entre pour 29% avec 369,7 Mt. La Chine et l’Algérie pèsent chacune 28% avec, respectivement, 363,4 Mt et 360,6 Mt. Cette nouvelle donne des flux des céréales s’explique notamment par la compétitivité des blés français face à ses concurrents de la mer Noire. La hausse des prix du blé sur le marché mondial donne aux blés français un avantage face à ses concurrents.

Bonne année pour la Russie, moins pour l’Ukraine

Du côté de la mer Noire, la Russie voit sa production augmenter de 5 Mt à 83 Mt. Elle disposera d’un volume exportable de 39 Mt, soit en hausse par rapport à la campagne précédente. Cependant, les négociants semblent vouloir faire de la rétention. Ils n’ont pas un besoin de financement urgent pour les semis d’hiver et préfèrent sans doute attendre des taux plus élevés pour vendre leur production. Pour sa part, l’Ukraine souffre des conditions météorologiques. La production et les exportations devraient se réduire au cours de sa campagne. Les derniers chiffres pour l’Ukraine font état d’un volume exportable de 30,5 Mt, soit une baisse de 2 Mt.

Algérie en retrait

Première importatrice de la production française sur les précédentes années, l’Algérie reste en léger retrait. Le début de campagne timide de l’Algérie peut s’expliquer par les achats massifs en fin de campagne précédente dans un contexte de crise sanitaire. Par ailleurs, Alger a imposé des nouvelles normes pour les importations de blé. Le taux de grains endommagés par les insectes ne doit pas dépasser 0,5% pour les blés avec un taux de protéines de 12,5% Ce taux est ramené à 0,1% pour un taux de protéines de 11%. Ces dernières limites sont respectées par les blés français. Les blés de mer Noire n’entrent pas dans ce cadre. Ils pourraient faire les frais et laisser la place à d’autres origines.

Blés argentins génétiquement modifiés

Un autre élément nouveau vient se greffer dans cette campagne. L’Argentine a autorisé les blés génétiquement modifiés. Ils permettent de résister plus efficacement contre la sécheresse. Le blé argentin est principalement destiné au marché brésilien. Si le gouvernement de Brasilia autorise ces grains, ce sera le premier pays au monde a accepté des blés génétiquement modifiés. Il est encore trop tôt pour savoir s’il s’agit de l’ouverture d’une brèche ou d’un effet d’annonce.

L’analyse d’Agritel : une tension probable sur les marchés:
La situation du marché céréalier sur les trois premiers mois a connu des évolutions. Sébastien Poncelet, directeur du développement d’Agritel constate la hausse des prix des céréales. « Les prix des céréales retrouvent à ce jour leurs plus hauts niveaux depuis six ans : la demande soutenue de la Chine est totalement inédite et nous assistons probablement à un changement de paradigme sur le marché des grains. » La situation pourrait partiellement être expliquée par une baisse de l’offre : les récoltes de blé ont été très mauvaises en France et en Europe. La production de maïs, impactée par la sécheresse du mois d’août en Ukraine, aux États-Unis et en Europe, est inférieure aux prévisions. Le regain de tension sur les prix repose essentiellement sur une explosion de la demande de la Chine, imprévisible il y a encore quelques mois. Selon Agritel, le total des achats de maïs par la Chine en provenance des États-Unis, et dans une moindre mesure d’Ukraine, pourrait dépasser les 20 Mt, soit cinq fois plus que la moyenne annuelle des volumes importés depuis 5 ans. Pour le cabinet, ce contexte va favoriser le blé français.
La crise de la Covid 19 a probablement encouragé la Chine, à redoubler de vigilance sur la sécurisation de ses stocks alimentaires en multipliant les achats. Car une question cruciale persiste : que sont devenus les stocks records de maïs évoqués par le gouvernement chinois depuis des années ? Au-delà des chiffres officiels, certains éléments laissent deviner une situation extrêmement tendue pour le maïs. Face à la croissance de la demande domestique, le déficit se serait creusé d’année en année, et la Chine semble être aujourd’hui dos au mur. « Cela expliquerait l’empressement avec lequel la Chine a signé le dernier accord commercial avec les États-Unis avec l’engagement d’acheter des quantités considérables de produits agricoles américains » ajoute Sébastien Poncelet.
Mais les conséquences de l’appétit chinois pourraient précipiter les marchés vers une situation plus inquiétante : « Trop sollicités, les stocks des pays exportateurs de maïs, de soja et même de blé pourraient se tendre rapidement », conclu Sébastien Poncelet.
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