Marseille-Fos : Après le trou d’air des mouvements sociaux, le Pacte d’engagement doit relancer le port

L’année 2019 s’est terminée, pour le Grand port maritime de Marseille-Fos sur une note décevante avec une baisse de 2% de ses trafics. Les mouvements sociaux de décembre et janvier ont pesé lourd dans la balance. Pour relancer l’activité du port, la directrice du développement du GPM, Christine Rosso, explique les étapes du plan de relance.

L’année 2019 avait plutôt bien démarrée pour le Grand port maritime de Marseille-Fos. En septembre, le port a affiché une croissance de 7% de son trafic conteneurs. « Nous étions une des meilleures progressions européennes », souligne Christine Rosso, directrice du développement du GPM de Marseille-Fos. Le dernier trimestre a pesé lourd sur les résultats annuels. Globalement, en fin d’année, le port phocéen termine l’année avec une baisse de 2% à 79 Mt. Une diminution qui tient principalement aux vracs solides qui s’orientent vers le bas avec une perte de 15% de ses volumes à 12,7 Mt. Les principaux vecteurs de pertes sont à mettre au passif de la filière sidérurgique qui régressent de 8% à 8,5 Mt. La bauxite a notamment perdu une partie de ses volumes en raison des difficultés de Alteo. Sans avoir pu compenser les lourdes pertes sur la filière sidérurgique, les céréales, d’une part, et les vracs agro-alimentaires, d’autre part, affichent une hausse de 36% de leurs flux. Les autres vracs sont dans une situation plus difficile avec une diminution de 32% de leur courant. « Nous sommes passés d’un approche de massification des vracs solides vers une spécificité en développant des filières et des acteurs. Ils ont besoin d’installations pour développer des flux qui sont moins volumineux mais qui offrent au port une diversification de ses trafics », continue la directrice du développement.
Les vracs liquides sont, pour leur part, dans une tendance positive avec une hausse de 1% de leur trafic. Ils s’élèvent à 45,6 Mt. Une filière tenue par les bio-carburants et les vracs alimentaires qui sont en forte hausse. Le GNL maintien sa croissance avec une progression de 5% de ses flux à 5,9 Mt. Quant au pétrole brut, et toute la filière de la pétro-chimie, elle se stabilise globalement. Seuls les produits raffinés accusent le coup de ce courant avec une baisse de 4% à 11,5 Mt.

Conteneurs: +7% à fin septembre

Enfin, les marchandises diverses affichent une belle performance en 2019. Les quais phocéens ont limité les pertes liées aux mouvements sociaux de décembre et terminent l’année avec un trafic de 1,4 MEVP, en progression de 4%. Des trafics boostés par les investissements réalisés au cours des dernières années sur le port. Les opérateurs privés n’ont eu de cesse d’investir sur les portiques et les cavaliers, leur permettant d’améliorer les performances et le rendement. Quant au GPM, il investit lourdement dans les infrastructures. « Chaque année le GPM se dote d’une enveloppe de 60 M€ en moyenne pour ses investissements », indique Christine Rosso. Les travaux menés sur « la rotule », ce comblement du quai séparant les terminaux dʼEurofos et Seayard à Fos-sur-Mer, s’achève. Ils devraient être opérationnels en mai. Le ferroviaire n’est pas en reste avec la liaison entre les terminaux à Fos dont les travaux doivent s’achever en 2021. Les terminaux situés à Marseille ne sont pas oubliés et plusieurs investissements sont prévus. Dans la même catégorie de flux, les conventionnelles ont réalisé un score honorable avec une hausse de 4% à 2,5 Mt. Seule baisse dans ce courant, le roulier accuse un repli de 1% à 4 ,4 Mt. Le port est principalement orienté sur les exportations sur le pourtour méditerranéen. Le trafic de voitures neuves se réduit après avoir connu une année 2018 forte.  Après les atermoiements de 2019, la direction du développement du GPM s’oriente vers une extension de son périmètre. « Nous pouvons aller au-delà des rives méditerranéennes. Nos infrastructures sont dimensionnées pour chercher de nouveaux débouchés plus à l’est et plus au sud », indique la directrice du développement sans citer de destinations précises.
Le GPM de Marseille-Fos a réussi à limiter les effets négatifs des mouvements sociaux de fin d’année. Le mois de janvier avec les jours d’arrêts a impacté les opérateurs marseillais. En février, les opérateurs ont rapatriés bon nombre de conteneurs en souffrance. Un premier effet de retour de trafic. Le mois de mars et l’impact du Covid19 sont encore difficiles à mesurer. « Nous subissons, comme tous les autres ports, les effets de blank sailings des armateurs. Il est compliqué de faire du prévisionnel dans les conditions actuelles », nous a indiqué la directrice du développement le 13 mars, même si les premiers signes de redémarrage en Chine se font jour. « Nous restons malgré tout dans une dynamique d’avenir ».

Les mouvements sociaux ont coûté plus de 200 M€

La direction du port doit intervenir avec une approche quotidienne. Cela ne l’a pas empêché de se pencher sur les éléments de la relance portuaire dès le début du mois de janvier. Sur les quais marseillais, la majorité des entreprises sont des PME et de ETI (entreprises de taille intermédiaire). Alors, prendre des mesures devait se faire en regard de la capacité de chacune de ces entreprises. Dès le début de l’année, et avec l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de nouveaux mouvements sociaux, la direction du GPM de Marseille-Fos a décidé de jouer le jeu de la cohésion de classe avec un accord collectif pour sortir de la crise. Signé par tous les partenaires de la place le 20 février, le Pacte d’engagement vise à permettre au port de retrouver son activité « dans la dynamique qui est la nôtre depuis 10 ans ». Au total, et selon les premières prévisions, l’impact des mouvements sociaux de décembre et janvier ont coûté plus de 200 M€ au port et aux professionnels. Pour retrouver la confiance de ses clients, les opérateurs ont prévu ce Pacte d’engagement qui se concentre sur deux axes : un plan de relance régional avec un soutien de la Région pour les entreprises locales, d’une part. Et, d’autre part, une stratégie portuaire commerciale. Les actions se déclinent selon leur terme. Sur le long terme, les acteurs veulent conserver le côté innovant de la place avec ses six filières d’excellence. De plus, le port veut avoir une action pour proposer du sur-mesure à ses clients. Le modèle économique doit s’appuyer aussi sur des actions avec des spécificités de services. Il en est ainsi pour des petits vracs solides qui doivent s’ancrer sur le port en proposant des dispositions particulières selon leur besoin propre.
Sur le moyen terme, le port a prévu une réduction de 50% des droits de port pour les nouvelles lignes pendant deux ans. Une réduction directement prise sur les finances du port. Ensuite, les différents services du port souhaitent accompagner les projets d’investissement des opérateurs. « Nous voulons accompagner et anticiper les projets de nos clients. Cet accompagnement ne se fera pas uniquement sur l’aspect financier mais aussi d’un point de vue technique », souligne Christine Rosso.
Enfin, sur le court terme, les mesures prévues par la place portuaire portent sur la gratuité des frais de stationnement pendant les 13 jours de grève entre décembre 2019 et janvier 2020. Ce coût sera pris en charge par les manutentionnaires, qui pourront les répercuter sur les opérateurs logistiques. Autre mesure, les armateurs opérant dans les filières roulier (trafics de Ro-Pax et de voitures neuves) et conteneurs bénéficieront d’une ristourne de 30% sur les services maritimes, à savoir pilotage, lamanage et remorquage. Au total ces différentes mesures devraient avoir un coût d’environ 5 M€ qui viendront s’ajouter aux aides prévues par la Région.

Une fiabilité sans faille pendant dix ans

Depuis l’annonce de ce Pacte, le GPM a contacté l’ensemble des clients pour les informer. « Avec les mouvements sociaux, les chargeurs se sont posés des questions, et cela est bien naturel. Nous voulons leur apporter notre soutien pour revenir sur nos quais. » Et du côté de la direction du développement, il est fait mention de la fiabilité sociale qui a perduré pendant une décennie au port. La compétitivité portuaire ne s’est pas dégradée au cours de cette décennie. « Au cours des dernières années, Marseille-Fos a vu son trafic croître de 60% sur les conteneurs, quand la moyenne européenne a été de 40% », avec une nuance de taille, en proportion du nombre de nouveaux conteneurs le différentiel est moindre. Et la direction cite des exemples de chaînes logistiques qui utilisent le port phocéen pour desservir des régions lointaines. « Une approche économique et financière de la chaîne logistique montre que Marseille-Fos reste une place de choix pour des opérateurs pour des vracs ou des marchandises diverses. Nous avons traité des flux destinés à la Hongrie sur nos quais », rappelle Christine Rosso pour expliquer la compétitivité de la place marseillaise.

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