Rochefort et Tonnay Charente : le versant européen du pôle portuaire charentais

Le pôle portuaire charentais ne se limite pas au Grand port maritime de La Rochelle. Les deux sites de Rochefort et Tonnay-Charente jouent un rôle non négligeable pour l’économie locale. En 2019, les trafics ont subi les effets de la campagne céréalière. Pour le gestionnaire des deux sites, le Syndicat mixte du port de commerce de Rochefort/Tonnay-Charente, le schéma d’aménagement de ces deux sites doit porter le développement du Port Charente Atlantique.

De Tonnay Charente à La Rochelle en passant par Rochefort, la Charente a su faire de son économie portuaire une véritable dynamique. En accédant au statut de port autonome puis de Grand port maritime, le site de La Rochelle occupe le devant de la scène. Or, à quelques kilomètres de là, les sites de Rochefort et de Tonnay-Charente participent activement à faire de ce trépied portuaire un véritable pôle complet. Rochefort et Tonnay-Charente sont gérés par la CCI Rochefort Saintonge et exploités par le Syndicat mixte du port de Commerce Rochefort/Tonnay-Charente. Ils sont regroupés sous la dénomination de Port Charente Atlantique. « Nous travaillons avec le GPM de La Rochelle et nous entretenons des relations de bonne entente. Nous devons encore apprendre à mieux nous connaître pour tendre vers ce qui pourrait être un véritable pôle portuaire charentais et ce, malgré nos différences de statut », explique Céline Vrion, directrice du syndicat mixte du port de commerce Rochefort/Tonnay-Charente.

Un trafic de 634 211 t en 2019

Sur les sites de Rochefort et Tonnay-Charente, les trafics sont moins volumineux que ceux de La Rochelle. Avec 634 211 t, les ports du syndicat mixte réalisent moins de 10% de celui de l’autre port charentais. Des trafics qui sont malgré tout important puisque les entreprises destinataires ou expéditrices de ces ports se situent dans un rayon de 50 km. La preuve par les faits que le cabotage européen à un avenir. En 2019, le trafic a connu une baisse de 24,3%. Après deux années de hausse, en 2017 et 2018, Rochefort et Tonnay-Charente marquent une pause. « Le net recul de nos volumes sont dus en partie aux trafics céréaliers de Tonnay-Charente », explique Céline Viron. Le port de Tonnay-Charente exporte une grande partie des céréales vers l’Europe. Or, en 2019, les trafics de maïs vers le Portugal au départ de ce site ne se sont pas réalisés en raison de la mauvaise récolte. D’autres exportations de céréales vers la Grande-Bretagne ne se sont pas réalisées en 2019 en raison des incertitudes liées au Brexit. Deux éléments qui ont chahuté le volume de Tonnay-Charente qui totalise 191 240 t, en baisse de 41%. Au final, ce port voit ses volumes se réduire considérablement pour être inférieurs à ceux de 2016, une autre mauvaise année du port. À l’import, Tonnay-Charente réceptionne des matériaux de construction qui ont aussi chuté en raison de l abaisse de l’activité du BTP dans la région.

Rochefort en repli de 13%

Le site de Rochefort a mieux résisté même si les trafics sont en nette baisse. Avec 442 271 t, Rochefort enregistre un repli de 13%. À la différence de Tonnay-Charente, Rochefort est avant tout un port d’import. Il réceptionne une grande partie d’engrais et de bois pour la région. À l’export, Rochefort traite des métaux pour le marché européen.
Ce contexte difficile des deux ports charentais n’affecte pas les projets d’avenir. Même si le trafic céréalier a subi les contrecoups de la campagne céréalière en 2019, la Sica Atlantique, qui gère le silo de Tonnay-Charente, reste confiante dans l’avenir du site. De nouveaux flux se sont faits jour ces derniers temps. Des pois sont exportés en Europe et du maïs tracé vers l’Allemagne. Il s’agit de maïs dont l’origine est tracée pour entrer dans des aliments bio. Sur le site de Rochefort, des courants comme la ferraille ont fait leur retour depuis deux ans et pourraient monter en puissance, indique la directrice du syndicat mixte. Plusieurs entreprises dans un rayon proche recyclent de la ferraille et pourraient utiliser les installations portuaires. Intégré dans le système de l’économie circulaire, Rochefort vise aussi des trafics de pneus broyés. Les deux sites portuaires ont su se placer sur les trafics de produits forestiers. Les importations de bois sciés sont en augmentation. Une filière de copeaux de bois à l’export pourrait voir le jour. La filière du BTP est aussi examinée à la loupe. Rochefort et Tonnay-Charente importent les besoins locaux pour cette industrie. Des treillis soudés sont acheminés par le port pour une utilisation locale. Des contacts sont pris aussi pour des importations de ciments pour la société Aalborg Portland. Des pistes qui pourraient se concrétiser dans le courant de l’année. « Nous avions une bonne dynamique en début d’année sur le BTP mais la crise sanitaire et l’arrêt des chantiers a amené ces trafics à marquer le pas », souligne Céline Viron.

Un silo au potentiel intéressant pour les négociants

Quant au site de Tonnay-Charente, il dépend en large partie de la campagne céréalière. « Nous avons l’avantage, avec le silo de la Sica, de disposer d’un outil avec de nombreuses cellules pour y stocker des céréales de qualités diverses. Cela nous offre un potentiel important ». Au final, en 2020, Céline Viron espère un trafic 2020 équivalent à celui de l’année passée. Le site de Tonnay-Charente dépend plus fortement de la récolte céréalière.

Le port de Rochefort a accueilli 442 271 t, principalement à l’import. Un trafic constitué surtout d’engrais et de bois. ©Syndicat mixte du port de Commerce de Rochefort/Tonnay-Charente.

Des projets qui doivent s’accompagner de la mise en service de nouvelles réserves foncières. Le 23 janvier, la secrétaire d’État à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, le président de la Région Nouvelle Aquitaine, Alain Rousset, la Préfète de la Région, Fabienne Buccio, la vice-présidente en charge de l’économie auprès de la Caro (Communauté d’agglomération de Rochefort Océan) et les différents partenaires ont inscrit le développement du port de Rochefort/Tonnay-Charente au contrat Territoire Industrie. Ce contrat prévoit un schéma d’aménagement et de développement du port avec trois objectifs majeurs : faire des zones industrialo-portuaires un pilier de l’économie de l’agglomération, renouer les liens entre la ville et les ports et, enfin, améliorer la résilience vis-à-vis du risque d’inondation. Unprojet qui représente une enveloppe globale de 60M€ financée en partie par les collectivités territoriales et les acteurs économiques des places portuaires.

Trois zones pour les affecter à des activités de logistique portuaire

Ce schéma va se décliner sur chacun des deux sites. À Rochefort, le principal axe de développement se fera par une nouvelle offre de zones pour les opérations de logistique portuaire. Trois zones de terrains sont actuellement examinées. La première vise les sites le long de l’avenue de la Libération à Rochefort. Ces sites inondables sont actuellement occupés par des habitations. « Nous avons étudié avec les services portuaires quels sont les matériaux que nous pourrions entreposer dans des hangars installés sur une zone inondable. Plusieurs produits ne présentent pas de risques si les hangars sont inondés. Nous pouvons donc nous développer sur ces terrains », continue Céline Viron. La seconde zone vise des terrains qui sont qui se situent entre le port et le site du lycée Dassault. Le projet pour transformer ces terrains en zone portuaire signifie aussi de déclasser une portion de la route qui les traverse. Enfin, la troisième zone concerne des actions de maîtrise foncière dans l’environnement proche du port qui devraient permettre à court terme, après les travaux de remise en état, de mettre à disposition de l’activité portuaire des terrains maîtrisés aujourd’hui par la Caro (Communauté d’agglomération de Rochefort Océan).

Tonnay-Charente: délester le centre-ville du passage de camions

Sur le site de Tonnay-Charente, le développement passe par un préalable : la réalisation d’une voie de desserte portuaire qui règlerait également une menace grave de sécurité routière dans Tonnay-Charente. Le centre-ville de Tonnay-Charente, situé à proximité des établissements scolaires, est en effet aujourd’hui traversé par plus de 10 000 camions/an avec une augmentation prévisible à court terme de 12 500 camions/an au regard des perspectives de développement des activités des entreprises déjà présentes sur site. D’un point de vue pratique, Tonnay-Charente doit développer sa capacité de traitement de produits vracs d’importation et d’exportation en complément du site de Rochefort. L’autre axe de développement doit permettre au site de se développer sur des activités liées à l’industrie du nautisme comme la maintenance, la construction et la déconstruction.
Après ces réalisations, le Syndicat mixte envisage de réactiver le système ferroviaire pour connecter Rochefort et Tonnay-Charente au réseau ferré national. « Nous sommes sur un avenir beaucoup plus loin », indique Céline Viron.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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