Croisières en France : reprise prévue à partir du 30 juin



La reprise d’activité des croisières en France se fera à partir du 30 juin. Une date hypothétique dans la mesure où elle tient aux conditions sanitaires. Nous reprenons ci-dessous un article de Mer et Marine de Vincent Groizeleau.

Le gouvernement français prévoit une reprise des croisières dans les ports de métropole à compter du 30 juin, pour la quatrième et dernière étape du déconfinement. Cela, sous réserve évidemment, comme pour les autres activités dont la réouverture est prévue d’ici là, que les conditions sanitaires ne se dégradent pas de nouveau.

Des modalités à préciser

C’est ce que le gouvernement a fait savoir en fin de semaine dernière aux acteurs du secteur. Les modalités de la reprise ne sont pas encore formellement actées. Elles font toujours l’objet de discussions entre les services de l’État et les opérateurs concernés, ce qui est le cas pour toutes les filières du tourisme en France. Des feuilles de route pour chacune devraient être établies d’ici la mi-mai et des annonces officielles intervenir à ce moment-là.

Vers quoi s’oriente-t-on pour la croisière ?

À ce stade, il n’est plus question de « croisières tests », solution qui avait été proposée par certains acteurs du secteur afin de pouvoir reprendre dès le mois de mai. Comme il faut attendre le 30 juin, date à laquelle la plupart des restrictions doivent être levées dans le pays, les croisières reprendront « normalement ». Aucune jauge n’est pour le moment fixée pour les navires qui fréquenteront les ports français, en escale ou pour des opérations d’embarquement et de débarquement de passagers, qu’il s’agisse de petites unités ou de paquebots géants.

Un maximum de 5000 personnes dans le terminal par jour

Seule limite, qui ne concernera en fait que Marseille, premier port hexagonal pour la croisière et seul à avoir cette capacité : ne pas accueillir plus de 5000 personnes dans le terminal croisière le même jour. Théoriquement, ce niveau est inférieur à la capacité maximale des deux principaux paquebots attendus à partir de juillet dans les bassins phocéens : le MSC Grandiosa (2421 cabines et jusqu’à 6334 passagers) et le Costa Smeralda (2612 cabines, 6518 passagers).

Des jauges que les armateurs s’imposent

Mais ces navires seront probablement loin d’être remplis. D’abord, parce que les armateurs s’imposent eux-mêmes des jauges maximales, de l’ordre de 70% théoriquement, afin de garantir l’efficacité des protocoles sanitaires mis à en place à bord, qui comprennent notamment une zone de cabines réservées pour la mise en quarantaine éventuelle de malades.

De 16% à 37% de capacité

Mais ce chiffre n’a jusqu’ici jamais été atteint. Pour le MSC Grandiosa, qui a repris ses croisières en Italie (depuis Gênes) en août dernier (et ne s’est arrêté qu’entre Noël et la fin janvier), le nombre de passagers présent à bord chaque semaine a oscillé entre 1000 et 1500 seulement, soit 16 à 37% de la capacité maximale du navire. Quant au Costa Smeralda, qui a repris du service samedi 1er mai à Savone, il n’y avait à bord, pour cette première croisière de la saison, que 1500 passagers (23% de la capacité).

Compter avec les avoirs des voyages annulés en 2020

Ces niveaux devraient cependant augmenter, pour trois raisons principales : la levée progressive des restrictions, l’arrivée des vacances d’été et la reprise des croisières classiques en Méditerranée occidentale avec des embarquements en Italie, en France et en Espagne, permettant aux paquebots de capter sur un même itinéraire trois grands marchés. Il faudra aussi compter sur tous les clients dont les croisières ont été annulées depuis un an et qui pourront utiliser leurs avoirs.

Moins de 2500 passagers par navire

Au final, les armateurs s’attendent cependant à une fréquentation bien moindre que celle d’un été pré-Covid. Il faudra évidemment voire comment la clientèle réagira mais aujourd’hui, on table globalement sur des croisières à moins de 2500 passagers par navire.

Des français ont embarqué en Italie malgré le confinement

Pour ce qui est des Français, si les paquebots ne peuvent travailler dans l’Hexagone depuis octobre, on notera que des milliers d’entre eux sont déjà partis ces derniers mois en croisière, mais au départ d’Italie. Même pendant le dernier confinement, où un certain nombre n’a pas hésité à braver les interdictions de circuler pour franchir la frontière franco-italienne, comme en témoignent des carnets de bord diffusés par certains d’entre eux sur les réseaux sociaux.

Quid de l’attitude de la clientèle

La grande inconnue, au-delà de l’évolution de la situation sanitaire d’ici la fin juin et les modalités de reprise des croisières selon les pays, est maintenant de savoir si la clientèle répondra présent. Ce sera sans nul doute le cas des aficionados, mais ceux-ci représentent au mieux 20 à 30% du marché, le reste étant constitué de personnes réalisant pour la plupart une croisière pour la première fois.

Des itinéraires de proximité

Le fait que les itinéraires proposés pour cette saison estivale soient proches, avec des embarquements dans les pays émetteurs, devrait limiter les inquiétudes. Mais de nombreux clients potentiels, après de multiples reports de croisières précédemment réservées, vont sans doute attendre que la reprise soit effective avant de se lancer.

Tests PCR avant, pendant et après la croisière

Les contraintes liées aux protocoles sanitaires pourraient aussi en refroidir plus d’un, incitant une partie de la clientèle à attendre que les mesures soient allégées. Celles-ci diffèrent selon les compagnies mais globalement il faut présenter un test PCR négatif au moment du départ, parfois doublé d’un second test réalisé au terminal avant l’embarquement, puis un autre en fin de croisière.

Projet d’obligation de vaccination

Des réflexions sont en cours pour ajouter un test en milieu de voyage. Certaines compagnies, comme Ponant, ont décidé d’imposer d’ores et déjà la vaccination à leur clientèle, mesure qui deviendra probablement la norme d’ici la fin de l’année. Ce ne devrait pas être le cas cet été pour MSC et Costa, sauf si les autorités l’imposent, ce qui n’est pour le moment pas à l’ordre du jour en Italie, en France ou en Espagne. Les compagnies cherchent en revanche à vacciner leurs équipages le plus rapidement possible.

Jauge et port du masque à bord

À bord, les mesures restent très strictes, notamment en matière de distanciation sociale : jauge pour chaque espace public, des restaurants aux salles de spectacles en passant par les piscines, certains lieux pouvant être fermés comme les saunas et hammams dans les Spa… Le port du masque reste obligatoire dans tous les espaces publics, les passagers pouvant les enlever une fois installés dans un restaurant ou à une table de bar.

Bulle sanitaire à bord

L’objectif est de tenir une bulle sanitaire à bord. C’est pourquoi ce n’est pas encore cet été que les croisiéristes pourront redécouvrir par leurs propres moyens les villes touchées lors des escales. Les descentes à terre resteront uniquement possibles via des excursions proposées et commercialisées par les compagnies, les passagers décidant de braver cette obligation étant débarqués immédiatement (plusieurs cas se sont déjà produits en Italie). Les passagers qui seraient testés positifs en cours de croisière continueront eux aussi à être débarqués dès l’escale en cours ou suivante si le navire est en mer.

Assurances et prises en charge pour les passagers malades

Les compagnies ont mis en place des assurances et solutions pour la prise en charge des malades. Ces derniers mois, les navires qui ont pu être exploités ont accueilli des dizaines de milliers de passagers, avec quelques cas de Covid à bord, mais sans crise, les malades ayant été rapidement détectés, isolés et débarqués. L’un des enjeux de la période estivale sera de voir si les protocoles sont aussi performants avec des paquebots plus remplis.

Quatre compagnies se préparent

Pour l’heure, quatre compagnies ont prévu de reprendre des croisières en France cet été, avec en plus de Costa et MSC pour des embarquements depuis Marseille, CroisiEurope et son navire maritime le Belle des Océans depuis Nice pour un tour de Corse, ainsi que Ponant. Cette dernière exploitera notamment un itinéraire le long des côtes bretonnes depuis Saint-Malo et pourrait comme l’an dernier en proposer d’autres en Méditerranée depuis Nice et/ou Marseille.

Les acteurs français se réjouissent

À cela s’ajouteront peut-être d’autres compagnies, sachant que les touristes internationaux devraient être autorisés à revenir en Europe s’ils sont vaccinés, ce qui sera par exemple le cas des Américains. Quoiqu’il en soit, les acteurs français du secteur se félicitent de la perspective d’une reprise à partir du 30 juin.

Les protocoles ont démontré leur robustesse

« Nous nous réjouissons des avancées obtenues en discutant avec l’ensemble des autorités françaises concernées. Ces discussions ont notamment porté sur les protocoles sanitaires élaborés et mis en place par certains armateurs depuis bientôt un an. Des protocoles qui ont montré leur robustesse et leur efficacité puisque 450 000 personnes dans le monde ont déjà pu réaliser une croisière en toute sécurité. Le fait que nous allons pouvoir reprendre en France est une reconnaissance de ces efforts », explique à Mer et Marine le président France de CLIA, l’association internationale des compagnies de croisière.

Une bonne nouvelle pour la filière du tourisme

Pour Erminio Eschena : « La reprise programmée des activités de loisirs en France est une nouvelle fondamentale pour toute l’économie qui en dépend, et particulièrement pour la croisière, nous devions impérativement éviter que la France ne soit pas dans les circuits des armateurs en Méditerranée pour cette reprise de l’été 2021, alors que la plupart des pays de la région avaient déjà annoncé une réouverture ».

Des milliers d’emplois concernés

Du côté de Marseille également, c’est le soulagement : « C’est vraiment une bonne nouvelle et nous espérons que l’activité va progressivement remonter en puissance dans les mois qui viennent. C’est toute une chaîne de valeur qui attend cela, les taxis, les sociétés d’autocars, l’hôtellerie pour les passagers qui viennent la veille de l’embarquement, les sites touristiques, les acteurs portuaires… des milliers d’emplois sont concernés par la croisière », rappelle Jean-François Suhas, président du Club de la croisière Marseille-Provence, qui se dit « confiant pour la reprise car tout est fait pour que cela se passe bien ».

Une reprise prudente

Les mois qui viennent seront en tous cas décisifs pour l’industrie de la croisière, à l’arrêt quasi-complet depuis plus d’un an et qui a perdu des dizaines de milliards de dollars depuis le début de la crise. Il faut donc impérativement que l’été 2021 marque le début d’une reprise assez significative pour entrevoir un redressement puissant en 2022 et un retour à l’équilibre économique. Pour l’heure, même si les voyants restent au vert, la reprise sera quoiqu’il arrive prudente et progressive avec probablement, tout au plus, un tiers de la flotte mondiale en activité d’ici la fin de l’été.