European Car Group (1/2): 7,4 millions de véhicules produits en moins en 2021

L’assemblée générale du European Car Group est revenu sur la crise que subit l’industrie automobile. Des perturbations qui trouvent leur origine dans le prix des matières premières et le manque de semi-conducteurs. Les opérateurs logistiques doivent s’adapter à un marché en baisse. (Dans ce premier épisode nous traitons du marché automobile. Le second épisode concernera les objectifs de la profession liés à la décarbonation).

La crise logistique ne touche pas uniquement la conteneurisation. Les opérateurs impliqués dans la filière automobile sont aussi durement touchés par les soucis d’approvisionnement. Le manque de semi-conducteurs, le prix élevé des matières premières comme l’aluminium et l’acier ont ralenti la production automobile ces derniers mois. En deux ans, les logisticiens de la filière automobile sont confrontés à ces perturbations.

Baisse de la production et constance de la demande

Un constat que l’European Car Group (ECG), regroupant les opérateurs logistiques européens de la filière automobile, dresse. Pour le président d’ECG, Wolfgang Göbel, le manque de semi-conducteurs conduit à une baisse de production, « alors que la demande des consommateurs demeure. Mais, elle n’est pas la seule cause de la crise que nous subissons. Notre défi pour les prochaines années sera d’aller vers une plus grande décarbonation des transports. » Même si les opérateurs adoptent un esprit volontaire pour tendre vers cette finalité en investissant, tout n’est pas aussi facile. « Notre industrie est forte et résiliente. Cependant, chacun d’entre nous a ses propres limites », a averti le président d’ECG.

Un plan d’action en cinq points

Face au défi à court terme, lié principalement au manque de semi-conducteurs, le président d’ECG a proposé un plan d’action en cinq points. Ces cinq points se déclinent autour d’une plus grande communication entre les différents intervenants de la chaîne logistique.

  • Les prévisions sont essentielles et tout changement doit être communiqué pour éviter des coûts d’inefficacité. Pour cela, il est essentiel que la communication entre la production et les besoins en logistique soient efficaces ;
  • Ajuster le niveau de service pour s’adapter à la baisse de volumes et aux pics des demandes qui ne permettent pas de mettre en place des mesures efficaces financièrement ;
  • Aider à réduire à trois ou quatre jours le temps de travail dans les terminaux ou les centres de stockage jusqu’à la reprise normale de la situation ;
  • Respecter les délais de paiement. Les fonds de roulement des entreprises sont devenus parfois critiques ;
  • Mettre en place des stratégies de « survie » entre les commanditaires et leurs fournisseurs.

Des ressources et des réserves décimées

Parce que le président d’ECG voit plus loin que les prochaines semaines. Dès lors que la situation redeviendra dans des proportions plus raisonnables, les choses ne se résorberont pas facilement. « Il sera difficile de remettre les choses en l’état rapidement. La crise des semi-conducteurs et la pandémie ont décimés les ressources et les réserves. »

35% de hausse du prix de l’acier et de l’aluminium

Dans son exposé sur le marché de la logistique automobile, Steven Van Arsdale, directeur de Price Waterhouse Coopers, spécialiste des flux automobiles, les prix des matières premières sont attendus en forte hausse en Europe et aux États-Unis. Le pic est attendu pour la fin du troisième trimestre et le cours du quatrième trimestre de 2021 avec une augmentation de 35% en Europe à 2 241$/t pour l’acier plat. En 2019, le prix à la tonne de l’acier s’évaluait aux environs de 700$/t. L’aluminium devrait suivre le mouvement avec une hausse de 15% à 3200$/t. En 2019, la tonne d’aluminium en Europe se situait à environ 1800$/t.

7,4 millions de véhicules non produits

Mais, la crise de l’industrie automobile s’est aussi durement répercutée sur la production. Ainsi, selon les données collectées par PwC, sur les trois premiers trimestres de l’année, ce sont environ 7,4 millions de véhicules qui n’ont pas été produits en raison de la fermeture d’usines liée au manque de semi-conducteurs. Sur l’ensemble de l’année, ce sont entre 9,5 millions et 11 millions de véhicules qui vont manquer en production, selon les données collectées par PwC.

Retour de la hausse de la production en France

Ces éléments amènent une baisse conséquente des ventes de véhicules en Europe. Le premier marché européen automobile, l’Allemagne, a vu sa production décroître. De 2019 à 2021, les ventes de véhicules Outre-Rhin passeraient d’environ 4 millions d’unités à 3,2 millions, pour cette année. En France, le deuxième marché de l’UE, la baisse importante enregistrée en 2020 devrait s’inverser en 2021 avec une remontée en comparaison à 2020 pour atteindre 2,2 millions d’unités.

Baisse de 13,5% de la production mondiale

Si les prévisions de reprise ne concernent pas l’Allemagne, selon les prévisions établies, les autres marchés européens à l’image du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et de l’Espagne sont prévus de repartir à la hausse au cours de cette année. Dans ses perspectives, PwC évalue le nombre de véhicules vendus dans le monde à 69,5 millions en 2020, soit une baisse de 13,5% par rapport à 2019. Il est prévu qu’en 2021, le nombre de véhicules vendus dans le monde devrait atteindre 67,9 millions d’unités, soit une hausse de 4,9% par rapport à l’année précédente. Ces estimations doivent être relativisées selon le prix des matières premières et les contraintes qu’une nouvelle vague de Covid 19 survienne. Alors, PwC a bâti un scénario optimiste qui prévoit la vente de 69,5 millions d’unités en 2021, soit en augmentation de 7,2% par rapport à 2020. Le scénario pessimiste table sur 66,3 millions de voitures vendues, avec, encore une progression de 2,4% par rapport à 2020.

Une production dépendante de la pandémie

La progression des ventes ne va pas s’accompagner d’une hausse de la production. Avant la crise sanitaire, l’Europe a produit 15,3 millions de véhicules légers. Avec la pandémie et les premiers effets du manque de pièces, en 2020, ce sont 11,8 millions d’unités produites, soit une baisse de 22,9%. Et PwC a estimé qu’en 2021, le monde devrait produire environ 11,7 millions de voitures, soit 1,2% de moins qu’en 2020. La crise de la logistique sera l’élément déterminant de l’état de la production automobile dans le monde, a rappelé Steven Van Arsdale. Dans son scénario le plus optimiste, il prévoit que la production pourrait progresser de 3,1% à 12,2 millions d’unités. Cela signifierait que la production ne perdrait que 4% sur le dernier trimestre 2021. Il faudrait pour cela que la cinquième vague de la Covid ne soit pas trop forte. Dans son scénario pessimiste, il estime une baisse de 3,5% de la production automobile pour s’établir à 11,4 millions de véhicules. Qu’elle paraît loin l’année 2017 au cours de laquelle la production automobile mondiale a atteint 16,5 millions d’unités.

Retour à la normale en 2023

Les estimations pour l’année 2021 ne font que tangenter, dans certaines conditions les réalisations d’avant crise sanitaire. Dans ses perspectives de marché pour les prochaines années, le directeur de PwC ne prévoit pas de retrouver les niveaux de 2019 avant au moins 2023. Ce scénario de retour en 2023 aux ventes de 2019 ne se fera qu’avec une progression de 4,9% des ventes en 2021, de 5,2% en 2022 et de 11,2% en 2023. Au cours de cette année, les ventes de véhicules pourraient atteindre environ 79 millions de ventes contre 80 millions en 2019.