Hapag Lloyd : « Nous avons aussi à apprendre de Nile Dutch »

L’acquisition de Nile Dutch par Hapag Lloyd entre dans sa phase opérationnelle. Pour le directeur général de l’armement allemand en France, Claus Ellemann-Jensen, l’intégration de Nile Dutch s’inscrit dans sa stratégie de devenir un acteur de premier plan sur le continent africain.

La stratégie africaine d’Hapag Lloyd

Après avoir déclaré haut et fort en 2020 son souhait d’étendre son spectre sur l’Afrique de l’Ouest, Hapag Lloyd a atteint son but par l’acquisition de Nile Dutch cette année. Le choix entre une croissance organique et une croissance externe s’est posée. « Hapag Lloyd a entrepris sa croissance, ces dernières années, par l’acquisition d’acteurs de premier rang sur les trades sur lesquels nous souhaitions nous développer », nous a expliqué le directeur général d’Hapag Lloyd France, Claus Ellemann-Jensen.

Des acquisitions pour renforcer sa position

En effet, lorsque le groupe a voulu renforcer sa présence sur le transatlantique, il a repris CP Ships, opérateur de premier rang entre l’Europe et l’Amérique du Nord. La même idée a gouverné sa stratégie vis-à-vis de l’Amérique du Sud. Hapag Lloyd a racheté l’armement chilien CSAV. Enfin, pour développer sa présence sur le Moyen Orient et l’Extrême Orient, il a acquis UASC.

La fin des procédures juridiques

« C’est tout naturellement dans le même état d’esprit que nous avons procédé à l’acquisition de Nile Dutch », continue le directeur général d’Hapag Lloyd en France. Après les négociations entre les deux armements, le début d’année a été consacré aux procédures juridiques avec les autorités de la concurrence des pays concernés. Cette phase achevée, Hapag Lloyd et Nile Dutch entrent dans la « partie dure » du rachat avec l’intégration opérationnelle.

Intégrer le matériel, les hommes et le savoir-faire

Cette phase de l’acquisition passe par l’intégration des navires dans les différents services du groupe mais aussi des hommes. Il est indéniable qu’Hapag Lloyd s’affiche comme beaucoup plus grand que Nile Dutch. Néanmoins, l’intégration se fera sur le matériel, navires, conteneurs, locaux, mais elle ne doit omettre l’aspect humain. « Nous voulons apprendre des salariés de Nile Dutch. Leur savoir-faire est tout aussi important que les navires. Et sur cet aspect, nous avons autant à apprendre des salariés de Nile Dutch qu’ils ont à apprendre de nous ».

Une présence africaine déjà importante

En reprenant les activités de Nile Dutch, Hapag Lloyd ne fait pas ses premiers pas en Afrique de l’Ouest. Le groupe a développé au cours des dernières années une présence sur les quatre façades du continent. En effet, il dispose de services sur l’Afrique de l’Est, l’Afrique du Sud et le Maghreb. En Afrique de l’Ouest, l’armement allemand a développé une présence par des allocations d’espaces sur des navires de compagnies partenaires.

Traiter 1MEVP en Afrique

« Ces accords vont perdurer sur les prochains mois. Il est primordial de maintenir nos services pour les chargeurs qui travaillent sur l’Afrique », nous a confié Claus Ellemann-Jensen. Chaque année Hapag Lloyd traite un volume d’environ 400 000 EVP. « La stratégie du groupe est d’atteindre en 2023 un trafic d’un million d’EVP. Un défi que nous allons pouvoir relever avec l’acquisition de Nile Dutch ».

250 000 conteneurs attendus prochainement

Parce que pour sa part, l’armement basé à Rotterdam traite, bon an mal an, 200 000 EVP sur l’Afrique. Pour réaliser cet objectif, une partie des 250 000 conteneurs commandés par le groupe viendra alimenter le marché d’Afrique de l’Ouest.

Les deux noms vont vivre un moment côte à côte

Quant à la marque commerciale de Nile Dutch, rien n’est encore décidé. Les premières discussions portent plutôt sur une identité de Hapag Lloyd sur le nord du range quand Nile Dutch conservera partiellement sa marque sur le sud de l’ouest africain. « Au final, l’intégration des armements que nous avons repris au cours des dernières décennies se fait au profit de Hapag Lloyd. Nous n’avons pas encore arrêté notre choix pour Nile Dutch. Nous avons beaucoup de reconnaissance pour l’expertise et la reconnaissance de la marque Nile Dutch dans certains pays », souligne le directeur général d’Hapag Lloyd France.

Intermodal : nouer des partenariats

Le trade africain présente une particularité sur les opérations terrestres. L’intermodalité n’est pas aussi aisée que sur d’autres continents comme l’Europe ou l’Amérique du Nord. Pour assurer un service de qualité vis-à-vis des clients, Hapag Lloyd mise sur la conclusion de partenariats avec des opérateurs locaux déjà présents. Le groupe a entrepris des investissements lourds ces dernières années dans de nouveaux navires et des conteneurs.

Quant à l’aspect portuaire, qui présente sur le continent un atout de poids dans la présence d’une compagnie maritime, aucun projet n’est encore défini. « Nous sommes présents à Tanger Med, un hub pour l’Europe et l’Afrique. Sur l’Afrique de l’ouest, il est encore trop tôt pour se positionner », indique Claus Ellemann-Jensen.

Devenir une alternative pour les chargeurs africains

La reprise de Nile Dutch par Hapag Lloyd intervient dans une période de « crise » de la conteneurisation. La croissance de la demande depuis le début de l’année joue en faveur des armements. Néanmoins, cette forte progression a entraîné un manque de boîtes sur tous les trades. « L’Afrique n’est pas épargnée. Le continent paye les frais de la situation mondiale. La problématique reste la même que dans les autres régions du monde. » Malgré tout, l’armement allemand veut apporter aux chargeurs africains une nouvelle alternative logistique face aux grands noms du continent comme Mærsk, MSC et CMA CGM.