Conventionnel : le marché de l’affrètement s’est accéléré en fin d’année

Le marché de l’affrètement de navires conventionnels a explosé en décembre, selon l’analyse de Toepfer. Une croissance que le courtier estime durer encore quelques mois.

La publication en décembre du dernier rapport du courtier allemand Toepfer pour l’année 2021 montre une croissance importante des taux d’affrètement des navires conventionnels. Le TMI (Toepfer Multipurpose Index) s’établit à 18 973$/jour pour un navire de 12 500 tpl sur une période de 6 à 12 mois. En l’espace d’un an, cet indicateur de marché a augmenté de 173%.

Une hausse accélérée au second semestre

Une progression qui s’est accélérée au cours du second semestre avec des hausses à deux chiffres depuis le mois de juin. Ce mois a vu la hausse de cet indicateur gagner 14,3% en 30 jours. Sur le début de l’année, la progression a été plus douce avec des augmentations de 1% à 2%.

Pénurie de navires

Niclas Prehm, directeur du service Prospective de Toepfer: « Les navires multipurposes sont coincés entre les navires conteneurisés, les Handysize et les rouliers ». ©Toepfer

« Plusieurs raisons expliquent cette progression, nous a confié Niclas Prehm de la division prospective de Toepfer Transport. Nous constatons une pénurie de navires et une augmentation importante de la demande. » Le manque de navires vient d’une part d’un âge moyen des navires élevé à environ 15 ans mais aussi d’un carnet de commande faible. « Ce carnet de commande est estimé à 5% de la flotte », nous a indiqué le responsable du service prospectives.

Retour à des niveaux de rentabilité

Cette progression importante du marché des navires conventionnels est aussi liée à un retour à des niveaux de rentabilité. « Nous avons commencé l’année 2021 avec des taux d’affrètement bas. Nous évaluions un navire de 12 500 tpl aux environs de 7000$/j. Les armateurs ont eu besoin de retrouver des niveaux de rentabilité plus élevé pour maintenir la flotte en activité et commander de nouvelles unités. »

Une demande difficile à prévoir

Du côté de la demande, la situation est plus compliquée à percevoir, selon le responsable du service Prospectives de Toepfer. D’une part, les projets industriels dépendent en large partie de décisions économiques voire politiques. L’exemple le plus criant est l’EPR de Flamanville dont la date de mise en activité recule d’années en années. Ensuite, la hausse du prix des matières premières comme le gaz ou le pétrole peuvent accélérer la mise en activité de nouveaux sites d’extraction, avec une augmentation de la demande pour des navires conventionnels pour acheminer le matériel pour la mise en activité. Plus loin encore, « un conflit militaire a un effet positif pour le marché des navires multipurposes, explique Toepfer. Ces navires sont employés pour acheminer sur le lieu du conflit des équipements ». Pour Niclas Prehm, l’ensemble de ces éléments et leurs interactions font qu’il reste difficile de faire des prévisions à long terme.

L’utilisation de navires récents

La limite d’âge des navires est plus faible que dans les autres secteurs en raison des conditions posées par les assureurs pour le transport de certaines marchandises. « Certaines marchandises transportées par les multipurposes ont parfois des temps de construction longs. Ainsi, par exemple, quand une usine construit un générateur électrique, cela peut prendre jusqu’à deux ans. Or, si le transport endommage le produit, il faudra attendre encore deux ans avant de pouvoir disposer d’un nouvel élément, ce qui retardera l’usine d’entrer en activité. Dans ces conditions les assureurs veulent l’utilisation de navires récents pour éviter tout aléa dans le transport », explique Niclas Prehm.

Une position en sandwich entre conteneurs, vraquiers et rouliers

© Toepfer Transport GmbH

Ce marché des navires conventionnels connaît aujourd’hui un changement. « Il est entré dans une position de sandwich, explique Niclas Prehm. Les navires multipurposes sont coincés entre les navires conteneurisés, les Handysize et les rouliers. » Dès lors que ces différents marchés enregistrent une baisse de la demande, ils tentent de prendre des trafics qui sont « naturellement » transportés par les navires multipurposes. « Nous avons vu des yachts transportés sur des navires cellularisés quand la demande en conteneurs a baissé. Il en est de même pour des marchandises comme des composants d’éolien par des navires rouliers. »

Congestion dans les terminaux conventionnels

Alors dans ce contexte, avec un marché de la conteneurisation en plein essor depuis plusieurs mois, il serait logique de voir le marché des navires multipurpose reprendre en mains leur destinée. Or, le responsable de Toepfer relativise la situation. « La congestion portuaire dans les terminaux à conteneurs s’est reportée en partie dans les terminaux conventionnels. En utilisant des navires multipurposes pour transporter des conteneurs, les opérateurs ont aussi fait le choix de manutentionner ces boîtes dans les terminaux conventionnels. Le temps de manutention a été plus long créant par la même une légère congestion dans ces terminaux. » Finalement, le report d’une partie des trafics conteneurisés sur le marché des conventionnels n’a pas eu d’effets bénéfiques pour les armateurs, sauf à considérer la hausse des taux d’affrètement.

Progression pour les deux ou trois prochains mois

Ce contexte économique du marché des navires conventionnels pourrait durer encore deux ou trois mois selon Niclas Prehm. Toepfer Transport a mis en place un indice prospectif sur six mois et sur un an. Sur le prochain semestre, les chiffres demeurent encore en hausse avec une progression de 0,5%, selon le dernier indice fourni. Sur un an, Niclas Prehm envisage la situation différemment. L’indice de Toepfer devrait enregistrer une baisse de 8,5%, « tout en restant dans des conditions de marché rentables pour les opérateurs », précise le responsable du service prospective de Toepfer.

La fin de la saisonnalité

D’autant plus que le Nouvel an chinois arrive à grands pas pour le mois de février. Traditionnellement, cette période signifie une baisse d’activité. « Cependant, depuis deux ans, le Nouvel an chinois et la période estivale en Europe n’ont pas d’effets sur l’activité. Les conditions de marché n’évoluent plus. La saisonnalité des marchés s’est érodée avec la pandémie », souligne Niclas Prehm.