Corridors et logistique

Émirats Arabes Unis : une puissance pétrolière sous pression

En 2025, les Émirats Arabes Unis ont confirmé leur rang de troisième exportateur de brut du Moyen-Orient. En 2026, la crise du détroit d’Ormuz et la sortie de l’OPEP rebattent les cartes. Le courtier de fret Banchero Costa analyse la situation du pays du golfe Persique dans le contexte géopolitique actuel.

Les Émirats Arabes Unis (EAU) représentent 6,8 % des exportations mondiales de pétrole brut, rappelle le courtier de fret Banchero Costa. Ce rang de troisième exportateur régional est solidement tenu. Le pays se situe derrière l’Arabie Saoudite et l’Irak. En 2025, 150,3 Mt de pétrole ont été exportées depuis le territoire émirati. C’est une hausse de 2,8 % par rapport à 2024. Cette progression fait suite à une augmentation de 1,9 % l’année précédente. Ainsi, la dynamique haussière est confirmée pour la deuxième année consécutive.

La particularité de Fujairah

Par ailleurs, la géographie portuaire des Émirats Arabes Unis est particulièrement stratégique. Abu Dhabi concentre l’essentiel du trafic. Zirku Island a traité 47,7 Mt. Das Island en a expédié 29,9 Mt, Jebel Dhanna/Ruwais 14,9 Mt. Mais Fujairah mérite une attention particulière. Ce port, situé à l’est du détroit d’Ormuz, a traité 53,4 Mt en 2025. Il est relié aux champs pétroliers d’Abu Dhabi par l’oléoduc Habshan-Fujaïrah. Cette infrastructure permet de contourner le détroit. Sa capacité de transport est d’environ 1,5 million de barils par jour.

L’Asie, destination quasi exclusive du brut émirati

La quasi-totalité du pétrole des EAU est absorbée par les marchés asiatiques. En 2025, les pays de l’Asean ont reçu 25,6 % des exportations, soit 38,5 Mt. Cette destination est en hausse de 6,6 % sur un an. Le Japon représente 22,9 % du total, avec 34,4 Mt. Cependant, ce volume est orienté à la baisse (-4,6 %), reflétant la transition énergétique nippone. La Chine, de son côté, a absorbé 22 % des volumes, soit 33,1 Mt. Un volume en hausse de 10,6 %. Enfin, l’Inde enregistre la progression la plus spectaculaire. Ses importations en provenance des Émirats Arabes Unis ont augmenté de 17,2 %, à 21,9 Mt.

La domination des VLCC

En outre, ces flux sont réalisés, en grande partie, par des VLCC. En 2025, 131,6 Mt ont été transportées par ce type de navire. Cela représente près de 88 % du total des exportations. Or, cette dépendance aux longs trajets océaniques crée une vulnérabilité structurelle. Toute perturbation des routes maritimes frappe immédiatement les volumes exportés.

2026 : la crise du détroit d’Ormuz comme point de bascule

Dès le premier trimestre, les chiffres tirent un signal d’alarme. Les exportations émiraties ont reculé de 2,9 %, à 33,3 Mt. Ce repli est la conséquence directe de la montée des tensions régionales. Le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz a été fermé par l’Iran. Cette fermeture a été déclenchée après des frappes américano-israéliennes. L’Agence internationale de l’énergie a qualifié cet événement de plus grande crise pétrolière de l’histoire. Selon l’AIE, 12 % de l’offre mondiale a été retirée des marchés.

La route alternative par oléoduc

Néanmoins, les Émirats Arabes Unis ne sont pas sans ressources. L’oléoduc vers Fujairah offre une route alternative. Il permet d’acheminer le brut sans passer par le détroit. Cette infrastructure, construite après les menaces iraniennes de 2012, est devenue vitale. Toutefois, sa capacité reste limitée à 1,5 Mb/j. Elle ne peut compenser à elle seule l’ensemble des flux bloqués.

La sortie de l’OPEP : une rupture stratégique annoncée

Dans ce contexte, Abu Dhabi a pris une décision historique. Le 28 avril, les Émirats Arabes Unis annoncent leur retrait de l’OPEP et de l’OPEP+. Une décision qui prend effet le 1er mai. Elle met fin à 59 ans d’adhésion au cartel. La logique économique est claire. Les EAU équilibrent leur budget avec un baril à moins de 50 $. L’Arabie Saoudite, elle, a besoin de 90 dollars. Ainsi, les quotas de l’OPEP sont vécus comme une contrainte inutile à Abu Dhabi.

Une ère nouvelle pour le pétrole émirati

Plus profondément, le pays change sa  vision stratégique de long terme. La demande mondiale de pétrole approche d’un plateau. La Chine accélère l’électrification de ses transports. Dès lors, Abu Dhabi a choisi de monétiser ses réserves sans attendre. L’objectif vise à éviter que ces ressources ne deviennent des actifs échoués. Cette stratégie est d’ailleurs confirmée par la cible de neutralité carbone fixée à 2050, contre 2060 pour l’Arabie Saoudite. En définitive, les flux pétroliers émiratis entrent dans une ère nouvelle : plus autonome, plus ambitieuse, mais aussi plus exposée aux aléas d’un ordre mondial en recomposition.