Hapag Lloyd, un outsider en Afrique
Hapag Lloyd améliore chaque année ses parts de marché en Afrique subsaharienne depuis la reprise de Nile Dutch et Deutsche Afrika Linien. L’armateur constate une dérive des flux depuis l’Europe vers l’Asie.
L’entrée de Hapag Lloyd sur le marché africain ne date pas de la reprise des deux compagnies Nile Dutch et Deutsche Afrika Linien. Auparavant, l’armateur, basé à Hambourg, a assuré des flux sur le continent soit seul soit en partenariat avec d’autres compagnies.
Le rachat de Nile Dutch et Deutsche Afrika Linien
Le virage est pris en mars. En effet, à cette date, Hapag Lloyd reprend les activités de Nile Dutch. Un armement spécialisé sur la desserte des ports d’Afrique de l’Ouest depuis l’Europe et l’Asie. Un an plus tard, en mars 2022, c’est au tour de Deutsche Afrika Linien d’entrer dans le giron de la compagnie allemande. Deux acquisitions qui sont aujourd’hui entièrement intégré à la marque Hapag Lloyd. Après une période de transition au cours de laquelle, les deux compagnies rachetées conservent leur marque, Nile Dutch et Deutsche Afrika Linien sont absorbées par Hapag Lloyd.
L’intégration des marques dans le groupe
« À chaque acquisition, nous procédons de la même façon, explique Thomas Orting Jorgenssen, directeur général Afrique de Hapag Lloyd. Nous intégrons les marques dans le groupe. Nous avons fait ainsi lors du rachat de CP Ships ou encore d’UASC. » Cependant, cette croissance externe s’accompagne d’une croissance organique. « L’intégration des deux marques n’a pas empêché Hapag Lloyd de croître sur le marché africain. »
Quatre services depuis l’Europe
Alors, l’armateur dessert le continent depuis l’Europe avec quatre services. Il s’agit des South Africa Express, entre l’Europe du Nord et l’Afrique du Sud, West Europe West Africa, entre l’Europe et la côte occidentale du continent, le West Africa Express, depuis la Méditerranée vers l’Afrique de l’Ouest et le West Africa Service entre Tanger, Dakar et Abidjan. Depuis l’Asie, la desserte de l’Afrique se réalise au travers de cinq services. Deux rotations, SA1 et SA2 relient l’Asie et l’Afrique du Sud. Deux services partent d’Asie vers la côte orientale de l’Afrique : les EA3 et EA4. Le premier dessert Mombasa et le second Dar es Salaam. Enfin, l’Asia West Africa Service part d’Asie pour l’Afrique de l’Ouest avec un arrêt à Walvis Bay au retour.
L’Asie domine l’Europe dans les approvisionnements
Pour l’armement, ces services directs permettent d’assurer une couverture de toute l’Afrique subsaharienne. S’il conserve des services d’Europe vers la côte occidentale du continent, le directeur Afrique d’Hapag Lloyd adapte la stratégie de l’armement aux nouveaux équilibres commerciaux. « Nous constatons une augmentation à deux chiffres des flux depuis l’Asie quand ceux en provenance d’Europe connaissent une hausse à un chiffre. » La compétitivité des produits asiatiques a pris le pas sur ceux du marché européen (voire notre illustration).

Hapag Lloyd revendique 7% de part de marché
Un contexte économique qui est aujourd’hui dominé par trois armements sur l’Afrique de l’Ouest : Mærsk, CMA CGM et MSC. Les trois armements se partagent environ 70% du marché. Cependant, Hapag Lloyd veut aussi une part du lion. En 2025, le groupe estime avoir pris ses marques. « Nous avons réussi à prendre environ 7% du marché africain, assure Thomas Orting Jorgenssen. De plus, nous enregistrons une croissance de 40% de nos volumes sur la sous-région. » En Afrique de l’Est et méridionale, l’activité est plus stable ces dernières années.
Des services au travers du hub de Tanger Med
Une répartition qui s’explique par la stratégie d’Hapag Lloyd. « Nous avons décidé de nous développer d’abord sur la sous-région d’Afrique de l’Ouest. Le marché de l’Afrique du Sud intervient en deuxième place devant l’Afrique de l’Est. » Cette tactique est appuyée par la desserte directe depuis l’Asie et l’Europe mais aussi le déploiement de hub. Dans le cadre de l’accord de coopération avec Mærsk dans Gemini, le groupe utilise le port de Tanger Med pour assurer une partie des flux depuis l’Asie et l’Amérique vers l’Afrique de l’Ouest. Hapag Lloyd assure des liaisons depuis le port marocain vers les pays du range Dakar-Luanda.
Afrique de l’Est : faire de Salalah le hub de l’est
Et déjà, l’armateur se projette dans le futur. Sur la côte orientale du continent, Hapag Lloyd réfléchi au retour des lignes par le canal de Suez. Il envisage d’utiliser le port de Salalah pour la desserte de la région. Une stratégie que son partenaire Mærsk réalise déjà. Enfin, continue le directeur Afrique, en reprenant Nile Dutch, Hapag Lloyd a aussi pris pied sur les lignes entre l’Amérique du Sud et l’Afrique de l’Ouest. Un marché qu’il juge avec un potentiel.
Des partenaires pour la desserte de l’hinterland
Desservir les ports africains n’est pas tout. Pour assoir ses parts de marché sur le continent africain, la desserte de l’hinterland est un élément essentiel. Le groupe procède par l’ouverture de bureaux en propre. Et pour toutes les liaisons avec les pays intérieurs, Hapag Lloyd a plutôt cherché à nouer des partenariats avec les transporteurs locaux. « Nous avons un réseau de transporteurs locaux qui disposent de leur propre moyen de transport mais aussi des partenaires pour les ports secs afin d’y entreposer nos conteneurs. Hapag Lloyd ne souhaite pas investir dans une société logistique africaine. »
Hanseatic Global Terminals : un manutentionnaire en appui des lignes
Entre la desserte hinterland et les services maritimes, Hapag Lloyd regarde la situation dans les ports avec attention. Aujourd’hui, l’armement utilise les services des grands ports africains. Ainsi, à Dakar, Abidjan ou encore Tema, le directeur Afrique de l’armement estime que ces terminaux sont satisfaisants. « Ils apportent des niveaux de services aux mêmes standards qu’en Europe ou en Amérique. » Cependant, dans un futur, le groupe ne cache pas son ambition de voir sa filiale manutention, Hanseatic Global Terminal s’implanter localement. « Le propre de cette société est d’intervenir en appui des lignes régulières. Avec notre développement en Afrique, il nous apparaît naturel que cette structure prenne place dans le concert portuaire continental. »

