Inde : entre charbon russe, indonésien et mix énergétique
Dans son rapport hebdomadaire, le courtier de fret Intermodal analyse le marché du charbon en Inde. Les changements de circuits logistiques impactent les flux pour les opérateurs de Panamax et Supramax.
Les importations de charbon en Inde s’orientent dans deux directions distinctes, indique le courtier de fret Intermodal dans son rapport hebdomadaire. D’un côté, les entrées de charbon thermique sont en baisse. D’un autre, les arrivages de charbon russe sont en hausse. Pour le vrac sec, l’impact se fait par le remplacement de certains flux par d’autres. Or, le charbon thermique indonésien et le charbon russe ne génèrent pas la même demande de navires.
Une baisse de 12% des importations
Le marché du charbon indien se dessine sous de nouveaux contours. De janvier à mai, le pays a importé 65 Mt. Un volume en baisse de 12% par rapport à la même période de 2025. « Il s’agit du volume le plus faible enregistré entre janvier et mai depuis quatre ans », précise Intermodal. Une diminution qui ne tient pas à une consommation électrique en baisse. Bien plus, le production d’électricité a augmenté de 5 % au cours des cinq premiers mois de l’année. Une partie de la demande indienne est assurée par la production nationale de charbon.
La transition énergétique mène sa route
Par ailleurs, la production d’électricité par les énergies renouvelables comble une partie de la demande. En effet, la production d’énergie renouvelable a augmenté de 22 % entre janvier et mai. En mai, la production d’énergies renouvelables a augmenté de 29,31 % en glissement annuel pour atteindre 27,58 Md kWh. Un volume qui représente 17,9 % du mix énergétique. La demande de puissance de pointe a dépassé les 270 GW le 21 mai. Par ailleurs, la demande totale d’électricité en mai a progressé de 11,2 %, atteignant son plus haut niveau depuis deux ans. La production par les centrales thermiques a également augmenté de 10 % en mai.
L’effet sur le marché des vraquiers de ce mix énergétique
Par conséquent, ce changement du mix énergétique se répercute aussi sur le marché des vraquiers. En effet, le charbon indonésien destiné à l’Inde a longtemps constitué une source régulière d’activité pour les Panamax et Supramax. Le trajet est court, mais les flux sont fréquents. Cependant, quand les importateurs indiens réduisent leurs achats de charbon thermique importé, cela se traduit par une baisse de de la demande en navires.
Les besoins se réduisent
De plus, les vagues de chaleur qui se succèdent en Inde augmentent la demande en électricité. « Mais, elles n’entraînent pas automatiquement une augmentation des importations. » D’une part, les stocks de charbon sont suffisants. D’autre part, la production d’énergie renouvelable réduisent les besoins d’importation. Néanmoins, les importations maritimes demeurent nécessaires. En effet, les centrales thermiques côtières peuvent encore avoir besoin de charbon importé. En favorisant la transition énergétique, l’Inde réduit sa dépendance aux flux maritimes de charbon.
La hausse des entrées de charbon russe
L’autre volet de ces flux concerne le charbon russe. Ses entrées en Inde sont estimées à près de 3,16 Mt en juin. Et ce chiffre est proche des niveaux records. La Russie devient un fournisseur majeur pour l’Inde. Elle approvisionne l’Inde tant en charbon thermique qu’en charbon métallurgique. Ce dernier produit revêt une importance pour le maritime. Effectivement, l’Inde dispose d’importantes réserves de charbon thermique, mais souffre d’un manque de charbon à coke pour la sidérurgie.
Les ambitions de la sidérurgie
Alors, pour assumer ses ambitions sur la sidérurgie, l’Inde a besoin de matières premières. Sa production sidérurgique s’élève à environ 168 Mt. Le gouvernement ambitionne d’atteindre 400 Mt d’ici 2035. À moins que les méthodes de fabrication de l’acier n’évoluent, le charbon à coke importé restera indispensable. Cela soutient la demande. Le charbon russe peut donc connaître une croissance même si les importations de charbon thermique diminuent.
Le charbon russe mobilise plus de personnes
L’impact sur le secteur des vracs secs est différent. Le charbon thermique indonésien est transporté sur de courtes distances et de manière répétitive. Il génère des emplois stables, mais moins de tonnes-milles. Le charbon russe implique des distances plus longues et davantage de problèmes opérationnels. L’acheminement, les sanctions, les opérations bancaires, les assurances et la manutention portuaire peuvent tous affecter la mise en œuvre. Une cargaison en provenance de Russie mobilise davantage de temps de navigation qu’une cargaison indonésienne, mais elle peut également être moins prévisible.
Le marché indien s’analyse entre les fournisseurs et le type de charbon
Pour les armateurs de navires Panamax et Supramax, l’effet de substitution constitue le principal enjeu. Une baisse des importations de charbon thermique ne se traduit pas toujours par un affaiblissement de la demande. Cela dépend de l’origine, du type de charbon, de la durée du voyage et du risque lié à l’exécution. Pour les affréteurs, le risque réside dans le fait qu’une baisse des importations ne se traduit pas automatiquement par des conditions plus favorables. Si le programme de chargement restant comprend davantage de charbon russe, la disponibilité des navires peut tout de même se resserrer sur certaines routes spécifiques. Il convient de suivre l’évolution du marché indien par type de charbon et par fournisseur, et non pas uniquement en fonction du volume total des importations de charbon.
Les Panamax dépendent de la quantité de charbon russe importé en Inde
Le point essentiel est que le commerce du charbon indien perd de son utilité en tant que simple indicateur de volume. Une baisse des importations de charbon thermique est défavorable à l’activité indonésienne. Mais, l’augmentation des flux de charbon russe peut compenser en partie cette perte. L’effet ne sera pas le même selon les segments ou les zones de chargement. Alors, la demande pour les Panamax et les Supramax dépendra de la quantité de charbon thermique à courte distance retirée, de la quantité de charbon russe ajoutée et des lieux de chargement des cargaisons de remplacement. Au cours des prochains mois, il conviendra de suivre les importations indiennes de charbon par origine et par type de charbon avant de tirer des conclusions sur l’orientation du fret.

